Atelier de Pierre Paul RUBENS – Marie-Madeleine renonçant aux richesses – Huile sur toile
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Atelier de Pierre Paul RUBENS – Marie-Madeleine renonçant aux richesses – Huile sur toile

Artiste : Atelier De Pierre Paul Rubens (siegen, 1577 – Anvers, 1640)
Atelier de Pierre Paul Rubens (Siegen, 1577 – Anvers, 1640)
Marie-Madeleine renonçant aux vanités du monde, en présence de sa sœur Marthe
XVIIe siècle
Huile sur toile, rentoilée au XIXe siècle (vers 1870)
Ni signée ni monogrammée.
Dimensions : 155 x 120 cm — 185 x 150 cm avec le cadre
État : très bon. Nettoyée en 2018. Nombreuses petites retouches anciennes et plus récentes, reprises le long du bord supérieur
Cadre : bois noirci à moulures ondées, dans le goût hollandais du XVIIe siècle, probablement XIXe siècle, filet doré intérieur. Très bon état

C'est une œuvre spectaculaire, et il faut d'abord parler de son effet. Madeleine occupe presque toute la toile, à genoux, dans une robe de satin blanc dont les plis cassés captent la lumière sur près d'un mètre de haut. Elle vient de repousser du pied un coffret à bijoux, renversé au premier plan : perles répandues sur le sol, chaîne d'or, un livre, un linge à franges rouges, un ruban. Le coffret rouge bordé d'or, doublé de bleu, est le motif qui distingue cette version de toutes les autres.

Le visage est ce qui frappe le plus. Les yeux levés, les paupières rougies, la bouche entrouverte : quatre larmes sont peintes, deux sur la joue droite, une au coin des lèvres, une autre sous l'œil gauche. Ce n'est pas une dévotion apaisée, c'est une crise. La peinture est franche, posée en pleine pâte pour les rehauts, et le réseau de craquelures fines n'enlève rien à la lisibilité de l'expression.

À gauche, sa sœur Marthe fait exactement le contraste inverse. Voilée de noir, assise derrière une balustrade ouverte sur un ciel de fin de journée, elle regarde de côté, calme, presque neutre. Le grand rideau rouge qui ferme la composition sépare les deux femmes : le monde et le retrait.
Le sujet suit la tradition occidentale qui fait de Madeleine la sœur de Marthe : la pécheresse qui renonce à ses parures, thème de dévotion privée très recherché dans l'Anvers de la Contre-Réforme.

État de conservation
Très bon état général. La couche picturale adhère bien à la toile, sans soulèvement notable.
Rentoilage du XIXe siècle, probablement vers 1870. La toile ancienne n'atteint pas tout à fait le bord du châssis et son bord supérieur est irrégulier, d'où des reprises d'importance variable le long de cette bordure. Aucune autre zone de repeint étendue ; en revanche, de nombreuses petites et très petites retouches, anciennes et récentes, réparties sur l'ensemble de la surface — ce qui est l'état normal d'une toile qui a quatre siècles.
L'angle supérieur droit de la toile de rentoilage s'était désolidarisé ; il a été refixé en 2018 avec une tension légèrement moindre, d'où un très léger défaut de planéité en haut à droite.

Le cadre, en bois noirci à moulures ondées, est en très bon état.

Provenance
Collection Henri-Joseph Rega (1690-1754), médecin, professeur puis recteur de l'université de Louvain, médecin de l'archiduchesse Marie-Élisabeth d'Autriche et de Charles de Lorraine, gouverneurs des Pays-Bas autrichiens ; fondateur de la bibliothèque universitaire et du jardin botanique de Louvain, où sa statue orne l'hôtel de ville. Il possédait Parijsstraat un hôtel particulier richement décoré.

Par descendance dans la famille, puis vente de succession de ses descendants à Tirlemont (Tienen), Belgique, 1839, lot 59 (Lugt 15499), où le tableau est décrit comme « d'après Rubens ». Tirlemont est à 80 km d'Anvers et 20 km de Louvain.
Puis : Hôtel Drouot, Paris, Tessier & Sarrou, 19 janvier 2018 (vente non cataloguée), où le tableau est acquis par l'actuel propriétaire. Il était alors couvert d'un encrassement épais qui interdisait tout examen ; il a été nettoyé dans l'année.

L'atelier de Rubens : comment ces toiles étaient produites
Rubens rentre d'Italie en 1608 et installe à Anvers un atelier qui devient, en quelques années, une véritable entreprise. La demande dépasse largement ce qu'un seul homme peut peindre. Le maître conçoit la composition, souvent sous forme d'esquisse à l'huile ; les assistants exécutent la toile ; Rubens reprend ensuite les parties qu'il juge décisives, en général les carnations et les visages.

Cette organisation n'a rien d'officieux : Rubens l'assume et la facture. Dans sa fameuse lettre de 1618 à Sir Dudley Carleton, il énumère ses tableaux disponibles en indiquant pour chacun le degré de sa propre intervention — « original de ma main », « commencé par un de mes élèves et retouché de ma main », « copie d'après » — avec des prix différents. La répétition d'atelier était donc un produit normal, vendu comme tel, et non une contrefaçon.

Les sujets de dévotion privée sont ceux qui se répètent le plus. Une Madeleine repentante de ce format se destinait à une chapelle particulière ou à une grande pièce d'habitation. L'inventaire des biens de Rubens dressé en 1626 (publié par Denucé) mentionne déjà une copie de Madeleine, ce qui atteste qu'il existait plusieurs états de cette composition du vivant du maître.

La diffusion par la gravure. Rubens a compris avant tout le monde ce que l'estampe pouvait faire pour lui. Il engage ses propres graveurs — Lucas Vorsterman de 1617 à 1621, puis Paulus Pontius et les frères Bolswert — et obtient des privilèges dans le Brabant, aux Provinces-Unies et en France pour protéger la reproduction de ses inventions. Une gravure en sens inverse de notre composition a été exécutée par Vorsterman (Hymans n° 80). Fait notable : le coffret et son contenu, dans cette gravure, ne correspondent à aucune version peinte connue, ce qui laisse supposer l'existence d'un prototype aujourd'hui perdu. Ce sont ces estampes, largement diffusées en Europe, qui ont ensuite nourri des générations de copistes extérieurs à l'atelier.

La famille des versions
Cette composition est l'une des plus répliquées du corpus rubénien. Le Corpus Rubenianum Ludwig Burchard, Part VIII, Saints II, n° 129 (Hans Vlieghe), en recense quatre versions complètes et quatre partielles ; le recensement mené sur la présente œuvre en a identifié une douzaine de complètes et une quinzaine de partielles. Parmi les principales : Kunsthistorisches Museum de Vienne (205 x 157 cm), Museumslandschaft Hessen Kassel (192 x 148 cm), collection royale danoise (panneau), Irbit en Russie (180 x 152 cm), plus deux passages chez Sotheby's (New York 2000, Londres 2007) et une vente florentine en 2021.

Deux éléments justifient l'attribution retenue ici.
Le premier tient à la comparaison directe. Sur six de ces versions — Vienne, Kassel, Copenhague, Sotheby's 2000, Irbit et la nôtre — les deux figures sont rigoureusement superposables : chaque pli du satin, chaque mèche, chaque doigt. Seul le coffret change d'une toile à l'autre, ainsi que son contenu : rouge, bleu, noir, laiton, avec ou sans couvercle. C'est la signature d'une production sérielle sortie d'un même lieu, où le coffret servait très probablement à identifier chaque exemplaire. Une copie extérieure, réalisée d'après estampe, ne reproduit pas des plis au millimètre tout en inventant un accessoire différent.

Le second est venu de Russie. La version d'Irbit, conservée à l'Ermitage depuis 1931 comme copie puis transférée en 1976, a été restaurée et réexaminée en 2012 par Viktor Korobov, responsable de la restauration des peintures à l'Ermitage, qui l'a jugée authentique et exécutée avec la participation d'élèves. Elle est aujourd'hui présentée sous vitrine blindée. Or elle appartient au groupe à cheveux longs et lisses, comme la nôtre — et non au type à cheveux bouclés de la version viennoise. Cette reconnaissance oblige à reconsidérer l'hypothèse d'un unique original suivi de copies tardives.

La présente toile a été portée par son propriétaire au Rubenianum d'Anvers en décembre 2018, où elle a été examinée par Arnout Balis, alors président de l'institution, et Hans Vlieghe, auteur du volume du Corpus consacré aux saints. La visite a fait l'objet d'un article dans Het Laatste Nieuws du 12 décembre 2018, photographies à l'appui.

Un dossier documentaire complet — recensement détaillé des versions, sources d'archives, coupures de presse — peut être adressé sur demande.

Œuvre visible et à retirer à la galerie (07240)
Livraison en France métropolitaine : nous consulter pour connaître les tarifs, en fonction de la destination.
12 000 €

Epoque : 17ème siècle

Style : Louis XIV - Régence

Etat : Très bon état

Matière : Huile sur toile

Largeur : 120 cm / 150 cm encadré

Hauteur : 155 cm / 185 cm encadré

Référence (ID) : 1813917

Disponibilité : En stock

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85 rue royale
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