Bruxelles 1830-40, Josse Allard, argent massif, théière de style Restauration Empire
Josse (Philippe-Joseph) Allard (1805-1877)
Bruxelles, vers 1830-1840
Argent massif, deuxième titre, 834/1000
Poids : 730 g
Dimensions : 18 cm de hauteur × 23 cm de longueur × 15 cm de largeur
Élégante théière en argent massif réalisée à Bruxelles par Josse Allard, l’un des orfèvres les plus intéressants de la première moitié du XIXe siècle belge et futur directeur de la Monnaie de Belgique.
De forme ventrue et particulièrement équilibrée, la théière appartient pleinement au goût de la Restauration, tout en conservant de nombreux éléments issus du vocabulaire néoclassique de la fin du XVIIIe siècle et du style Empire. Le corps, volontairement sobre et largement uni, est souligné par des bordures de feuilles d’eau, motif hérité du répertoire antique et très apprécié sous l’Empire.
Le long bec verseur constitue l’un des éléments les plus spectaculaires de la composition. Il se termine par une tête d’aigle finement modelée, évocation d’un motif qui avait acquis sous l’Empire une valeur emblématique particulière. Les attaches de l’anse, sa forme générale ainsi que les ornements qui structurent les différentes parties de la théière appartiennent également à ce répertoire néoclassique encore très présent dans les arts décoratifs des premières décennies du XIXe siècle.
Le couvercle est surmonté d’un cygne aux ailes déployées, qui semble flotter à la surface de l’argent. Le cygne, autre motif particulièrement apprécié sous l’Empire et la Restauration, apporte une note à la fois sculpturale et légère à une composition par ailleurs très architecturée.
Une particularité technique mérite d’être signalée : la charnière du couvercle est intégrée dans l’épaisseur et pratiquement invisible lorsque celui-ci est fermé, plutôt que rapportée de manière apparente sur la surface. Cette construction, beaucoup plus exigeante dans son exécution, témoigne du soin apporté à la fabrication et du niveau de maîtrise atteint dans l’atelier d’Allard.
La théière est très bien poinçonnée du poinçon de maître de Josse Allard, J et A séparés par une flèche, ainsi que des poinçons officiels belges de garantie pour l’argent du deuxième titre, 834/1000.
Josse Allard : de l’orfèvrerie à la direction de la Monnaie
Né à Bruxelles le 5 février 1805, Philippe-Joseph Allard, généralement appelé Josse Allard, déclare officiellement l’exercice du métier d’orfèvre le 20 juillet 1827. Il est inscrit au registre provincial le 1er août suivant et installe son atelier au 28, rue des Fripiers à Bruxelles. Son poinçon, composé des lettres J et A séparées par une flèche, est insculpé une première fois en 1827, puis renouvelé en 1832.
Sa progression est extrêmement rapide. Alors que son commerce de détail demeure d’une importance moyenne, son activité de fabricant prend une tout autre ampleur : dès les années 1840, il se range parmi les orfèvres-bijoutiers fabricants les plus importants de Bruxelles.
Allard s’intéresse très tôt à la modernisation des méthodes de fabrication, notamment dans le domaine des couverts. Son développement industriel accompagne une carrière qui dépasse bientôt largement le cadre traditionnel de l’orfèvrerie.
En 1846, il est nommé directeur de la Monnaie de Belgique, fonction prestigieuse qu’il conservera jusqu’à sa mort en 1877. Parallèlement, il exerce des activités bancaires. Cette remarquable ascension marque le commencement d’une véritable dynastie : ses fils et descendants occuperont à leur tour des positions majeures dans la Monnaie, la banque, la Banque nationale de Belgique et la vie politique. La famille Allard constituera ainsi au cours du XIXe siècle une fortune considérable, issue d’une trajectoire dont l’atelier d’orfèvrerie bruxellois de Josse Allard constitue l’un des premiers chapitres.
De Dutalis à Allard : une remarquable continuité des modèles bruxellois
Cette théière présente un intérêt supplémentaire lorsqu’on la replace dans l’histoire de l’orfèvrerie bruxelloise des années 1820-1840.
Plusieurs œuvres connues de Joseph-Germain Dutalis (1780-1852), le grand orfèvre bruxellois de la génération immédiatement antérieure à Allard, présentent des ressemblances frappantes avec les premières productions de ce dernier. Les travaux de Wim Nys, spécialiste de Dutalis et de l’orfèvrerie bruxelloise de cette période, permettent notamment de confronter leurs productions.
On retrouve chez les deux orfèvres des solutions formelles extrêmement proches : mêmes types d’attaches d’anses, anses de profil comparable, becs verseurs zoomorphes, fretels animaliers, bordures de feuilles d’eau et organisation générale des formes. D’autres pièces connues des deux ateliers présentent des rapprochements encore plus étroits, allant parfois jusqu’à reprendre pratiquement le même modèle.
L’ensemble de ces correspondances suggère fortement une transmission de modèles et de traditions d’atelier entre la production de Dutalis et celle du jeune Allard, même si, en l’état actuel des recherches, il convient de rester prudent quant à l’existence d’un transfert matériel documenté de matrices ou d’outillage.
Cette continuité est d’autant plus intéressante que les carrières des deux hommes se chevauchent. Allard commence à travailler dès 1827, alors que Dutalis est encore l’un des orfèvres les plus prestigieux de Bruxelles. Après l’indépendance de la Belgique en 1830, la nouvelle génération d’orfèvres reprend progressivement le rôle occupé par Dutalis sous le Royaume-Uni des Pays-Bas.
Werner Adriaenssens souligne précisément cette continuité dans son étude consacrée à l’argenterie de la monarchie belge : Joseph-Germain Dutalis et Josse Allard figurent tous deux parmi les orfèvres ayant travaillé pour la Cour, Allard devenant l’un des premiers fournisseurs d’argenterie de la jeune Maison royale de Léopold Ier.
Cette théière constitue ainsi un très bel exemple de cette période de transition de l’orfèvrerie bruxelloise : encore profondément imprégnée du néoclassicisme et du style Empire, elle annonce déjà la production de la Belgique indépendante et la remarquable carrière de celui qui allait devenir, quelques années plus tard, directeur de la Monnaie.
Bibliographie indicative :
Wim Nys, travaux consacrés à Joseph-Germain Dutalis et à l’orfèvrerie bruxelloise du premier XIXe siècle.
Werner Adriaenssens, Tables en majesté, étude des services et de l’argenterie de la Maison royale belge.
Walter van Dievoet, Dictionnaire des orfèvres de Bruxelles au XIXe siècle, Louvain, 2003, pp. 24-26.
Epoque : 19ème siècle
Style : Louis Philippe-Restauration-Charles X
Etat : Parfait état
Matière : Argent massif
Longueur : 23 cm
Largeur : 15 cm
Hauteur : 18 cm
Référence (ID) : 1812406
Disponibilité : En stock






































