Plaquette de femme de troupe, France 1793-1800, laiton gravé, Marie-Therese Magnus
Il est parfois étonnant de constater combien un tout petit objet, réalisé dans un métal sans grande valeur, peut déclencher des recherches et ouvrir sur de vastes pans de l’Histoire. C’est précisément le cas de cette modeste plaquette ronde en laiton, oxydée par le temps et les éléments, d’environ 5 cm de diamètre.
À elle seule, elle nous entraîne dans l’histoire de la Révolution française et des guerres qui suivirent, dans celle de la présence des femmes auprès des armées, mais aussi dans l’histoire d’un ancien régiment de dragons, de l’origine même du mot « dragon » et du rôle joué par cette cavalerie dans les campagnes révolutionnaires et impériales et enfin aussi dans des recherches généalogiques d'une simple femme du peuple, appelée Marie-Thérèse Magnus. Je vais donc essayer d’être aussi complet que possible, tout en restant suffisamment bref pour raconter ce que cette petite plaque a permis de découvrir.
Sur une face est gravé :
« FEMME DE TROUPE / AUTORISÉE / PAR LA LOI »
et sur l’autre :
« MARIE THÉRÈSE / MAGNUS / 2me RÉGIMENT / DE DRAGONS / FRANÇOIS ».
Les femmes dans les armées
Les femmes accompagnèrent les armées bien avant la Révolution et l’Empire. Épouses de soldats, blanchisseuses, marchandes ou vivandières et filles de mœurs légères suivaient parfois les régiments au cours de leurs campagnes. Elles lavaient et réparaient le linge, vendaient nourriture, vin et eau-de-vie et assuraient quantité de services indispensables à la vie quotidienne des soldats. Certaines se retrouvaient jusque sur les champs de bataille, ravitaillant les hommes ou portant secours aux blessés.[1][2][3]
La Révolution voulut cependant mettre de l’ordre dans cette importante population de femmes et même d'enfants qui suivait les troupes. Le décret de la Convention nationale du 30 avril 1793, intitulé "Pour congédier des Armées les femmes inutiles" , ordonna le départ des femmes ne remplissant aucune fonction reconnue. Il maintenait en revanche auprès des corps les blanchisseuses et vivandières, dont la présence était jugée nécessaire.
Le texte prévoyait expressément que les autorités militaires délivrent aux femmes autorisées « une marque distinctive » permettant de les reconnaître. C’est dans ce contexte que doit être comprise notre plaque portant précisément les mots « Femme de troupe autorisée par la loi ».
La disposition des perforations est elle-même intéressante : quatre petits trous permettaient vraisemblablement de fixer solidement la plaque sur un vêtement ou sur une pièce de cuir, tandis qu’un trou plus important se trouve dans la partie supérieure.
Marie-Thérèse Magnus
Mais ce qui rend cette plaque particulièrement émouvante est qu’elle n’est pas anonyme. Elle conserve le nom d’une femme réelle : Marie-Thérèse Magnus.
Les recherches entreprises autour de ce nom ont fait apparaître une piste particulièrement intéressante : les registres d’état civil mentionnent une Marie-Thérèse Magnus décédée à Bornem en 1813, âgée d’environ 52 ans, donc née vers 1760-1761. Son âge et sa présence dans les anciens Pays-Bas méridionaux occupés par les français depuis la fin du dix-huitième siècle,rendent cette identification chronologiquement parfaitement possible.
Il serait cependant excessif d’affirmer qu’il s’agit certainement de la femme de notre plaque : aucun document militaire retrouvé à ce jour ne permet encore de relier formellement les deux personnes. La concordance du nom, de la période et de la région constitue néanmoins une piste particulièrement intéressante.
Le 2e Régiment de Dragons
Marie-Thérèse Magnus était attachée au 2e Régiment de Dragons français, l’un des plus anciens régiments de cavalerie de France. Ses origines remontent au XVIIe siècle ; devenu sous l’Ancien Régime Condé-Dragons, il reçut le numéro 2 lors de la réorganisation de la cavalerie française en 1791.
Le régiment participa aux guerres de la Révolution puis aux grandes campagnes napoléoniennes et combattit dans les Pays-Bas, en Allemagne, en Autriche, en Prusse, en Pologne et dans la péninsule Ibérique.
Le terme « dragon » désignait à l’origine un soldat qui se déplaçait à cheval mais pouvait combattre à pied, sorte d’infanterie montée qui évolua progressivement vers une véritable cavalerie de ligne. L’étymologie exacte du terme militaire reste discutée. Une ancienne explication le rattache à une arme à feu appelée « dragon », peut-être ainsi nommée parce que la flamme produite au moment du tir évoquait le souffle de l’animal fantastique. D’autres étymologistes rapprochent plutôt le nom du latin draco, qui désignait notamment une enseigne militaire. Quoi qu’il en soit, le mot « dragon » est employé en français pour désigner ce type de cavalier dès la fin du XVIe siècle.
Sources et bibliographie
[1] Jean Baechler et Marion Trévisi (dir.), La Guerre et les Femmes, Paris, Hermann, coll. « L’Homme et la Guerre », 2018.
[2] Gil Mihaely, « L’effacement de la cantinière ou la virilisation de l’armée française au XIXe siècle », Revue d’histoire du XIXe siècle, n° 30, 2005, DOI : 10.4000/rh19.1008.
[3] Élodie Jauneau, « Thomas Cardoza, Intrepid Women. Cantinières and Vivandières of the French Army, Bloomington, Indiana University Press, 2010, 312 p. », Genre & Histoire, n° 9, automne 2011, mis en ligne le 21 mai 2012.
Epoque : 18ème siècle
Style : Louis XVI - Directoire
Etat : Très bon état
Matière : Laiton
Diamètre : 5 cm
Référence (ID) : 1808952
Disponibilité : En stock
































