Mons 1772, chocolatière en argent, Joseph Philippe Ghienne, Louis XV
Belle chocolatière montoise en argent massif, réalisée en 1772 par Joseph-Philippe Ghienne, maître orfèvre à Mons.
De forme piriforme, elle repose sur trois pieds à enroulements feuillagés et présente une panse à côtes tournantes, prolongées sur le couvercle. Le bec verseur est richement travaillé de rocailles, coquilles et feuillages et il suit le mouvement chantournant du corps . Le manche en bois noirci, élégamment galbé, est disposé dans l’axe opposé au bec.
Le couvercle est sommé d’une remarquable rose avec sa tige et ses feuilles au naturel , formant bouchon de l’ouverture destinée au moussoir. Celui-ci permettait de battre vigoureusement le chocolat sans découvrir la chocolatière, afin de maintenir la boisson chaude et d’obtenir la mousse alors recherchée. Cette ouverture constitue l’un des éléments caractéristiques permettant de distinguer la chocolatière de la cafetière.
Les poinçons sont frappés sous le fond et permettent de situer la pièce à Mons en 1772.
Joseph-Philippe Ghienne (1722-1797) fut reçu maître orfèvre à Mons le 16 septembre 1751, après avoir présenté comme chef-d’œuvre une cafetière. Il exerça pendant près d’un demi-siècle, fut nommé doyen des orfèvres en 1775 et siégea en 1794 parmi les membres élus du Grand Conseil de la Ville de Mons. Marié à trois reprises, il mourut à Mons le 30 janvier 1797.
Son frère, Alexandre Ghienne, fut l’un des sculpteurs montois importants de la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle et participa directement à plusieurs monuments emblématiques de la ville.
En 1769, il exécuta les sculptures des boiseries de la chapelle Notre-Dame de Tongres de la collégiale Sainte-Waudru. Il travailla également à d’autres aménagements sculptés liés à la collégiale.
Son nom reste surtout attaché au célèbre Car d’Or de Mons. Entre 1779 et 1782, Alexandre Ghienne et F.-J. Midavaine réalisèrent ce grand carrosse processionnel en bois sculpté, peint et doré, destiné au transport de la châsse de sainte Waudru. Toujours conservé à la collégiale, le Car d’Or est encore utilisé chaque année lors de la procession de la Trinité et constitue aujourd’hui l’un des symboles les plus célèbres du Doudou de Mons.
Alexandre Ghienne est également l’auteur, en 1780, de la monumentale chaire de vérité en chêne sculpté et partiellement doré de l’église Saint-Nicolas-en-Havré à Mons, toujours conservée dans l’édifice.
La considération dont il jouissait apparaît encore après la Révolution : en 1797, l’administration du département de Jemappes le choisit parmi les artistes appelés à participer à l’identification et à la sauvegarde des œuvres provenant des établissements religieux supprimés. Même s’il renonça finalement à cette mission, sa désignation témoigne de la place qu’il occupait alors dans le monde artistique montois.
Le chocolat dans les Pays-Bas méridionaux
Le chocolat demeure au XVIIIᵉ siècle un breuvage de luxe. L’une des premières traces documentées du cacao dans les Pays-Bas méridionaux remonte à 1635, grâce à une facture conservée de l’abbaye de Baudeloo à Gand. En 1679, le bourgmestre de Zurich découvre encore le chocolat chaud à Bruxelles comme une curiosité suffisamment remarquable pour en rapporter la recette en Suisse.
Le chocolat consommé vers 1772 était très différent de nos préparations actuelles. Il ne s’agissait pas d’une poudre instantanée dissoute dans du lait, mais d’une masse ou pâte de cacao, obtenue à partir de fèves torréfiées et broyées, additionnée de sucre et parfois de cannelle, de vanille ou d’autres aromates.
Une portion de cette pâte était délayée dans le liquide chaud (le plus souvent de l'eau) puis énergiquement travaillée à l’aide d’un moussoir, introduit par l’ouverture ménagée dans le couvercle. On faisait rapidement tourner celui-ci entre les paumes afin d’homogénéiser la préparation et surtout de produire l’abondante mousse alors appréciée.
Le cacao, le sucre et les épices étant des produits importés et coûteux, le chocolat resta longtemps réservé essentiellement aux milieux aristocratiques et à la bourgeoisie aisée. C’est dans ce contexte que s’expliquent les somptueuses chocolatières en argent réalisées au XVIIIᵉ siècle par les meilleurs orfèvres des Pays-Bas méridionaux.
Notre exemplaire pèse 760 grammes .
Epoque : 18ème siècle
Style : Louis XV - Transition
Etat : Très bon état
Matière : Argent massif
Hauteur : 26 cm
Référence (ID) : 1808673
Disponibilité : En stock






































