R. MAILLARD - LES BAIGNEUSES (Peinture/Tableau Moderne, XXe siècle) - Scène de genre/Paysage/Nu
Raymond Maillard
Les Baigneuses
XXe siècle
Huile sur toile
84,5 x 105 cm (dimensions avec cadre)
Contexte historique
Raymond Maillard est un artiste français très
rare sur le marché. Il exerce dans la première moitié du XXe
siècle et expose lors de plusieurs Salons des Indépendants,
notamment en 1920 et en 1922.
Sa participation à l’édition de
1920 lui vaut d’être cité dans les rubriques artistiques de
plusieurs journaux et de se faire remarquer par l’un des critiques
d’art les
plus influents de son époque, Louis Vauxcelles, qui le mentionne
aux côtés de Maurice Vlaminck, Suzanne Valadon ou encore Marcel
Gromaire
dans la rubrique Beaux-Arts du
journal Excelsior
: journal illustré quotidien : informations, littérature, sciences,
arts, sports, théâtre, élégances en
date du 28
janvier 1920.
Si
ces salons d’artistes indépendants permettaient à de très
nombreuses œuvres d’être exposées, seules certaines d’entre
elles
étaient mises en avant par les critiques pour leur « vigueur,
[leur] goût et un certain esprit de recherche et de nouveauté »
(La
libre parole,
30 janvier 1920).
Les œuvres de Raymond Maillard faisaient partie de celles-ci et
révèlent
un « vrai talent » (La
libre parole,
30 janvier 1920). Ses
femmes et ses paysages ont su retenir l’attention et participent
alors
du mouvement « vers le retour à la probité, à la véritable
peinture » (Le
Journal du peuple : politique, littéraire, artistique et social,
29 janvier 1920).
En
1922, il expose trois toiles au
Salon des Indépendants (Regrets,
Les
Papillons
et Automne)
et une toile au Salon de l’École française (Côtes
de Bretagne)
qui lui valent le paragraphe suivant dans Revue
moderne des arts et de la vie
en date du 30 mars 1922 :
« [Raymond Maillard] s’affirme comme un peintre original, épris
de bon dessin et de vigoureux coloris. Sa manière ne manque pas même
parfois de puissance pour la décision et la franchise des touches,
pour l’intensité de certaines expressions. Elle est d’un artiste
sensible et sincère, qui voit la poésie des êtres et des choses et
qui s’attache à en interpréter lyriquement la vivante beauté »
(C. de Cordis).
Par
ailleurs, sa toile Nuit d’automne (nu
et paysage) exposée au Salon d’Automne de 1919 est
particulièrement remarquée et annoncée comme l’un des plus
grands succès de cette édition par le critique Camille Le Serre
(La
France : politique, scientifique et littéraire,
4
novembre 1919).
Les Baigneuses se situe à la croisée de
plusieurs courants. Elle emprunte tout d’abord clairement à la
tradition académique héritée du XIXᵉ siècle : les nus
féminins (même s’ils sont ici réalistes et pittoresques), le
sujet, la composition équilibrée et l'importance accordée au
dessin évoquent les grands représentants de cette tradition.
Ensuite, plusieurs éléments rapprochent également l’œuvre du
symbolisme : l'atmosphère rêveuse et ambiguë de la scène, la
suspension du temps narratif (les personnages sont absorbés dans un
état de contemplation, aucune action décisive n’est accomplie, le
geste de la figure centrale paraît chargé de sens mais demeure
énigmatique), la relation entre nature et archétype féminin (ce
dernier peut incarner des forces naturelles, spirituelles ou
psychiques chez les symbolistes), la structure spatiale elle-même
(le contraste entre la clarté du paysage à gauche et l'obscurité
de la cavité rocheuse à droite peut être lu symboliquement).
Enfin, sans relever strictement de la peinture naïve, l'œuvre
présente certaines caractéristiques susceptibles d'évoquer cet
univers esthétique : l'espace apparaît en effet relativement
peu construit selon les règles classiques de la perspective et la
narration reste énigmatique et flottante comme dans certaines
compositions allégoriques de Rousseau.
L’œuvre témoigne ainsi de la survivance et de
la réinterprétation des traditions académiques après l'avènement
des avant-gardes dans la première moitié du XXe siècle. Alors que
le cubisme, le fauvisme ou l'abstraction bouleversent profondément
le langage pictural, de nombreux artistes continuent à pratiquer une
peinture figurative inspirée de l'Antiquité, de la Renaissance et
du XVIIIᵉ siècle. Cette tendance est souvent désignée sous le
terme de « retour à l'ordre », particulièrement après la
Première Guerre mondiale. L’intérêt historique de cette œuvre
réside ainsi dans la tension qui existe entre les expérimentations
contemporaines du début du XXe siècle et la permanence des modèles
académiques et symbolistes au même moment.
Description
La composition s'organise autour d'une structure
pyramidale construite par un groupe de trois figures féminines
accompagnées de trois enfants. Les six personnages nus évoluent
dans un espace rocheux qui s'ouvre sur un ciel lumineux.
À l'extrémité droite, un enfant partiellement
enveloppé dans un drapé est assis sur un rocher. Son bras levé
crée un mouvement ascendant qui répond à celui de la figure
centrale. Au-dessous, une femme est représentée dans une position à
la fois lascive et maternelle : son corps allongé fait écho aux
diagonales dessinées par le paysage à gauche de la composition
tandis que le second enfant couché à ses pieds est en interaction
avec elle et renforce l'impression de détente qui émane de la
scène. Le drapé bleu qui entoure ce premier groupe de trois
personnages introduit une note chromatique froide dans un ensemble
dominé par les bruns et les ocres.
Au centre de la composition se
trouve la figure principale, une femme vue de dos occupant l'axe
vertical du tableau. Son bras levé domine la composition et dirige
le regard du spectateur vers la masse rocheuse qui surplombe le
groupe : cette posture constitue le véritable pivot visuel de
l'œuvre. À sa gauche, une seconde femme vue de profil tourne son
visage vers elle dans une attitude de dialogue silencieux. Les deux
corps forment un couple de figures équilibré dont les volumes
gracieux contrastent avec les aspérités et les arêtes rocheuses
qui les entourent.
Enfin, à l'extrémité gauche, un troisième
enfant tient un drapé orange qui répond au tissu bleu occupant le
côté opposé de la composition. Alors que l’enfant interroge le
spectateur du regard, un paysage lumineux contrebalançant de manière
efficace l'obscurité de la grotte s’étend derrière lui.
Le traitement de la chair privilégie les modelés
doux et les transitions progressives. La palette demeure
volontairement restreinte, dominée par les tons bruns, les
carnations claires et quelques accents colorés. Les figures
possèdent une certaine simplification formelle et le paysage
apparaît davantage comme un décor poétique que comme un espace
réaliste. La composition est équilibrée, les masses colorées sont
harmonieusement réparties et l'ensemble produit une impression de
calme et de douceur. Les visages sont modelés avec beaucoup de
délicatesse. Le contraste entre la lumière du paysage et
l'obscurité protectrice de la grotte pourrait évoquer le passage
entre nature sauvage et monde civilisé ou encore entre rêve et
réalité.
État
Le tableau est encadré et se présente en bon
état général, sur sa toile d’origine. Le support est bien tendu.
Les couleurs sont bien distinctes et lumineuses.
De petits manques
sont visibles de manière éparse dans le ciel, dans la végétation,
dans le coin inférieur gauche et dans le coin inférieur droit du
tableau. Plusieurs éraflures doivent être notées sur toute la
partie gauche du tableau, du sol jusqu’à la naissance du ciel. Une
dizaine de minuscules tâches de peinture blanche (de 0,1 cm à 0,3
cm) sont réparties sur la toile. Les couleurs sont modérément
assombries par de légères salissures, notamment dans le ciel. A la
lumière rasante, plusieurs repeints sont visibles au niveau des
cheveux de la femme de profil, des deux drapés et de la grotte.
Le
tableau mérite, sans urgence, l’intervention d’un restaurateur
pour retrouver tout son éclat et uniformiser la lecture de
l’ensemble.
Epoque : 20ème siècle
Style : Art moderne
Etat : En l'etat
Matière : Huile sur toile
Longueur : 71,5 cm
Largeur : 91 cm
Référence (ID) : 1777364
Disponibilité : En stock

























