Portrait d’une dame en robe de soie blanche à nœuds bleus, v.1745–1755, attr. Henry Pickering
Dans ce captivant portrait du milieu du XVIIIe siècle, une jeune dame anglaise est représentée dans une lumineuse robe de satin blanc ornée d’une dentelle raffinée et de nœuds de ruban bleu. L’image rayonne d’élégance et de raffinement : le satin est peint avec un doux éclat, le col et les manchettes de dentelle (engageantes) sont rendus avec une grande délicatesse, et un collier de perles avec pendentif en forme de goutte repose à sa gorge. Ses cheveux bruns sont coiffés simplement, attachés près de la tête — un style à la mode dans les années 1740. Sur un fond brun chaud et uni, la figure se détache avec une clarté presque lumineuse. Le résultat est une ressemblance vive et gracieuse qui illustre parfaitement le style dit « costume Van Dyck », populaire en Grande-Bretagne vers 1745–1755. Les historiens de l’art notent en effet que, vers la fin des années 1740, un col de dentelle aussi élevé et un stomacher orné de rubans étaient devenus l’une des signatures visuelles des portraits féminins de l’époque géorgienne.
La modèle semble être une femme de rang, probablement âgée d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années. Par son contexte et sa présentation, elle paraît liée aux familles aisées de la gentry du sud de l’Angleterre. Fait intéressant, la même composition et le même costume apparaissent dans un portrait connu de Susannah Earle d’Eastcourt (†1796), héritière de la famille Hicks du Gloucestershire. Susannah Earle était la cousine germaine de Sir Howe Hicks de Witcombe Park et une figure importante de l’élite locale (« elle joua un rôle déterminant en introduisant ses cousins Hicks dans la famille Beach », selon les sources familiales). La modèle de notre tableau pourrait plausiblement être une parente ou une contemporaine de ce cercle — peut-être une autre fille des familles Hicks ou apparentées — qui aurait également été commémorée par un portrait de qualité. Une source mentionne d’ailleurs que Susannah Earle portait « des boucles d’oreilles de perles scintillantes et une dentelle à la mode », une description qui correspond parfaitement aux perles et à la dentelle qui ornent notre modèle. Bien qu’aucun nom ne soit inscrit sur la toile, la combinaison du satin ivoire, des engageantes de dentelle élaborées, des nœuds de ruban bleu et des bijoux de perles place clairement la figure parmi les femmes prospères et élégantes de l’Angleterre géorgienne du milieu du XVIIIe siècle. Elle vivait probablement dans un domaine de campagne — peut-être dans le Wiltshire ou le Gloucestershire — et participait à la vie sociale de l’élite du comté. Si elle était une jeune mariée, le portrait aurait pu être commandé pour marquer cet événement, comme c’était souvent le cas : les nouvelles épouses faisaient fréquemment réaliser leur portrait en grand apparat pour la demeure ancestrale de leur mari.
À l’époque où ce portrait fut peint (vers 1745–1755), l’Angleterre connaissait une période de prospérité et de confiance culturelle croissantes. La dynastie hanovrienne était solidement établie après la rébellion jacobite de 1745, tandis que le commerce et l’économie se développaient rapidement. Les familles aisées rivalisaient pour afficher leur statut, souvent à travers le portrait. Les principaux ateliers londoniens, inspirés par la tradition baroque de Sir Anthony van Dyck, produisaient des portraits élégants et raffinés en « costume Van Dyck » tels que celui-ci. La demande pour ce type d’images était élevée, soutenant l’activité de spécialistes talentueux. Des mécènes notables de l’époque — parmi lesquels Horace Walpole à Strawberry Hill — recherchaient des portraits à la mode réalisés par des peintres émergents. Un portrait d’une jeune fille par Henry Pickering daté de 1759 et signé « H. Pickering Pinxit » présente d’ailleurs des dimensions similaires ainsi qu’un traitement comparable du satin et de la dentelle, ce qui montre que Pickering proposait au marché des œuvres de ce format et de ce style.
Le portrait est complété par son cadre d’origine d’époque rococo : un encadrement en bois sculpté et doré, richement orné de volutes, de coquilles et de feuilles d’acanthe. L’or chaud du cadre fait écho aux tonalités lumineuses du costume de la modèle et renforce sa présence. Un tel cadre, richement décoré mais élégant, était typique d’un tableau de grande qualité destiné à une demeure prestigieuse. Il contribue à l’impression générale de noblesse et de splendeur.
Sur la base du style et de comparaisons documentées, cette peinture peut être raisonnablement attribuée à Henry Pickering (actif vers 1740–1771) ou à son cercle immédiat. Pickering était un portraitiste anglais dont l’œuvre suit de près les conventions de Thomas Hudson ; Christie’s note d’ailleurs que Pickering est « souvent rapproché stylistiquement de Thomas Hudson » et qu’il travaillait avec le même peintre de draperies, Joseph van Aken. Le visage serein, le regard et le modelé doux du portrait rappellent le caractère des œuvres authentifiées de Pickering. Par exemple, un portrait signé de 1743 représente Susannah Holt vêtue d’une robe blanche avec un châle bleu pâle. De même, le portrait presque identique de Susannah Earle est catalogué comme « attribué à Henry Pickering ». Ces parallèles — dimensions de toile identiques, traitement des tissus et composition comparable — font de Pickering le candidat le plus convaincant. En matière de provenance comparative, un portrait de Susannah Holt par Pickering fut vendu chez Christie’s, tandis que le portrait de Susannah Earle (provenant de la collection de la famille Hicks) fut vendu chez Chorley’s en 2022 sous son nom. En somme, la technique et l’histoire de cette œuvre correspondent étroitement à la production connue de Pickering.
Aujourd’hui, ce portrait se présente comme un remarquable exemple de portrait géorgien. Son costume et ses bijoux finement rendus, le regard posé de la modèle et le riche cadre doré offrent à la fois beauté esthétique et profondeur historique. Pour un collectionneur, il représente une opportunité rare d’acquérir une œuvre attribuée à un peintre reconnu du XVIIIe siècle, conservée dans un excellent état. Sa palette élégante et sa composition frappante attireront l’œil dans toute collection.
Henry Pickering (vers 1720–vers 1771) fut un peintre portraitiste anglais actif à Londres et dans les provinces. Bien que peu de documents personnels subsistent, il se fit connaître pour ses portraits à la mode dans les années 1740–1760. Son style fut fortement influencé par les grands portraitistes Thomas Hudson et Sir Godfrey Kneller ; comme eux, Pickering représentait souvent ses modèles à mi-corps sur un fond neutre et travaillait avec le spécialiste des draperies Joseph van Aken. Des œuvres signées de Pickering subsistent — notamment un portrait daté de 1759 à Strawberry Hill — confirmant le style visible ici. Au cours de sa carrière, Pickering reçut des commandes de familles de la gentry souhaitant des portraits élégants et contemporains de leurs proches. Cette peinture illustre parfaitement son approche : une élégance digne plutôt qu’ostentatoire, avec une attention particulière portée aux textiles luxueux et aux accessoires. Pickering mourut vers 1771, laissant derrière lui un héritage principalement constitué de ses portraits de la société géorgienne. Notre tableau constitue un représentant distingué de son œuvre.
Dimensions : hauteur 100 cm, largeur 87 cm encadré (hauteur 39,5”, largeur 34,25” encadré).
Epoque : 17ème siècle
Style : Louis XV - Transition
Etat : Très bon état
Matière : Huile sur toile
Largeur : 87
Hauteur : 100
Profondeur : 9
Référence (ID) : 1720612
Disponibilité : En stock
































