Pierre Mignard (1612-1695) et atelier. Portrait d’une dame de qualité vers 1680.
Toile rentoilée de 81 cm par 65 cm.
Cadre ancien de 100 cm par 85 cm.
Ce portrait, magnifiquement encadré, représente une jeune femme vue à mi-corps, légèrement tournée vers la gauche. Elle est vêtue d’une chemise blanche bordée de dentelle délicate, dont les plis sont rendus avec une matière plus soutenue, et d’un ample drapé de velours bleu profond enveloppant les épaules et le bras. Sa main droite retient le tissu dans un geste souple et mesuré, typique des portraits aristocratiques de la fin du XVIIe siècle. La coiffure, volumineuse et structurée au sommet du crâne, correspond aux débuts de la mode dite « à la Fontange », apparue autour de 1680 à la cour de Louis XIV. Les boucles sont organisées avec élégance, sans encore atteindre la verticalité architecturée des décennies suivantes. De longues mèches ondulées retombent sur les épaules. Le traitement du visage est particulièrement soigné : les carnations sont lisses, fondues et lumineuses, avec des transitions très douces entre ombre et lumière. Un fin rehaut éclaire l’arête du nez ; les paupières et le coin interne des yeux sont délicatement rosés. Le modelé subtil, presque émaillé, rappelle la manière des portraitistes parisiens actifs dans l’entourage de Pierre Mignard. Le fond sombre et neutre met en valeur la clarté du teint et l’éclat du drapé bleu. L’ensemble dégage une impression de retenue et d’élégance.
Pierre Mignard (1612-1695)
Pierre Mignard, dit « Mignard le Romain », naît à Troyes en 1612 et devient l’un des grands peintres français du règne de Louis XIV. Formé d’abord auprès de son père puis à Fontainebleau, il part très jeune pour l’Italie, où il séjourne plus de vingt ans, principalement à Rome. Ce long séjour romain marque profondément son style : il y assimile l’héritage du classicisme italien, l’art du dessin clair, les compositions équilibrées et une certaine suavité dans le traitement des figures. À Rome, il fréquente les milieux artistiques et aristocratiques, se forgeant une réputation solide grâce à ses portraits élégants et à ses œuvres religieuses. Son surnom de « Mignard le Romain » vient précisément de cette période italienne, qui distingue son parcours de celui d’autres artistes français contemporains. De retour en France vers 1657, il s’impose rapidement comme portraitiste recherché par la haute société parisienne. Son style se caractérise par des carnations lisses et lumineuses, des transitions extrêmement fondues et une idéalisation gracieuse des modèles. Les visages féminins, en particulier, présentent une douceur presque émaillée, avec un modelé délicat et un raffinement discret qui plaisent à l’aristocratie. Mignard entretient une rivalité célèbre avec Charles Le Brun, alors premier peintre du roi et figure dominante de l’Académie royale. Cette opposition marque durablement la vie artistique parisienne. Après la mort de Le Brun, Mignard obtient finalement les plus hautes charges : en 1690, il devient Premier peintre du roi et directeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture, consacrant ainsi une carrière longtemps menée en marge des institutions officielles. Outre ses nombreux portraits de cour, parmi lesquels ceux de Louis XIV et de Madame de Maintenon, il réalise également d’importants décors religieux et mythologiques, notamment pour le Val-de-Grâce, le château de saint Cloud et divers hôtels particuliers parisiens. Son œuvre reflète l’esthétique classique du Grand Siècle : mesure, élégance, clarté et idéalisation. Pierre Mignard meurt à Paris en 1695, au sommet de sa reconnaissance officielle. Il laisse une production abondante et un atelier influent qui contribue à diffuser son style dans toute la France. Son art incarne l’un des visages les plus raffinés du classicisme français sous Louis XIV.






























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