Notre composition met en scène un des sujets de dévotion domestique les plus prisés dans la peinture anversoise du premier tiers du XVIIᵉ siècle : le Christ chez Marthe et Marie (Evangile selon Luc 10, 38‑42). Frans Francken et un collaborateur de son atelier propose ici une interprétation caractéristique de la culture visuelle de la famille Francken : narration limpide, décor fastueux, abondance d’objets et d’animaux, et un goût prononcé pour une mise en scène théâtrale.
Au centre, le Christ, assis devant un autel recouvert d’un tapis et surmonté d’un tableau représentant le Sacrifice d’Isaac, accueille les deux sœurs de Béthanie. Marthe, debout à gauche, interrompt ses préparatifs culinaires pour se plaindre du manque d’aide. Son geste vif, presque impatient, contraste avec la posture recueillie de Marie, assise aux pieds du Christ, absorbée par son enseignement. Ainsi s’opposent l’agitation du service domestique à la contemplation silencieuse, thème moral et spirituel que les artistes anversois affectionnaient particulièrement.
Le décor architectural, avec ses colonnes, son tableau inséré dans le tableau et l’ouverture sur un parc peuplé d’oiseaux, témoigne du goût pour les intérieurs « enrichis » de l’atelier Francken. Les animaux domestiques – chiens et chat – renforcent l’atmosphère familière, tandis que la table chargée de victuailles, véritable nature morte, rappelle la tradition des « kitchen pieces » flamands, souvent intégrés par les Francken dans leurs compositions religieuses pour ancrer le sacré dans le quotidien.
La facture, précise mais souple, l’attention portée aux étoffes, aux natures mortes et aux détails anecdotiques, ainsi que la construction spatiale, renvoient directement aux pratiques de l’atelier de Frans II Francken. Certains passages, notamment dans les animaux et les éléments du jardin, suggèrent toutefois la participation d’un collaborateur ou d’un peintre de son cercle immédiat, hypothèse cohérente avec la production collective de l’atelier dans les années 1620‑1640. D’ailleurs, la composition quasi identique à la nôtre, et qui est illustrée page 252 du catalogue raisonné d’Ursula Härting a aussi été exécutée à deux mains : Frans II Francken et Abraham Govaerts.
Nous avons choisi de vous présenter la composition dans un sobre cadre mouluré en bois noirci.
Dimensions : 54 x 74,5 cm – 67 x 87 cm avec le cadre
Biographie : Frans II Francken ou Frans Francken le Jeune (Anvers 1581 – Id. 1642). Fils de Frans I et frère de Hieronymus II et Ambrosius II, il est le plus réputé de la dynastie des Francken. Excellant dans les genres les plus divers, il se spécialise dans la peinture de petit et moyen format (dite aussi peinture de cabinet) et que Rubens appelait les « cose piccole ». Il peint de nombreuses scènes bibliques, mythologiques et historiques dans lesquelles il représente des foules compactes selon la règle d’isocéphalie. Poussant la technique du glacis à la perfection, il parvient à une délicatesse de nuances et à des effets de fluidité qui donnent tout leur intérêt aux figures d’arrière-plan. Les plus grands artistes flamands font appel à son talent, on retrouve ainsi les groupes virtuoses de Francken dans les paysages d’Abraham Govaerts, Joos de Momper ou Jan Brueghel I et II, dans les architectures de Bartholomeus van Bassen, Pieter Neeffs I ou encore Hendrick van Steenwijck pour n’en citer que quelques-uns.
Bibliographie :
- HARTING, Ursula, Frans Francken der Jüngere (1581-1642) : die Gemälde mit kritischem Oeuvrekatalog, Freren, Luca, 1989.
- La Dynastie Francken, dir. Sandrine Vézilier Dussart, (cat. exp., Cassel, Musée de Flandre, 4 sept. 2021 – 2 jan. 2022), In Fine, 2020.



































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