Vierge à l’Enfant avec corne d’abondance
Albâtre, Flandre, troisième quart du XVIᵉ siècle
Dimensions : hauteur 38 cm
Provenance : collection privée néerlandaise
Style : dans la tradition de la sculpture de la Renaissance des Pays-Bas méridionaux, avec des affinités stylistiques avec l’œuvre de Jan Mone et de ses suiveurs.
Cette sculpture en albâtre représente une Vierge debout portant l’Enfant Jésus sur son bras gauche. De la main droite, elle tient une corne d’abondance (cornucopia), symbole de fertilité et de providence divine. L’Enfant Jésus est figuré de manière vive et expressive : de sa main gauche, il tend la main vers les fruits de la corne, tandis que sa main droite se dirige vers la poitrine partiellement découverte de Marie. Ce geste renvoie au motif iconographique de la Vierge allaitante (Maria lactans), dans lequel l’allaitement maternel symbolise à la fois la nourriture spirituelle et corporelle. L’œuvre exprime ainsi non seulement la tendresse maternelle, mais également une profonde symbolique théologique autour de Marie en tant que nourrice du Christ et, plus largement, des fidèles.
La Vierge est voilée et vêtue d’un manteau richement drapé, dont l’étoffe retombe en plis souples et fluides. Le traitement du drapé est raffiné tout en conservant une certaine stylisation, caractéristique de la période de transition entre le gothique tardif et la Renaissance. Le tissu épouse élégamment la forme du corps sans accentuation excessive, contribuant ainsi à l’apparence sacrée et retenue de la sculpture.
L’ensemble repose sur un socle mouluré, orné à l’avant d’un cartouche en forme d’écu. Celui-ci était probablement destiné à recevoir des armoiries familiales. Il est possible que le propriétaire n’ait jamais fait apposer ces armoiries, ou qu’elles aient été peintes à l’origine et que la polychromie se soit perdue avec le temps. Quoi qu’il en soit, la présence de cet écu indique que la sculpture était destinée à un usage dans une chapelle privée ou comme élément d’un petit retable.
Sur le plan stylistique, l’œuvre s’inscrit dans la production sculpturale réalisée à Mechelen au milieu du XVIᵉ siècle. Elle présente notamment des affinités avec l’œuvre de Jan Mone (actif vers 1520–1540), sculpteur qui joua un rôle clé dans l’introduction des formes renaissantes dans les Pays-Bas méridionaux et qui est reconnu pour ses sculptures en albâtre d’une grande finesse, son approche classique des proportions et la composition harmonieuse et sereine de ses figures. Son style a profondément influencé les ateliers mechelois spécialisés dans la production de statues de dévotion et de retables en albâtre.
Toutefois, compte tenu de la datation autour de 1575, la sculpture décrite ici ne peut être attribuée directement à Jan Mone, mais pourrait provenir de l’atelier de son élève Jacques Dubroe(u)ck (1505–1584). Architecte et sculpteur, Dubroe(u)ck est notamment connu pour une statue de saint Barthélemy conservée dans l’église Sainte-Waudru à Mons (Belgique), laquelle présente des similitudes stylistiques avec la présente œuvre, en particulier dans le traitement du drapé. Les traits doux du visage de la Vierge, son expression contenue et la relation dynamique entre la mère et l’enfant s’inscrivent pleinement dans cette tradition artistique des Pays-Bas méridionaux.
État de conservation : la sculpture présente des traces de plusieurs restaurations anciennes, notamment à la main, au cou et à l’arrière de la Vierge, ainsi qu’au niveau du socle. Des collages et de petites zones de comblement sont visibles par endroits. L’œuvre a récemment fait l’objet d’un nettoyage professionnel et les restaurations anciennes ont été examinées.




































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