France, Paris, vers 1805–1810
Attribuées à Claude Galle (1759–1815)
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Entièrement réalisées en bronze très finement ciselé et doré, alternant dorure mate et brunie, et associées à du marbre blanc de Carrare, ces aiguières présentent une composition d’une grande richesse ornementale et d’un parfait équilibre architectural.
Chaque vase se compose d’une panse allongée en marbre, sculptée de feuilles stylisées et d’acanthes, rythmée en son centre par un large bandeau en bronze doré, orné d’un cortège de jeunes femmes dansant et célébrant l’Amour, traité en bas-relief avec une remarquable finesse de ciselure. Ce décor animé, inspiré de l’Antique, s’inscrit pleinement dans l’esthétique néoclassique de l’époque Empire.
La partie supérieure du vase se resserre et reçoit un col émergeant d’un bouquet feuillagé, ponctué d’un bandeau à frise de canaux, enrichi d’un masque masculinse détachant sur des feuillages. À ce mascaron se rattache une anse détachée, magistralement sculptée en figure féminine ailée, personnification de la Renommée, tenant des deux mains la partie arrière du déversoir simulé, formant un élégant bec verseur feuillagé.
L’ensemble repose sur un piédouche évasé, richement décoré de bagues, tores et rangs de godrons, lui-même posé sur une base carrée en marbre, soutenue par un contre-socle quadrangulaire, conférant à l’objet une monumentalité digne des plus grands décors palatiaux.
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Modèle et attribution
Ce modèle d’aiguières, à la composition savamment équilibrée, connut un immense succès auprès des grands amateurs parisiens, puis plus largement européens, dans les premières années du XIXᵉ siècle. Il est unanimement attribué au bronzier Claude Galle, qui en développa plusieurs variantes, principalement en bronze patiné ou doré, et plus rarement — pour les exemplaires les plus luxueux — en associant le bronze à des panses en marbre ou en pierres dures, comme c’est le cas pour les présentes aiguières.
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Œuvres comparables
Plusieurs paires d’aiguières en bronze seul sont aujourd’hui bien documentées :
• Une première paire, anciennement sur le marché de l’art londonien, illustrée dans
H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen. Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Band I, Munich, 1986, p. 364, fig. 5.12.6.
• Une seconde, provenant de la collection Mancel-Coti, publiée dans
C. Bizot, Mobilier Directoire Empire, Éditions Massin, Paris, p. 65.
• Une troisième, conservée dans les collections du Mobilier national à Paris, reproduite dans
M.-F. Dupuy-Baylet, L’Heure, le Feu, la Lumière. Les bronzes du Mobilier national 1800–1870, Éditions Faton, Dijon, 2010, p. 248–249.
Les aiguières associant bronze doré et marbre ou pierres dures sont en revanche d’une extrême rareté. À ce titre, il convient de citer un témoignage exceptionnel issu de l’inventaire après décès de Louis-Alexandre Berthier, prince de Wagram, dressé en 1815 dans son hôtel parisien :
« Deux grands vases en marbre dit jaspe de Sibérie imitant le jaspe fleuri, donnés à S.A. le prince de Wagram par S.M. l’empereur de Russie Alexandre Ier, lesdits vases en forme d’aiguières ayant chacun une anse formée par une figure de femme ailée en cuivre doré et enrichis de bronzes dorés au mat… 1 200 francs. »
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Claude Galle
Claude Galle figure parmi les plus importants bronziers parisiens de la fin du XVIIIᵉ siècle et de l’époque Empire. Après avoir collaboré avec le fondeur Antoine-André Ravrio et avec Jean-Hauré — par l’intermédiaire duquel il participe à la réalisation de bronzes destinés à l’ébénisterie de Guillaume Benneman pour la Couronne — il devient, sous le Consulat et l’Empire, l’un des principaux concurrents de Pierre-Philippe Thomire.
Il fournit de nombreux bronzes d’ameublement au Garde-meuble impérial, contribuant notamment à la décoration des palais de Compiègne, Fontainebleau, ainsi qu’aux résidences impériales du Quirinal à Rome et de Stupinigi à Turin. Il se retire des affaires vers 1813, laissant son fils Gérard-Jean Galle reprendre l’activité de l’atelier.






























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