Le salon de l’hôtel de Gascq

Ce décor de lambris provient, en effet, d’un autre hôtel particulier : l’hôtel de Gascq, rue du Serpolet, construit en 1735, et n’a été remonté qu’en 1924 au premier étage de l’hôtel de Lalande ( musée des arts décoratifs de bordeaux ) . Loin d’être un simple fond de scène pour les collections du musée, ces boiseries témoignent des évolutions du décor à Bordeaux. Elles témoignent des heures lumineuses où un président de Parlement s’offrait le luxe d’un décor riche et à la mode.

Salon de Gascq, Expositon d’art ancien du XVIIe et XVIIIe siècles, 1924.
(c) madd Bordeaux

Bordeaux connaît au XVIIIe siècle une importante période de prospérité qui se traduit tout particulièrement dans le mouvement des arts. Soutenue par une économie florissante, liée au vin et aux activités portuaires, Bordeaux se redessine et se couvre d’hôtels particuliers à la dernière mode. La décoration intérieure et l’art de la boiserie connaissent des développements sans précédent.

Dans ce contexte, la famille de Gascq fait construire en 1735 un hôtel sur un terrain situé entre la rue du Serpolet et celle du Pas-Saint-Georges par un architecte malheureusement inconnu. Cette famille de la noblesse parlementaire est l’une des plus importantes du Bordeaux du XVIIIe siècle.

Le salon de l’hôtel de Gascq

En terme de style, comme le souligne Léon Deshairs : « la sculpture décorative à Bordeaux […] bénéficia de la prospérité de l’architecture. Mais pas plus que celle-ci, et pour les mêmes raisons, elle n’eut d’originalité régionale. ». De fait, le salon de l’hôtel de Gascq n’a rien à envier aux productions parisiennes de la même époque. De style pleinement rocaille, la sculpture se caractérise par ses courbes et ses contre-courbes, ses acanthes, ses coquilles et ses fleurons empanachés; surtout l’asymétrie des éléments décoratifs lui donne beaucoup de mouvement. Mais cette asymétrie du détail est rattrapée par l’organisation symétrique de l’ensemble.

Le style rocaille connaît justement son apogée dans les années 1735-40 et on en trouve de beaux exemples à Bordeaux, comme au palais de la Bourse ou encore à l’hôtel Lecomte de Latresne, même si c’est plutôt le style néoclassique qui fait la renommée du décor bordelais.

Le salon de l’hôtel de Gascq

On pourrait être surpris par l’audace du coloris du salon de l’hôtel de Gascq mais le règne de Louis XV met à la mode les couleurs vives et fraîches qui apportent gaieté et luminosité dans les intérieurs. Ce vert profond, que l’on retrouve dans d’autres arts décoratifs tels que la porcelaine, semble avoir été apprécié à l’époque. On le retrouve, bleuté, dans le célèbre cabinet des Fables de l’hôtel de Rohan (Archives Nationales) et, dans un ton nettement plus doux, dans le grand salon du château d’Abondant (remonté au Musée du Louvre) ou dans celui du château de Champs-sur-Marne.

Watin dans son célèbre ouvrage : L’art du peintre, doreur, vernisseur  nous donne la recette de ce « verd de composition pour les appartements » : 1 livre de blanc de céruse, 1/2  once de bleu de Prusse et 2 onces de stil-de-grain de Troyes (sorte de laque jaune) à doser selon la teinte souhaitée. La couleur est ensuite appliquée à la détrempe vernie – un mélange d’eau et de colle  – dite « chipolin » sur le lambris, lui conférant une bonne tenue dans le temps.  Quant à la dorure, finalement rare, à l’exception des décors princiers et royaux, car très coûteuse, elle montre ici le prestige du commanditaire.

Le salon de l’hôtel de Gascq

Le XIXe siècle montre un fort intérêt pour les boiseries anciennes. Dans un premier temps, à l’occasion des travaux de voirie, des décors anciens, souvent fragmentaires, sont mis sur le marché et remontés chez des amateurs. Mais, progressivement, les seules destructions ne suffisent plus à satisfaire la demande et, le marché se structurant, les rabatteurs et autres antiquaires vont s’approvisionner directement en salon complet auprès des propriétaires, parfois peu scrupuleux ou attirés par l’appât du gain. La spéculation commence à monter et les prix des décors anciens augmentent considérablement.

Bordeaux, comme les autres villes de province, échappe dans un premier temps à ce mouvement. Cependant, la pression du marché, en particulier depuis l’arrivée des clients américains à la fin du XIXe siècle, le tarissement de la source parisienne et la qualité de ses décors font de la ville, vers 1900-1910, un haut-lieu d’approvisionnement. Il n’est donc pas étonnant de retrouver une chambre à alcôve bordelaise à Paris, installée dans l’hôtel de Camondo, et jusqu’aux Etats-Unis, où l’on retrouve un salon rond sculpté par Cabirol au Metropolitain Museum of Art de New-York

Dès 1922, l’étage de l’hôtel de Lalande, précédemment défiguré par l’installation de la police est réaménagé par l’architecte de la ville Jacques d’Welles. Cinq salons sont reconstitués avec des boiseries anciennes provenant d’hôtels particuliers bordelais (Ravezies, Gascq, Dudevant).

En 1925 le salon de l’hôtel de Gascq bénéficie du classement Monuments historiques au titre objet, consacrant ainsi l’importance historique et artistique de ce décor, témoin des riches heures du XVIIIe siècle comme de celles, plus sombres, du XIXe siècle.

Plus d’information :

Source: Le salon de l’hôtel de Gascq – Entre ombre et lumière: Objet du mois #37 du maad – bordeaux

Musée: Musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux

Lieu : 39 rue Bouffard, 33000 Bordeaux

Site officiel:  http://www.madd-bordeaux.fr