Miroir en émail – Limoges, début du XVIIe siècle.

Miroir en émail et cuivre doré représentant Mercure. Limoges, début du XVIIe siècle.

Plaque émaillée : environ 9 cm de hauteur. Dimensions : 12,7 × 8,3 × 1 cm.

Ce miroir ovale finement ouvragé présente une scène en émail polychrome éclatant sur fond noir, encadrée dans un cadre en cuivre doré. La façade est ornée d’une représentation de Mercure, reconnaissable à son casque ailé et à son caducée, debout sous une arche classique flanquée de colonnes stylisées et de vases de fleurs. Au-dessus de l’entablement, un dais est soutenu par deux escargots, tandis que deux aiguières verseuses couronnent les angles supérieurs, d’où jaillissent des jets stylisés. Les éléments architecturaux et ornementaux sont rehaussés d’émail translucide et opaque, rehaussés de dorure et de poinçonnages complexes. Le cadre est moulé avec une bordure guillochée, surmontée d’une boucle rocaille ajourée à motif de coquille Saint-Jacques, et se termine en dessous par un fleuron pendant tourné.

Miroir en émail. Limoges, XVIIe siècle.
(c) Belle Histoire, Proantic

Les côtés du cadre sont gravés d’une délicate frise de feuillages, tandis que le revers est ciselé à plat de trois vases de fleurs stylisées sortant de supports à volutes, encadrés au-dessus de guirlandes drapées, de papillons et d’un masque de chérubin ailé. Le boîtier s’ouvre par le haut sur charnières pour révéler son intérieur, initialement équipé d’un verre miroir, aujourd’hui partiellement oxydé mais conservant des zones de reflets. La forme générale et la monture suggèrent qu’il était destiné à la fois à un usage personnel et à l’exposition, suspendu à une chaîne ou à un ruban.

Miroir en émail. Limoges, XVIIe siècle.
(c) Belle Histoire, Proantic

La composition en émail est directement inspirée d’une estampe d’Étienne Delaune (1518/1519–1583), tirée de sa série Grotesques à fond noir, Dieux et Déesses, réalisée en France vers 1550–1572 avant son départ pour Strasbourg. Les gravures de Delaune ont constitué une source essentielle pour les émailleurs de Limoges de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle, notamment pour la production de plaques de miroir ovales destinées à la toilette personnelle ou à la présentation de cabinets.

Miroir en émail. Limoges, XVIIe siècle.
(c) Belle Histoire, Proantic

De l’estampe à l’objet, la fabrique des modèles

Il n’est pas rare à la Renaissance qu’un orfèvre se tourne vers la gravure : les outils sont les mêmes et la production d’estampes lui procure un complément de revenus appréciable. Environ 450 estampes seront ainsi gravées par Étienne Delaune d’après les plus grands peintres de son temps (Rosso Fiorentino, Jean Cousin, Baptiste Pellerin, Primatice). Ce qui contribue à faire d’Étienne Delaune une figure d’exception, c’est tout autant la perfection technique de son style que son choix de graver en miniature. Ce format est en effet très adapté aux besoins des artisans, maîtres-orfèvres, émailleurs ou peintres verriers, qui sont toujours à la recherche de modèles simples à copier pour décorer leur propre production.

Miroir en émail. Limoges, XVIIe siècle.
(c) Belle Histoire, Proantic

L’adéquation entre cette demande et les motifs gravés par Delaune explique qu’à la fin du XVIe siècle, l’on retrouve ses sujets partout, de la reliure aux vitraux, en passant par le mobilier, l’orfèvrerie, les revers de miroirs émaillés ou les camées. Au XIXe siècle, sa production va même connaitre une seconde vie au travers des multiples faux et pastiches qui nourrissent le goût des collectionneurs pour le style « Renaissance ». Du modèle à l’objet, de l’innovation à l’archétype, l’art de Delaune a donc traversé les siècles et les techniques en modelant, dans son sillage, tout un pan de l’art français.

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