Eugène Modeste LE POITTEVIN
(Paris, 1806 - Paris, 1870)
Diane au repos
Huile sur toile d’origine (E. Picart, 16 rue du Bac)
H. 33 cm ; L. 40,5 cm
Cachet de cire rouge de la vente après-décès sur le châssis
Vers 1845
Provenance: vente de l’atelier de l’artiste (9/12 avril 1872, Drouot, salle 8, commissaire-priseur Escribe, experts Francis Petit et Charles Mannheim), lot 29 du catalogue
Nous sommes en présence d’un sujet très atypique chez Eugène Le Poittevin. Même s’il eut une activité d’illustrateur et de caricaturiste (cf ses recueils lithographiques de Diableries et ses dessins érotiques voire pornographiques), l’essentiel de son oeuvre représente en effet des scènes de retour de pêche et des marines sur le littoral normand et en particulier cauchois. Son style, romantique dans les années 1820 et 1830 (avec des oeuvres proches de celles d’Eugène Isabey ou d’Auguste Biard, avec lequel il est ami et collabore parfois), deviendra progressivement plus réaliste par la suite. Ici, l’artiste effectue une plongée dans le XVIIIe siècle et l’univers rococo d’un Boucher ou d’un Lemoyne, avec une Diane aux formes généreuses, allongée au bord d’un cours d’eau de montagne et s’amusant du spectacle d’un papillon et d’une libellule, qui rappelle davantage Aphrodite que la déesse de la chasse. Seule la présence, près de son ventre, d’un objet en forme de croissant de Lune confirme qu’il s’agit bien d’une représentation de Diane.
La marque du marchand de toiles, actif au 16 rue du Bac entre 1839 et 1849, nous permet de dater l’œuvre dans les années 1840 ou au tout début des années 1850.
L’exécution de la peinture est très raffinée, notamment dans les délicats empâtements de l’étoffe qui entoure le bras de Diane.
Le Poittevin (de son véritable nom Poidevin) passa son enfance à Versailles, où son père occupait le poste de « Sous-conservateur du mobilier de la couronne ». Ses talents artistiques lui permirent d’intégrer l’atelier de Louis Hersent vers 1823, puis celui de Xavier Leprince (suite au décès de ce dernier fin 1826, Le Poittevin s’y installa et y termina même les dernières oeuvres inachevées de son maître); il est alors notamment soutenu par Alexandre du Sommerard, grand collectionneur et futur créateur du musée de Cluny, qui lui achète plusieurs tableaux. Le Poittevin échoua de peu au Prix de Rome du paysage historique en 1829, ce qui ne l’empêcha pas d’exposer dès 1831 au Salon, et ceci sans discontinuer jusqu’à sa mort.
A l’instar de Charles Mozin (un autre élève de Leprince) avec Trouville, il fait partie des premiers artistes à lancer le village d’Etretat comme une station balnéaire mondaine ; c’est son ami Eugène Isabey qui lui avait fait découvrir l’endroit, et il y acquit rapidement une maison, La Chauferette, où il accueillit notamment Gustave Courbet en 1869.
Le Poittevin est nommé peintre officiel de la marine en 1849, à la suite de Louis-Ambroise Garneray, de Louis-Philippe Crépin et Théodore Gudin (ces deux derniers nommés en 1830).
Très apprécié de son temps, il reçoit plusieurs récompenses officielles lors des Salons : médaille de 1ère classe en 1836, de 2ème classe en 1831 et 1848, de 3ème classe en 1855. Son atelier parisien se situait au 5, cité Trévise, dans l’actuel 9e arrondissement.