Paris1780, bassin d’aiguiere Louis XVI en argent massif
Bassin d’aiguière en argent massif aux armes des familles Beuverand de La Loyère et Sallier de Champolle
Paris, 1780–1781 — Époque Louis XVI
Ce bassin d’aiguière en argent massif se distingue par son élégant contour chantourné, sa bordure à rubans croisés et surtout par la qualité exceptionnelle de son décor gravé, développé aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.
De forme ovale, il présente une cuvette profonde aux parois évasées, dont les extrémités dessinent de larges mouvements arrondis. Le pourtour est souligné d’une bordure moulurée à plusieurs filets, régulièrement enlacés de rubans en relief disposés en biais. Ces rubans croisés, finement dessinés, semblent réunir les moulures en un faisceau continu. Leur répétition accompagne les courbes et les ressauts du contour, tandis que le profil soigneusement travaillé de la bordure produit de subtils jeux de lumière.
Les parois portent un riche décor de feuilles d’acanthe, de volutes et d’enroulements, associés à des rameaux feuillagés et à des fleurons. Sur les longs côtés, des rosettes inscrites dans des médaillons circulaires ponctuent les compositions végétales, encadrées de filets gravés.
L’extrême finesse de la gravure constitue l’un des principaux attraits de cette pièce. La précision des contours, la souplesse des tiges et les hachures minutieuses qui modèlent les feuilles témoignent d’une exécution particulièrement soignée. Les tailles légères alternent avec des traits plus appuyés, donnant profondeur et mouvement au décor. Le même raffinement se retrouve sur les faces extérieures et sur les parois intérieures : cette double ornementation, remarquablement développée, confère au bassin un caractère exceptionnel.
Au centre du fond, une réserve unie met en valeur les armoiries d’alliance des familles Beuverand de La Loyère et Sallier de Champolle. L’écu parti réunit le bœuf passant couronné des Beuverand et le chevron accompagné de deux étoiles et d’un vase des Sallier. Il s’inscrit dans un cartouche à enroulements, surmonté d’une couronne et entouré de branches feuillagées réunies par un nœud de ruban.
Le bassin porte les poinçons parisiens suivants :
- Poinçon de charge : un grand A couronné, utilisé pour les gros ouvrages d’argent à Paris durant la période 1780–1782.
- Poinçon de maison commune : la lettre R couronnée, correspondant à la période du 15 juillet 1780 au 1ᵉʳ août 1781. Cette lettre-date permet de retenir la datation précise de 1780–1781.
- Poinçon de décharge : une tête de chérubin, dont le modèle fut insculpé le 26 août 1780 et employé jusqu’en septembre 1782. Ce poinçon est répertorié pour l’or et les menus ouvrages d’argent.
Ces marques situent le bassin dans les années précédant immédiatement la Révolution française. Leur chronologie s’accorde étroitement avec le mariage des deux familles dont il porte les armes.
Cette alliance fut célébrée le 20 mai 1781 à Frotey-lès-Vesoul, entre Jean-Baptiste-Pierre-Marguerite de Beuverand de La Loyère et Anne-Louise-Pierrette-Joséphine Sallier de Champolle. La correspondance entre la datation du bassin et celle du mariage permet d’envisager une commande réalisée à l’occasion de leur union.
Né à Chalon-sur-Saône le 31 mars 1757, Jean-Baptiste-Pierre-Marguerite appartenait à une famille solidement implantée dans les terres bourguignonnes. Écuyer, seigneur de La Loyère et de Fragnes, il tenait son nom de deux terres voisines situées au nord de Chalon-sur-Saône, aujourd’hui réunies dans la commune de Fragnes-La Loyère. Il servit comme capitaine au régiment d’Artois-dragons, corps de cavalerie de l’armée royale devenu le 12ᵉ régiment de dragons en 1791.
Il était le fils de Marie-Jacques-Auguste de Beuverand de La Loyère, également seigneur de La Loyère et de Fragnes, et de Catherine-Marie Champion de Nansouty. Son grand-père paternel, Jacques-Louis-Auguste de Beuverand (1661–1715), avait été reçu conseiller au parlement de Metz en 1693, illustrant l’ancrage de la famille dans la noblesse de robe.
Par sa mère, fille d’Edmé-Étienne-François Champion de Nansouty et de Marie-Charlotte-Françoise Bretagne, Jean-Baptiste était cousin germain du général Étienne-Marie-Antoine Champion de Nansouty (1768–1815). Général de division et comte de l’Empire, celui-ci s’illustra parmi les principaux chefs de cavalerie de Napoléon.
L’épouse appartenait, elle aussi, à un milieu de propriétaires seigneuriaux et d’officiers au service de la monarchie. Son père, Joseph-Pierre Sallier de Champolle, écuyer, seigneur de Frotey et de Pusey, avait été capitaine au régiment de Poitou, puis commissaire auprès de la deuxième compagnie des gardes du corps du roi. Sa mère, Louise-Antoinette-Gabrielle Poulletier de Périgny, était la fille de Louis-Claude Poulletier de Périgny et d’Anne de La Combe.
Le choix de Frotey-lès-Vesoul pour la célébration du mariage s’explique vraisemblablement par cette implantation familiale. Les documents successoraux de Louise-Antoinette-Gabrielle, morte en 1772, mentionnent un inventaire dressé au château de Frotey en 1773. Cette demeure, toujours conservée, devint au XIXᵉ siècle la résidence du romancier Xavier de Montépin (1823–1902), notamment connu pour La Porteuse de pain.
Le couple fut ensuite établi à Chalon-sur-Saône, où les deux époux terminèrent leur existence. Jean-Baptiste traversa les troubles révolutionnaires : son emprisonnement aux Cordeliers de Chalon pendant la période 1793–1794 est signalé avec référence à l’étude de Paul Montarlot consacrée aux Émigrés de Saône-et-Loire, publiée dans les Mémoires de la Société éduenne en 1914. Anne-Louise-Pierrette-Joséphine mourut à Chalon-sur-Saône le 6 avril 1829 ; son mari lui survécut jusqu’au 13 juillet 1836.
Leur descendance poursuivit la tradition militaire familiale. Parmi leurs cinq enfants, leur fils aîné, Pierre-Joseph-Armand de Beuverand de La Loyère, généralement appelé Armand (1782–1857), devint au XIXᵉ siècle maréchal de camp, grade correspondant à celui de général de brigade.
Le bassin est encore conservé dans un écrin ancien ajusté à sa forme, probablement du XIXᵉ siècle. Réalisé en bois recouvert de papier ciré noir, cet écrin possède un intérieur garni de peau de chamois, avec des bordures bleues qui soulignent le contour du bassin.
Argent massif — Paris, 1780–1781.
Poids net : 889,5 grammes.
Écrin ancien en bois, papier ciré noir et peau de chamois, probablement du XIXᵉ siècle.
Epoque : 18ème siècle
Style : Louis XVI - Directoire
Etat : A restaurer
Matière : Argent massif
Longueur : 33 cm
Diamètre : 22 cm
Hauteur : 8 cm
Référence (ID) : 1848422
Disponibilité : En stock






































