Émile Just Bachelet — deux Art Deco Canards en palissandre - S.A.S. Paris
Superbes canards, probablement des canards coureurs indiens, sculptés en taille directe dans du palissandre. Ces modèles sont l’œuvre du sculpteur français Émile Just Bachelet (Nancy, 1892–1981). Bachelet a créé plusieurs versions de ces canards dans différentes attitudes, toutes sculptées en taille directe dans du palissandre.
Bachelet a réalisé de nombreuses sculptures animalières, très stylisées, tout en conservant avec force le caractère propre de l’animal. Leurs surfaces sont presque polies et la sculpture témoigne d’une maîtrise exceptionnelle. Ce sont des œuvres que l’on a presque irrésistiblement envie de toucher. Outre ses sculptures en bois pour S.A.S. Paris, il a créé de nombreuses figures animalières en bronze. Il a travaillé des matériaux très variés, notamment le bois, le bronze, l’ivoire et le marbre, et a également conçu plusieurs pièces en porcelaine pour Sèvres. Artiste d’une remarquable polyvalence, il ne s’est jamais véritablement limité à un seul matériau ou à une seule spécialité.
Datation et S.A.S. Paris
Le modèle peut être daté vers 1929. Deux variantes des canards en palissandre de Bachelet, Canard tête baissée et Canard tête levée, étaient déjà reproduites dans Mobilier et Décoration, n° 2, février 1929, p. 77, dans un article consacré aux sculptures en palissandre présentées par DIM (Décoration Intérieure Moderne).
Les présents exemplaires portent respectivement les numéros 8 et 9E. Sous leur base figure la marque rectangulaire « EDITION SAS PARIS », frappée en creux, ainsi que la mention « MADE IN FRANCE », apposée séparément.
Édition S.A.S. Paris est étroitement associée à un groupe de sculpteurs français qui exposaient au Salon des Artistes Français et qui, à la fin des années 1920 et au début des années 1930, faisaient réaliser leurs créations sculpturales en petites éditions, notamment dans des bois exotiques tels que le palissandre et l’acajou.
Parmi les artistes associés à ces éditions figuraient Émile Just Bachelet, Jan et Joël Martel, Édouard Marcel Sandoz, Gilbert Privat, Canto da Maya, Jacques Adnet et Louis-Henri Nicot.
La nature exacte de S.A.S. n’est pas entièrement éclaircie. S.A.S. a été décrite comme un collectif ou une initiative permettant aux artistes de faire réaliser et éditer leurs propres œuvres, tandis que d’autres sources la présentent comme un atelier spécialisé participant à la réalisation de ces sculptures. Il est toutefois certain que la marque S.A.S. apparaît sur un remarquable ensemble de sculptures Art déco de grande qualité, souvent accompagnée de la signature de l’artiste, d’un numéro individuel ou d’une combinaison de lettres et de chiffres, ainsi que de la mention « Made in France ».
Ces sculptures étaient présentées au Salon à la fin des années 1920 et au début des années 1930. Certaines étaient réalisées pour des clients du secteur de la décoration intérieure, tels que DIM.
Les canards en palissandre de Bachelet en constituent un particulièrement bel exemple. Les variantes documentées Canard tête baissée et Canard tête levée montrent que ces modèles faisaient déjà partie de la production S.A.S. en 1929. Un exemplaire documenté de Canard tête baissée porte le numéro 9, tandis qu’un exemplaire de Canard tête levée porte le numéro 10.
Le fait que les présents exemplaires portent les numéros 8 et 9E renforce l’intérêt de cette paire et les inscrit dans la production documentée des sculptures animalières en palissandre de Bachelet éditées par S.A.S.
Aujourd’hui, ces sculptures en bois, généralement réalisées en palissandre ou dans d’autres essences exotiques, sont très recherchées par les collectionneurs. La qualité de la sculpture est exceptionnellement élevée et les éditions étaient très limitées, ce qui rend ces œuvres particulièrement rares. Des exemplaires figurent dans des collections muséales et d’importantes collections privées.
L’art et sa commercialisation dans les années 1920 et 1930
Dans les années 1920 et 1930, la logique commerciale a pris une place nouvelle et importante dans le monde de l’art. L’art devait devenir de plus en plus accessible à la classe moyenne et, idéalement, à un public beaucoup plus large. Les statuettes étaient donc produites en séries plus importantes, souvent dans des matériaux moins coûteux que le bronze, comme le régule, un alliage métallique. Les sculpteurs se sont ainsi retrouvés dans un environnement de plus en plus commercial.
Cette évolution avait ses avantages. De nombreux sculpteurs ont bénéficié de possibilités qu’ils n’auraient peut-être pas eues autrement. Les débouchés se sont multipliés et l’innovation s’est trouvée de plus en plus liée à la mode, à la décoration intérieure et aux tendances contemporaines.
Elle présentait toutefois aussi des inconvénients. Les artistes étaient parfois mal rémunérés, soumis à des pressions ou engagés par contrat à produire des œuvres auxquelles ils n’adhéraient pas nécessairement, tandis que l’éditeur ou le fabricant en tirait un bénéfice commercial.
En prenant eux-mêmes les choses en main, les artistes pouvaient conserver davantage de contrôle sur leur travail, maintenir la qualité des pièces achevées et gagner leur vie sans intermédiaires. Il pouvait également s’agir d’une forme de protestation contre un marché de l’art de plus en plus commercial. Cela reste toutefois mon interprétation personnelle.
Biographie
Émile Just Bachelet (Nancy, 1892–1981) était un sculpteur français connu pour la remarquable diversité de son œuvre, caractérisée par l’élégance, le raffinement et une grande attention aux détails. Né à Nancy en 1892, Bachelet s’est intéressé très tôt aux sculptures anciennes découvertes dans sa région.
Bachelet a d’abord étudié à l’École des beaux-arts auprès de Victor Prouvé, figure majeure de l’Art nouveau, avant de poursuivre sa formation à Paris auprès d’Henri Coutan.
Tout au long de sa carrière, Bachelet a fait preuve d’une remarquable polyvalence, travaillant des matériaux très variés, notamment le bois, le bronze, l’ivoire, le marbre et la porcelaine. Ses sculptures en ivoire sont particulièrement belles. Son œuvre aborde de nombreux sujets, allant des animaux — notamment les animaux de ferme — et des figures humaines aux motifs décoratifs et aux éléments architecturaux.
Sa stylisation est très personnelle : ses figures demeurent remarquablement naturelles tout en étant clairement stylisées. Un critique des années 1920 décrivait cette caractéristique comme une tendance de Bachelet à s’éloigner d’un réalisme strict.
L’une de ses contributions importantes aux arts décoratifs fut sa participation aux éditions S.A.S. Paris, par l’intermédiaire desquelles plusieurs de ses créations sculpturales furent réalisées en petites éditions. Ses sculptures furent présentées dans des manifestations prestigieuses, telles que le Salon des Artistes Français, où elles attirèrent une attention considérable.
La maîtrise de la forme et de la technique de Bachelet, associée à son sens inné de l’esthétique, a fait de lui un sculpteur particulièrement accompli de sa génération. Ses œuvres se distinguent par leur qualité d’exécution, leur attention minutieuse aux détails et leur équilibre harmonieux entre tradition et modernité.
Au cours de sa longue et productive carrière, Bachelet reçut de nombreuses commandes de monuments publics, de décors architecturaux et de sculptures décoratives. Ses œuvres furent commandées pour des résidences privées, des espaces publics et des institutions culturelles.
Bachelet travailla sur une extraordinaire variété de projets. Il conçut des façades et des monuments, ainsi que des œuvres décoratives de plus petit format et des figures animalières. Il possédait une belle maison et un atelier à Nancy, où il vécut jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale. Il s’installa ensuite à Aix-en-Provence, où il continua à vivre et à travailler jusqu’à sa mort en 1981.
Les sculptures d’Émile Just Bachelet sont encore présentes aujourd’hui dans l’espace public, ainsi que dans des collections muséales, notamment celles du Musée des Beaux-Arts de Nancy et du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.
Measurements:
8 =27 cm hauteur, base 10,1 x 10,5
9E = 32 cm hauteur, base 10,1 x 9,6 cm
Bibliographie
• Thierry Roche, Dictionnaire biographique des sculpteurs des années 1920–30, Éditions Beau-Fixe, 2007, p. 38.
• Alistair Duncan, Art Deco Sculpture, Thames & Hudson, Londres, 2016, p. 371.
• Alastair Duncan, Art Deco Complete – The Definitive Guide to the Decorative Arts of the 1920s & 30s, Thames & Hudson, Londres, 2009, pp. 322, 325 et 492.
Epoque : 20ème siècle
Style : Art Déco
Etat : Très bon état
Longueur : 10,1
Largeur : 9,6
Hauteur : 32
Référence (ID) : 1833122
Disponibilité : En stock




































