Projet décoratif de la maison Leclaire pour l’exposition universelle de 1889
Projet décoratif de l’ancienne Maison Leclaire – Redouly et Cie – Exposition universelle de Paris, 1889
Très bon état
Belle et intéressante peinture de projet décoratif, réalisée pour l’ancienne Maison Leclaire, devenue Redouly et Cie, probablement à l’occasion de sa participation à l’Exposition universelle de Paris de 1889.
La composition représente un vaste décor architectural néoclassique conçu comme un véritable monument à la gloire de la Maison Leclaire et de son fondateur, Edme-Jean Leclaire (1801-1872). Au sommet d’un portique à colonnes se détache l’inscription :
« ASSOCIATION DES OUVRIERS AUX BÉNÉFICES DU PATRON »
et, immédiatement au-dessous :
« ANCIENNE MAISON LECLAIRE – REDOULY ET Cie ».
Le décor, dominé par un rouge pompéien profond, est conçu comme une architecture éphémère d’exposition : colonnes, draperies, frises à la grecque, guirlandes, palmes et trophées encadrent la partie centrale. Les panneaux latéraux présentent des attributs liés aux métiers de la peinture et de la décoration.
Au centre figure le buste de Jean Leclaire, élevé sur un important piédestal commémoratif. Devant, une figure d’enfant ou de génie tient une couronne de laurier, renforçant le caractère allégorique et célébratif du tableau. Deux médaillons peints à l'or rappellent les distinctions obtenues par la maison : « Médaille d’or 1849 » et « Prix Montyon 1850 ». L’ensemble du fond est semé du monogramme JL, pour Jean Leclaire.
Dans la partie inférieure gauche figure une indication particulièrement importante : « Projet non exécuté ». Il ne s’agit donc pas de la représentation d’un décor effectivement réalisé, mais bien d’un projet de présentation monumentale, probablement destiné à un stand ou à une installation d’exposition.
Edme-Jean Leclaire est l’une des personnalités les plus intéressantes de l’histoire sociale et industrielle française du XIXe siècle. Né en 1801 dans l’Yonne, arrivé très jeune à Paris, il commence comme apprenti peintre en bâtiment avant de créer sa propre entreprise en 1826. Les documents présentés à la fin du XIXe siècle par ses successeurs rappellent précisément cette fondation. Il développe très tôt une politique sociale particulièrement novatrice et fonde une société de secours mutuels en 1838, puis instaure à partir de 1842 un système de participation de ses ouvriers aux bénéfices de l’entreprise. Le dispositif évolue ensuite jusqu’à faire entrer la société de secours mutuels des ouvriers dans le capital même de l’entreprise. Le rapport consacré à l’Exposition universelle de 1889 présente d’ailleurs la Maison Leclaire comme devenue « classique » en matière de participation aux bénéfices.
Leclaire s’illustra également dans la lutte contre les dangers professionnels liés à la peinture. Il encouragea l’emploi du blanc de zinc en remplacement de la céruse à base de plomb, responsable du saturnisme chez les peintres. À la fin des années 1840, il participa avec la société Vieille-Montagne à la mise au point d’un blanc de zinc très pur.
Après Leclaire, l’entreprise conserve son organisation particulière et son identité sociale. Une documentation contemporaine de l’Exposition de 1889 permet de suivre précisément ses changements de raison sociale : Leclaire de 1826 à 1854 ; Leclaire & Cie de 1854 à 1869 ; Leclaire, A. Defournaux & Cie de 1869 à 1872 ; A. Defournaux & Cie de 1872 à 1875 ; puis Redouly & Cie à partir de 1875.
En 1889, les documents du Congrès international de la participation aux bénéfices parlent également de la maison Redouly et Marquot, installée 11, rue Saint-Georges à Paris. L’entreprise employait alors plusieurs centaines d’ouvriers et perpétuait le système de participation instauré par Leclaire.
Cette continuité explique parfaitement l’iconographie de notre peinture : les successeurs ne mettent pas leur propre personnalité au premier plan, mais célèbrent Leclaire, son œuvre sociale et les récompenses historiques de la maison.
L’hypothèse d'un projet pour l'Exposition de 1889 est particulièrement convaincante. La Bibliothèque nationale de France répertorie une brochure éditée par l’imprimerie Chaix en 1889 pour Redouly et Cie, entreprise de « peinture, dorure, tenture, décoration et vitrerie », expressément destinée à l’Exposition universelle de 1889 – Économie sociale – Esplanade des Invalides – Ancienne maison Leclaire.
La Maison Leclaire occupait précisément une place importante dans la section consacrée à la participation aux bénéfices. Les actes du congrès de 1889 citent longuement son fonctionnement et indiquent que Redouly poursuivait alors directement l’œuvre sociale initiée par Leclaire.
La monumentalité du décor représenté, son caractère démonstratif, l’inscription « Association des ouvriers aux bénéfices du patron », l’évocation des récompenses historiques et surtout la mention « Ancienne Maison Leclaire – Redouly et Cie » correspondent au contexte de l’Exposition d’économie sociale de 1889.
Il paraît ainsi raisonnable de présenter cette œuvre comme un projet décoratif probablement conçu pour la participation de la Maison Redouly et Cie, ancienne Maison Leclaire, à l’Exposition universelle de Paris de 1889, tout en précisant que le projet représenté porte lui-même la mention « Projet non exécuté ».
Epoque : 19ème siècle
Style : Napoleon III
Etat : Très bon état
Matière : Huile sur toile
Longueur : 83
Largeur : 72
Référence (ID) : 1827288
Disponibilité : En stock





































