Marseille 1779, navette à encens ,Matthieu Brémond, argent massif, Louis XV
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Marseille 1779, navette à encens ,Matthieu Brémond, argent massif, Louis XV

Artiste : Matthieu Bremond

Cette élégante navette à encens en argent massif fut réalisée à Marseille en 1779par Mathieu Brémond, l’un des orfèvres marseillais importants de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

De forme allongée et mouvementée, le corps repose sur un pied mouluré. Le couvercle articulé est orné de deux grands cartouches rocaille et sommé d’un fretel en forme de coquille. Malgré sa date relativement tardive, l’objet demeure ainsi pleinement fidèle au vocabulaire rocaille qui caractérise une partie importante de la production marseillaise du XVIIIe siècle : courbes souples, cartouches asymétriques et coquilles.

La navette était destinée à contenir les grains d’encens utilisés au cours de la liturgie. Elle accompagnait l’encensoir ou thurible ; l’encens en était prélevé à l’aide d’une petite cuillère avant d’être déposé sur les charbons ardents. Sa forme évoquant une petite embarcation explique le terme de « navette » traditionnellement donné à ce type d’objet liturgique.

La pièce est conservée dans un remarquable état de conservation.

Marseille, 1779
Maître-orfèvre : Mathieu Brémond
Argent massif
Poids : 344 g
Longueur : 17,5 cm – largeur : 10 cm – hauteur : 9 cm

Les poinçons

Le fond et le couvercle portent le poinçon marseillais  ainsi que le poinçon de maître de Mathieu Brémond : MB couronné, deux grains entre les lettres.

Un détail caractéristique mérite d’être signalé. Sur plusieurs œuvres connues de Brémond, le M de son poinçon apparaît imparfait ou partiellement écrasé, alors que le B demeure généralement beaucoup plus lisible. Cette particularité se retrouve déjà sur les photos de poinçons publiées dans le catalogue de référence L’Orfèvrerie en Provence au XVIIIe siècle et semble donc correspondre à un défaut ou à une usure caractéristique du fer employé par l’orfèvre plutôt qu’à une simple mauvaise frappe occasionnelle.

Mathieu Brémond est baptisé à Marseille le 19 juillet 1717. Il appartient à une famille d’orfèvres et apprend naturellement le métier dans l’atelier de son père, Antoine Brémond, auprès duquel son apprentissage est documenté du 21 juillet 1730 au 22 juillet 1738.

Il demeure ensuite compagnon-orfèvre pendant quatorze années, durée relativement longue, avant de présenter son chef-d’œuvre le 19 avril 1752 : une bague en or munie d’un chaton à biseau creux serti d’un jaspe gravé d’une tête. Deux jours plus tard, il remplace Jacques-Joseph Giraud, démissionnaire, et fait insculper son gros poinçon à Marseille le 22 avril 1752. Un petit poinçon destiné aux menus ouvrages d’or est également insculpé à Aix le 26 janvier 1757.

La tradition familiale se poursuit avec son fils Pierre Ier Brémond, qui fait lui aussi son apprentissage auprès de son père, du 8 janvier 1753 au 10 janvier 1761. Pierre présente son chef-d’œuvre en 1765 et est reçu maître cette même année. Père et fils peuvent dès lors exercer simultanément, ce qui explique la présence d’œuvres de Mathieu bien postérieures à 1765.

La carrière de Mathieu Brémond semble avoir été particulièrement prospère. Sa réussite dépasse manifestement le seul cadre de son atelier : le 16 avril 1776,  trois ans avant La,fabrication de la présente navette, il acquiert aux enchères, pour la somme considérable de 55 000 livres, l’ensemble du domaine de l’ancien couvent de la Grande-Trinité à Marseille, avec l’intention de le lotir. Une opération d’une telle ampleur témoigne de l’aisance financière considérable atteinte par l’orfèvre à la maturité de sa carrière.

Une production importante et de grande qualité

Un ensemble relativement important d’œuvres de Mathieu Brémond est aujourd’hui identifié. Elles montrent qu’il travailla aussi bien pour le culte que pour une clientèle civile aisée et qu’il fut capable de réaliser des pièces particulièrement ambitieuses.

Parmi les premières œuvres conservées figure un calice en argent repoussé, ciselé, gravé et partiellement doré, daté de 1753 par ses poinçons. Haut de 28,5 cm, il est officiellement attribué à Mathieu Brémond dans la base POP – Palissy du ministère français de la Culture et constitue un important témoignage de son activité dans le domaine de l’orfèvrerie religieuse. (Pop Culture⁠)

Le catalogue de l’exposition L’Orfèvrerie en Provence au XVIIIe siècle, présentée au Musée Grobet-Labadié à Marseille en 2005-2006, reproduit plusieurs de ses réalisations majeures. On y trouve notamment un remarquable pot à crème de 1758, haut de 11 cm, dont la panse à côtes torses est ciselée de rubans et de festons. Il porte les poinçons de Mathieu Brémond, de la maison commune de Marseille pour 1758 et le poinçon de charge du sous-fermier pour Marseille.

Le même catalogue présente un important pot à sucre de 1758, de forme piriforme, richement ciselé de cartouches rocailles, fleurs, palmes et volutes. Son couvercle est surmonté d’une prise en forme de fraise. Cette pièce illustre particulièrement bien la qualité du travail de Brémond et son goût pour un décor rocaille abondant.

Un autre sucrier de 1759, de forme balustre sur piédouche, à côtes torses et décor de vaguelettes, est documenté par Christie’s. La maison de vente relève précisément que le travail de la côte torse constitue l’une des caractéristiques récurrentes de la production de Brémond et rapproche ce sucrier du pot à crème de 1758 et du sucrier reproduits dans le catalogue du Musée Grobet-Labadié. (christies.com⁠)

Une paire monumentale de flambeaux et leurs bobèches, également reproduite dans le catalogue de l’exposition, atteint 26,5 cm de hauteur pour un poids de 1 144 g. Leur décor particulièrement élaboré associe coquilles, cartouches rocaille, canaux et guirlandes de laurier. Le poinçon du maître y est répété trois fois, pratique liée à son statut de maître abonné.

Parmi ses œuvres les plus impressionnantes figure surtout une grande aiguière et son bassin de 1771, reproduite dans le catalogue de l’exposition. Le bassin, long de 38 cm, pèse 1 197 g, tandis que l’aiguière, haute de 28 cm, pèse 1 262 g. L’ensemble approche ainsi deux kilos et demi d’argent. L’aiguière de forme balustre est richement ciselée de roseaux, rocailles et cartouches, tandis que le bassin présente un large décor rocaille. Cette pièce montre l’ampleur des commandes auxquelles l’atelier de Brémond pouvait répondre.

Cette production, à la fois religieuse et civile, permet de situer la présente navette à encens de 1779 dans une œuvre désormais assez bien documentée. Elle appartient à la période de pleine maturité de Mathieu Brémond et constitue un exemple particulièrement séduisant de la permanence du goût rocaille dans l’orfèvrerie marseillaise de la fin du règne de Louis XV et des premières années du règne de Louis XVI.

Référence principale

Danielle Maternati-Baldouy et Gilles Mihière, L’Orfèvrerie en Provence au XVIIIe siècle, catalogue de l’exposition, Musée Grobet-Labadié, Marseille, 26 novembre 2005 – 26 février 2006, Éditions A. Barthélemy, Avignon, 2005.

Pour le calice de 1753 : Ministère français de la Culture, Base POP – Palissy, notice PM54001396. (Pop Culture⁠)

Pour le sucrier de 1759 : Christie’s, “Sucrier et son couvercle en argent, par Mathieu Brémond, Marseille, 1759”. (christies.com⁠)



2 850 €

Epoque : 18ème siècle

Style : Louis XV - Transition

Etat : Parfait état

Matière : Argent massif

Longueur : 17,5 cm

Largeur : 10 cm

Hauteur : 10 cm

Référence (ID) : 1813116

Disponibilité : En stock

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Ian Panné
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