William Lock the Younger (1767-1847) – Soldat antique tirant son épée
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William Lock the Younger (1767-1847) – Soldat antique tirant son épée

Artiste : William Lock The Younger (1767-1847)

WILLIAM LOCK THE YOUNGER
(Londres, 1767-1847)

UN SOLDAT DE L’ANTIQUITÉ TIRANT SON ÉPÉE

Vers 1780-1784

Plume et encre brune sur papier

25,4 × 19,4 cm

PROVENANCE
Famille du révérend William Gilpin (1724-1804), premier maître de dessin de William Lock et proche ami de la famille de l’artiste, puis par descendance ;
Bonhams, Londres, 10 avril 2013, lot 235, inclus dans un album démembré contenant quarante-quatre dessins de William Lock the Younger ;
Collection particulière, Royaume-Uni.

Cette saisissante étude d’un guerrier de l’Antiquité appartient à un remarquable ensemble de dessins de jeunesse de William Lock the Younger, autrefois conservé dans la famille du révérend William Gilpin, premier maître de dessin de l’artiste et l’une des figures déterminantes de sa formation. Exécutée avec une extraordinaire économie de moyens, cette feuille témoigne de la précocité du talent de dessinateur pour lequel Lock fut admiré par ses contemporains. Elle réunit les sujets antiques, l’intensité expressive du geste et la remarquable concision graphique qui caractérisent ses meilleurs dessins de jeunesse.

Un guerrier casqué est représenté à mi-corps, tourné vers la gauche et vu selon un profil particulièrement affirmé. Sa tête est légèrement inclinée, tandis que ses bras convergent vers la garde de l’épée placée à sa taille. La pose donne l’impression d’un mouvement saisi juste avant son accomplissement : le soldat semble tirer son arme, son bras replié formant une puissante diagonale dans la partie inférieure de la composition. Lock renonce à tout décor et à tout accessoire narratif pour concentrer son attention sur la silhouette, le costume et le geste de cette figure solitaire.

L’apparence du guerrier relève délibérément d’un imaginaire antique plutôt que d’une reconstitution archéologique précise. Son casque arrondi, sa longue paragnathide et son vêtement aux plis souples évoquent le vocabulaire visuel de l’habillement militaire antique, familier aux artistes du XVIIIe siècle grâce à la sculpture, aux pierres gravées, aux estampes et aux compositions des maîtres anciens. Lock transforme toutefois ces éléments en une invention profondément personnelle. Le cou allongé, le profil fortement dessiné et les larges plis du vêtement confèrent à la figure une présence presque monumentale, malgré les dimensions modestes de la feuille.

Le contraste entre la délicatesse du premier travail à la plume et les passages où l’encre brune devient sensiblement plus sombre et plus chargée est particulièrement remarquable. Des lignes fines et exploratoires établissent l’épaule, l’encolure et les plis retombants de la draperie, tandis que des accents plus concentrés définissent l’œil, le nez, les lèvres, le casque et la main saisissant l’épée. Le visage est construit avec une remarquable économie. Une masse dense d’encre forme l’œil plongé dans l’ombre et l’arcade sourcilière ; le nez surgit d’un unique contour anguleux ; quelques traits brefs suffisent à articuler la bouche et le menton. Lock renforce également le bras replié par plusieurs lignes parallèles d’encre brune saturée, créant une concentration expressive d’énergie autour du geste du soldat.

Cette alternance entre la délicatesse du contour et la puissance de l’accent calligraphique constitue l’un des aspects les plus séduisants de la première manière de Lock. Plutôt que de décrire chaque partie du corps, l’artiste laisse d’importantes zones de papier vierge participer à la construction de la figure. L’œil du spectateur achève les formes que la plume se contente de suggérer. La large surface du torse, par exemple, est évoquée au moyen de quelques plis descendants, tandis que les mains et l’épée sont réduites à une rapide succession de lignes entrecroisées. Il en résulte une impression d’exceptionnelle immédiateté : le dessin conserve toute la fraîcheur de la première conception de l’artiste.

William Lock the Younger naquit à Londres en 1767. Il était le fils aîné de William Lock of Norbury, l’un des collectionneurs et connaisseurs les plus éminents de la Grande-Bretagne de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Son père réunit à Norbury Park, dans le Surrey, une importante collection de peintures, de sculptures et d’antiquités, tout en fréquentant un cercle artistique et intellectuel particulièrement raffiné. Son activité de mécène et ses nombreuses amitiés permirent à son fils d’entrer très tôt en contact avec certaines des personnalités les plus stimulantes de l’art britannique.

Parmi celles-ci figurait le révérend William Gilpin, aujourd’hui considéré comme l’un des principaux théoriciens du Pittoresque. Lock reçut son enseignement alors qu’il était encore enfant. Ce lien revêt une importance particulière pour le présent dessin, puisque celui-ci appartenait à l’ensemble de feuilles de l’artiste conservé par les descendants de Gilpin jusqu’au XXIe siècle. La préservation de ces œuvres au sein d’un même ensemble constitue un témoignage exceptionnellement vivant des débuts de Lock et de l’étroite relation qui unissait l’élève à son maître.

Le talent de Lock se manifesta avec une remarquable précocité. Une œuvre étroitement comparable, Figure antique avec son bouclier et autres études, porte la signature et la date « W. Lock april 1780 », alors que l’artiste n’était âgé que d’environ treize ans. D’autres dessins de la même période témoignent de sa fascination pour l’histoire antique, la littérature dramatique et les figures saisies dans des moments de vive émotion. Gilpin encourageait précisément ces qualités. Lorsqu’il évoquait la composition historique avec la famille Lock au début des années 1780, il insistait sur l’importance de la force du caractère et de l’expression dans la recherche du sublime. Le présent soldat, dont l’identité est exprimée par la pose et le geste plutôt que par une abondance de détails narratifs, constitue une démonstration particulièrement séduisante de ce principe.

Le jeune Lock subit ensuite la puissante influence d’Henry Fuseli, dit Johann Heinrich Füssli. Leur relation fut à la fois personnelle et artistique : Fuseli encouragea les ambitions de Lock et manifesta une admiration exceptionnelle pour ses dessins. Le British Museum rapporte le témoignage de Joseph Farington, selon lequel Fuseli considérait encore, en 1795, les dessins de Lock comme sans équivalent parmi ceux des artistes contemporains par leur « invention, leur goût et leur esprit ». Les figures allongées de Lock, ses gestes dramatiques et son imagination nourrie de sujets antiques et littéraires s’épanouirent naturellement dans ce milieu. Ses dessins possèdent néanmoins une légèreté et une spontanéité qui lui sont propres. Là où Fuseli construit fréquemment le corps au moyen d’une tension musculaire exacerbée, Lock parvient à suggérer une figure à travers une succession extraordinairement concise de lignes.

La présente feuille est particulièrement éclairante lorsqu’elle est comparée aux premiers dessins datés de l’artiste. La Figure antique avec son bouclier d’avril 1780 emploie la même combinaison de contours légèrement tracés et de passages plus appuyés, exécutés dans une encre sensiblement plus sombre. La construction du costume antique, le traitement abrégé de l’anatomie et la concentration de l’énergie graphique autour du geste principal de la figure relèvent d’un même vocabulaire. Ces affinités permettent de situer l’exécution du dessin dans les premières années de la décennie 1780.

Les Études de fées avec une paire de mains, datées de 1784 et aujourd’hui conservées au Metropolitan Museum of Art de New York, constituent un autre important point de comparaison chronologique. Lock y emploie une combinaison plus riche de graphite, de sanguine, d’encre brune, de lavis gris et de gouache blanche. La liberté imaginative des figures et l’élégance de leurs formes élancées prolongent néanmoins clairement les recherches déjà visibles dans la présente feuille. Le dessin du Metropolitan Museum montre également la rapidité avec laquelle le langage graphique de Lock se développa durant son adolescence.

La suite de sa carrière confirme le caractère exceptionnel de ces premières réalisations. Lock fréquenta le cercle de la Royal Academy et, en mars 1785, reçut du conseil de l’institution l’autorisation de dessiner d’après le modèle féminin. Il fut également très proche de Thomas Lawrence, autre artiste prodigieusement doué dès son plus jeune âge. La famille Lock connaissait Lawrence depuis les années 1780, et celui-ci peignit les portraits du père et du fils vers 1789-1790. Fuseli, Lawrence et Lock participèrent ainsi à un moment particulièrement fécond du dessin britannique, durant lequel l’étude académique, l’imagination littéraire et une attention nouvelle portée à l’expressivité de la ligne convergèrent.

Lock voyagea ensuite en Italie. Il s’installa à Rome en 1789 et demeura dans la péninsule jusqu’au début des années 1790. Sa confrontation avec la sculpture antique et les grandes traditions de l’art italien renforça des intérêts déjà manifestes dans des dessins tels que le présent Soldat de l’Antiquité. La fraîcheur de ces premières feuilles demeure toutefois très singulière. L’Antiquité n’y est pas envisagée comme l’objet d’une reconstitution archéologique, mais comme un répertoire de formes susceptible de traduire le caractère, le mouvement et l’émotion héroïque.

La provenance du présent dessin apporte un éclairage particulièrement précieux sur sa fonction. La feuille appartenait à l’album de quarante-quatre dessins de Lock conservé par les descendants de William Gilpin, puis dispersé chez Bonhams à Londres, le 10 avril 2013. L’album réunissait des copies d’après les maîtres anciens ainsi que des sujets historiques, littéraires, paysagers et figuratifs. Plusieurs feuilles portaient des dates des années 1780. Son contenu constituait donc un témoignage exceptionnellement concentré de la formation artistique du jeune Lock.

La conservation du dessin au sein de cet album permet également de comprendre son caractère libre et brillant. Il ne fut pas conçu comme une œuvre d’exposition hautement achevée, mais appartient au monde intime de l’invention artistique : l’expérimentation rapide d’une pose, l’exploration d’un personnage historique et la transformation immédiate d’une idée en lignes. Son apparente incomplétude participe pleinement à son pouvoir de séduction. Lock décrit exactement ce qui est nécessaire pour donner vie au guerrier sur la feuille, puis interrompt son geste.

Une datation vers 1780-1784 place Un soldat de l’Antiquité tirant son épée au cœur de cette période de jeunesse particulièrement féconde. Le dessin peut être rapproché des études antiques datées de 1780 et des compositions de plus en plus imaginatives qui culminèrent avec des œuvres telles que la feuille de 1784 conservée au Metropolitan Museum. Le sujet antique, la vigueur du profil, l’expressivité des mains et l’alternance entre une encre délicate et des accents beaucoup plus chargés sont caractéristiques du vocabulaire graphique du jeune artiste.

La feuille offre également un exemple particulièrement séduisant des qualités qui firent admirer l’œuvre de Lock au sein du cercle de Fuseli. La figure paraît à la fois monumentale et fugitive : monumentale dans sa conception, mais saisie avec la vitesse et la liberté d’une esquisse. Quelques traits suffisent à faire apparaître le casque, le visage, le vêtement, le bras et l’arme, tandis que les accents plus sombres établissent les centres psychologiques et compositionnels de l’image. Le dessin possède ainsi l’immédiateté d’un artiste pensant directement à travers sa plume.

Un soldat de l’Antiquité tirant son épée peut donc être situé avec assurance parmi les dessins de jeunesse exécutés par William Lock the Younger durant la première moitié des années 1780. Sa transmission au sein de la famille de William Gilpin et sa conservation dans l’album dispersé chez Bonhams lui confèrent un lien particulièrement évocateur avec les premières années de formation de l’artiste. Associant l’imaginaire antique à un maniement vigoureux et remarquablement économe de la plume, cette feuille saisit le jeune Lock au moment précis où l’originalité de son talent de dessinateur commençait à s’affirmer.

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE ET ŒUVRES DE COMPARAISON EN LIGNE

Vittoria Colonna Caetani, duchesse de Sermoneta, The Locks of Norbury: The Story of a Remarkable Family in the XVIIIth and XIXth Centuries, Londres, John Murray, 1940.
https://archive.org/details/locksofnorburyst00serm

Nancy L. Pressly, The Fuseli Circle in Rome: Early Romantic Art of the 1770s, New Haven, Yale Center for British Art, 1979.
https://archive.org/details/fuselicircleinro0000pres

Daniel Shackleton, Exhibition of Drawings by William Lock of Norbury (1767-1847), Édimbourg, 1990.

Kim Sloan, “A Noble Art”: Amateur Artists and Drawing Masters, c. 1600-1800, Londres, British Museum Press, 2000.

William Lock the Younger, Studies of Fairies with a Pair of Hands, possibly representing the Opening of Pandora’s Box, 1784, graphite, sanguine, plume et encre brune, lavis gris et gouache blanche, 38 × 55,3 cm, Metropolitan Museum of Art, New York, inv. 2004.264.
https://www.metmuseum.org/art/collection/search/365454

William Lock the Younger, Two Studies of Lady Hamilton Dancing the Tarantella, vers 1791-1795, graphite, plume, encres grise et brune, 36,9 × 28,6 cm, British Museum, Londres, inv. 1906,0719.4.
https://www.britishmuseum.org/collection/object/P_1906-0719-4

William Lock the Younger, Composition of Several Figures, plume et encre brune, lavis brun et gris, 31,2 × 29,1 cm, British Museum, Londres, inv. 1947,1010.4.
https://www.britishmuseum.org/collection/object/P_1947-1010-4

William Lock the Younger, The Sorceress, illustration pour la deuxième Idylle de Théocrite, lavis noir, gris et bleu sur une esquisse au crayon, 33,3 × 25 cm, Morgan Library & Museum, New York, inv. 1959.1.
https://www.themorgan.org/drawings/item/123153

William Lock the Younger, Portrait of the Pugilist Johnson, 1790, Yale Center for British Art, New Haven.
https://collections.britishart.yale.edu/catalog/artists:2305

William Lock the Younger, Mary, Queen of Scots, Embarking, vers 1785-1790, Yale Center for British Art, New Haven.
https://collections.britishart.yale.edu/catalog/artists:2305

Bonhams, Londres, 10 avril 2013, lot 235, William Lock the Younger, A disbound album containing 44 tipped-in drawings.
https://www.bonhams.com/auction/20611/lot/235/

SÉLECTION VÉRIFIÉE DE MUSÉES ET DE COLLECTIONS PUBLIQUES CONSERVANT DES ŒUVRES DE L’ARTISTE

British Museum, Londres, Royaume-Uni. Le musée conserve plusieurs dessins de William Lock the Younger, parmi lesquels Two Studies of Lady Hamilton Dancing the Tarantella, inv. 1906,0719.4, et Composition of Several Figures, inv. 1947,1010.4.
https://www.britishmuseum.org/collection/object/P_1906-0719-4
https://www.britishmuseum.org/collection/object/P_1947-1010-4

Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis. Studies of Fairies with a Pair of Hands, possibly representing the Opening of Pandora’s Box, 1784, inv. 2004.264.
https://www.metmuseum.org/art/collection/search/365454

Morgan Library & Museum, New York, États-Unis. The Sorceress, illustration pour la deuxième Idylle de Théocrite, inv. 1959.1.
https://www.themorgan.org/drawings/item/123153

Yale Center for British Art, New Haven, États-Unis. Le musée conserve plusieurs œuvres de William Lock the Younger, notamment Portrait of the Pugilist Johnson, 1790 ; Mary, Queen of Scots, Embarking, vers 1785-1790 ; et Three Racehorses Approaching the Winning Post.
https://collections.britishart.yale.edu/catalog/artists:2305

1 450 €

Epoque : 18ème siècle

Style : Louis XVI - Directoire

Etat : Etat d'usage

Matière : Papier

Largeur : 19,4

Hauteur : 25,4

Référence (ID) : 1805478

Disponibilité : En stock

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Paris 75001, France

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