Portrait de Philadelphia Parker, plus tard Madame Stephen Piper, vers 1690, Huile sur panneau
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Portrait de Philadelphia Parker, plus tard Madame Stephen Piper, vers 1690, Huile sur panneau

Artiste : Suiveur De Pierre Mignard (1612-1695)

Cet exquis portrait de la fin du XVIIe siècle est un exemple remarquablement bien conservé du petit portrait de cabinet de cour : intime par son format, précieux par son fini, et exceptionnellement riche par l’identité documentaire qui lui est associée. Peint sur panneau et conservant une remarquable fraîcheur de surface, il présente une jeune femme d’un grand raffinement, au teint de porcelaine rehaussé de rose, aux yeux bleus doucement animés sous de fins sourcils, et aux abondantes boucles soigneusement ordonnées retombant sur ses épaules. L’œuvre possède toutes les qualités qui rendent les petits portraits de maîtres anciens particulièrement désirables : élégance, format, état de conservation, identité historique, et une histoire humaine exceptionnellement évocatrice, préservée par les étiquettes, les preuves généalogiques, les registres paroissiaux et le testament même du modèle.

D’anciennes étiquettes au revers identifient le modèle comme Philadelphia Parker, fille de Sir Robert Parker, baronet, de Ratton dans le Sussex, et épouse du colonel Stephen Piper. Les recherches soutiennent aujourd’hui fortement cette identification traditionnelle, tout en corrigeant une erreur héritée figurant sur l’étiquette : l’année de naissance indiquée, 1665, ne peut être exacte. Philadelphia Parker fut baptisée à Willingdon, dans le Sussex, le 10 décembre 1674, fille de Robert Parker et de Sarah Parker. Cela concorde avec la généalogie publiée des baronets Parker de Ratton dans l’ouvrage de John Burke et John Bernard Burke, A Genealogical and Heraldic History of the Extinct and Dormant Baronetcies of England, Ireland, and Scotland, deuxième édition, Londres, 1841, où Philadelphia est mentionnée parmi les enfants de Sir Robert Parker, 1er baronet de Ratton, et de Sarah Chute, et où il est indiqué qu’elle épousa « Colonel Piper, of Essex ».

La famille Parker de Ratton était une ancienne famille du Sussex jouissant d’un rang local considérable. Leur demeure, Ratton, se trouvait dans la paroisse de Willingdon, près d’Eastbourne, et la famille appartenait à la gentry établie du comté, dont l’identité était façonnée par la terre, la lignée, les charges publiques et les alliances avantageuses. L’élévation de Sir Robert Parker au rang de baronet le 22 mai 1674, l’année même du baptême de Philadelphia, marque la position de la famille au sein de la hiérarchie sociale de la Restauration. La mère de Philadelphia, Sarah Chute, provenait également d’une famille établie, et l’usage répété du prénom Philadelphia dans la lignée Parker révèle un schéma dynastique plutôt qu’une simple singularité personnelle. Ce prénom était entré plus tôt dans la famille par Philadelphia Lennard, épouse de Sir Thomas Parker de Ratton, et sa récurrence au sein de la famille contribue à expliquer à la fois la survivance et l’importance ultérieure de l’identification du modèle.

Le portrait fut presque certainement peint avant le mariage de Philadelphia, alors qu’elle était encore une jeune femme célibataire au sein de la maison Parker. Si elle fut baptisée en décembre 1674, elle aurait eu environ seize ans en 1690 et environ vingt et un ans en 1695. L’âge apparent du modèle, ainsi que la manière du portrait, soutiennent une datation vers 1690–1695. Il ne s’agit pas d’un témoignage littéral de l’habillement quotidien, mais d’une formule de « beauté de cour » hautement à la mode et flatteuse : le modèle est représenté les épaules découvertes, portant une chemise blanche décolletée, un manteau rose-rouge retenu par une agrafe joaillière, et de longues boucles tombantes. Ce langage visuel trouve ses racines dans le célèbre portrait féminin des cours française et anglaise de la Restauration des années 1660 et 1670, mais il continua d’être employé par des artistes plus tardifs parce qu’il inscrivait les jeunes femmes dans une image intemporelle de grâce aristocratique, de beauté et de raffinement. En ce sens, le portrait évoque délibérément le glamour d’une génération de cour antérieure, tout en présentant un modèle arrivé à l’âge adulte dans la dernière décennie du XVIIe siècle.

La tenue doit donc être comprise comme un costume de portrait raffiné plutôt que comme un vêtement ordinaire. La draperie libre et la chemise blanche appartiennent à la tradition aristocratique du déshabillé, un mode associé à une informalité cultivée, à une élégance sensuelle et au goût de cour. L’agrafe joaillière sur la poitrine apporte au costume une note de rang et de richesse décorative, tandis que les masses de cheveux bouclés établissent un lien visuel avec le type de beauté de cour française popularisé par des peintres tels que Pierre Mignard et les frères Beaubrun. L’œuvre appartient clairement à ce même univers visuel : carnation de porcelaine, rougeur rehaussée, petite bouche rouge, boucles tombantes et présence féminine idéalisée d’un caractère nettement français.

Le mariage de Philadelphia est confirmé par une source primaire. Le registre de St Benet Paul’s Wharf, dans la Cité de Londres, indique que Stephen Piper, de St Martin-in-the-Fields, Middlesex, célibataire, et Philadelphia Parker, de la même paroisse, célibataire, furent mariés le 15 juin 1710. Ce document est particulièrement précieux car il confirme l’énoncé essentiel conservé sur les anciennes étiquettes : Philadelphia Parker épousa bien Stephen Piper. La date du 13 juin 1710 figurant sur l’ancienne étiquette peut se rapporter à une licence, une déclaration préalable ou une transcription familiale ancienne, mais le registre paroissial donne le 15 juin comme date effective du mariage. Le fait que la mariée et le marié soient alors tous deux enregistrés comme résidant à St Martin-in-the-Fields les situe dans l’un des quartiers les plus élégants du Londres de la fin de l’époque Stuart, une paroisse associée au West End, à la société de cour et à l’expansion de la géographie aristocratique autour de Whitehall, St James’s et Westminster.

Stephen Piper lui-même ajoute un intérêt historique considérable à l’histoire ultérieure du portrait. C’était un militaire et gentilhomme dont la carrière relie la biographie de Philadelphia au monde politique plus large de l’Angleterre de la fin de l’époque Stuart et du début de l’époque géorgienne. Décrit dans des sources familiales et monumentales comme le colonel Stephen Piper, il était associé à l’Essex, en particulier à Ashen, ainsi qu’au monde du service militaire et de cour. Les récits de sa vie le relient à Roger Palmer, comte de Castlemaine, lors de l’ambassade de Jacques II à Rome, puis au service de Guillaume III et de la reine Anne. Sa carrière traversa donc l’une des périodes les plus turbulentes de l’histoire politique anglaise : la cour catholique de Jacques II, la Glorieuse Révolution de 1688, le réalignement des fidélités sous Guillaume et Marie, et la politique militarisée du règne de la reine Anne. Au moment de son mariage avec Philadelphia en 1710, l’Angleterre avait traversé révolution, guerre continentale et profonde transformation de la culture de cour. Pourtant, les familles aristocratiques et de la gentry continuèrent d’utiliser le portrait comme elles l’avaient longtemps fait : pour préserver la ressemblance, proclamer la lignée, marquer l’alliance et se présenter dans le langage du rang cultivé.

Après son mariage, Philadelphia devint Mrs Stephen Piper et entra dans le monde de la famille Piper d’Essex. Stephen était lié à Ashen, où il semble s’être retiré dans le rôle de gentilhomme campagnard et de détenteur de charges locales. Une telle trajectoire — du service de cour et militaire vers le domaine, la paroisse et l’autorité du comté — était caractéristique de nombreux officiers et gentilshommes prospères de la fin de l’époque Stuart. La vie ultérieure de Philadelphia est éclairée par son testament, une survivance particulièrement précieuse car il confirme son identité maritale et son lieu de résidence. Dans ce document, elle apparaît comme Philadelphia Piper, veuve, « now in the parish of St Margaret Westminster at Knightsbridge ». Le testament offre un aperçu intime de sa situation dans ses dernières années : une veuve de condition honorable tenant maison, disposant d’effets personnels et de titres, se souvenant de ses serviteurs et relations, et demandant des funérailles convenables mais très privées. Il préserve également des liens continus avec la famille Parker, notamment par une référence à John Parker, renforçant le lien entre la femme nommée dans le testament et la lignée Parker mentionnée sur les étiquettes du revers et dans la généalogie imprimée.

Stephen Piper précéda Philadelphia dans la mort d’environ seize ans, décédant le 16 février 1721/2 à l’âge de soixante-six ans, et fut commémoré à Ashen, dans l’Essex, où il s’était établi comme gentilhomme campagnard après une carrière de service militaire et de cour. Son monument indique qu’il mourut sans descendance, détail qui confère une poignance supplémentaire au portrait de Philadelphia, car leur mariage ne produisit aucun descendant direct par lequel son image aurait naturellement pu se transmettre. Philadelphia lui survécut comme veuve et apparaît dans son propre testament comme « Philadelphia Piper », vivant alors à Knightsbridge dans la paroisse de St Margaret Westminster ; l’ancienne étiquette au revers enregistre son décès le 15 février 1737, qu’il convient de rendre en datation moderne comme le 15 février 1737/8, et précise qu’elle fut enterrée à Ealing. La demande formulée dans son testament pour des funérailles convenables mais très privées s’accorde étroitement avec la dignité retenue de sa vie ultérieure, refermant l’arc documentaire qui mène de la jeune fille Parker représentée ici en beauté de cour à la veuve Mrs Piper de Westminster.

Les références à St Martin-in-the-Fields au moment du mariage et à Knightsbridge/St Margaret Westminster dans le testament situent Philadelphia dans la géographie sociale du Londres d’élite. C’est une partie importante de l’attrait du portrait. Elle n’était pas seulement une héritière provinciale du Sussex consignée dans une généalogie, mais une femme dont la vie documentée se déploya entre Ratton, Londres et le monde essexien de son mari. Son portrait, probablement peint lorsqu’elle était jeune femme dans les années 1690, appartient au moment précédant ce mariage, lorsque les portraits des filles de familles éminentes étaient souvent réalisés comme objets de beauté, de mémoire dynastique et de présentation sociale. À une époque où le mariage relevait à la fois de l’alliance personnelle et de la stratégie familiale, une telle image opérait comme bien davantage qu’une décoration. Elle constituait une déclaration de lignée, de raffinement, d’éligibilité et de goût.

L’histoire ultérieure du tableau est également partiellement préservée au revers du panneau. Outre les étiquettes biographiques identifiant Philadelphia Parker et enregistrant son mariage et son décès, un ancien fragment d’étiquette en papier porte l’inscription « To go to Mrs Gould, Fulbeck ». Il semble s’agir d’une étiquette d’acheminement, de livraison ou de propriété du XIXe siècle, et elle fournit un indice de provenance ultérieure important. Fulbeck, près de Grantham dans le Lincolnshire, était étroitement associé à la famille Fane et à une longue tradition de conservation de portraits familiaux. Que Mrs Gould ait été elle-même liée à Fulbeck Manor ou à une autre maison du village reste à établir, mais l’étiquette place clairement le portrait en relation avec une Mrs Gould de Fulbeck, probablement au XIXe siècle. Elle suggère que le tableau fut soit possédé par elle, soit consigné, retourné ou envoyé à elle, et ouvre une piste prometteuse pour de futures recherches sur sa transmission à travers des réseaux familiaux ou locaux.

Le présent portrait est donc exceptionnellement convaincant. Il unit une image de cour française d’un grand attrait à un modèle substantiellement documenté : Philadelphia Parker de Ratton, fille d’un baronet du Sussex, plus tard épouse du colonel Stephen Piper, puis veuve à Knightsbridge. Ses anciennes étiquettes ne sont pas des ajouts anonymes ou fantaisistes ; elles sont appuyées par des preuves généalogiques, des index de baptême, le registre primaire de mariage et le propre testament de Philadelphia. La correction de la date de naissance erronée de 1665 n’affaiblit pas l’identification ; au contraire, elle clarifie la chronologie du modèle et situe plus solidement le tableau vers 1690–1695, lorsque Philadelphia était une jeune femme en âge de se marier et que la formule idéalisée de la beauté de cour demeurait un mode élégant et prestigieux du portrait féminin.

En tant qu’œuvre d’art, le panneau réunit toutes les qualités recherchées par les collectionneurs dans le portrait de la fin du XVIIe siècle : beauté, raffinement, état, format, identité documentaire et résonance sociale. Son petit format lui confère une grande intimité et une grande facilité d’accrochage, tandis que sa manière française de cour le distingue des portraits anglais plus conventionnels de l’école de Lely. La pâle radiance du modèle, son manteau rose, son agrafe joaillière et ses boucles en cascade préservent l’idéal de féminité aristocratique à la fin du siècle Stuart. En même temps, les preuves archivistiques la restituent comme une femme réelle, inscrite dans une famille, un mariage, une propriété, un veuvage et une mémoire. C’est cette combinaison — charme visuel et possibilité de récupération historique — qui donne au portrait sa force particulière.

Provenance :
(Peut-être) avec Mrs Gould, Fulbeck, Lincolnshire, selon une ancienne étiquette au revers portant l’inscription « To go to Mrs Gould, Fulbeck » ;
Collection privée.

6 450 €

Epoque : 17ème siècle

Style : Louis XIV - Régence

Etat : Très bon état

Matière : Huile sur bois

Largeur : 49

Hauteur : 53

Profondeur : 7

Référence (ID) : 1773222

Disponibilité : En stock

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