Nottingham XVe s gd bas relief en albâtre polychrome & doré Sainte Trinité
Superbe bas-relief médiéval en albâtre sculpté, peint et doré figurant le trône de Grâce ou la Ste Trinité,
Ateliers de NOTTINGHAM, vers 1440-1470
Ce bas-relief porte le nomporte des ateliers médiévaux anglais, actifs surtout entre le XIVᵉ et le XVIᵉsiècle. Ce type de panneaux en albâtre a été très activement commercialisé partouten Europe au cours du XVe s, et notamment en France. « Dans cette pierre douce et laiteuse — l’albâtre — les artisans gravaient la foi comme on grave uneprière dans le temps. »Ici, la scène représente une curieuse mais classique iconographie religieuse mêlant la Trinité à la Crucifixion :au centre, le Christ suspendu, fragile et éternel ; derrière lui, une figure plus grande — Dieu le Père — qui semble soutenir, porter, presque offrir ce sacrifice. Autour, des anges et figures célestes recueillent, accompagnent, pleurent peut-être en silence. Les traces bleues, rouges, ou encore noirs, les rehauts de dorure discrets mais insistants, rappellent que ces sculptures n’étaient pas nues à l’origine :elles étaient peintes, vivantes de couleurs, vibrantes comme un vitrail au soleil. Il y a dans cette œuvre une douceur paradoxale — la pierre tendre épouse la douleur sacrée — et une verticalité presque musicale, comme si chaque figure montait vers une note plus haute, une lumière plus pure. À regarder de près, la stèle semble respirer l’équilibre délicat du XVe siècle, plutôt que les premiers élans encore un peu rigides de la fin du XIVe s. Les ateliers de Nottingham ont connu leur apogée entre vers 1400 et 1470, et plusieurs indices murmurent ici cette maturité :
— les drapés sont plus souples, plutôt que de tomber en plis cassés
— les figures s’allongent avec une certaine grâce, moins hiératiques que dans le XIVe finissant
— la composition, dense et verticale, mais très organisée et d’une symétrieassez rigide, évoque ces retables portatifs destinés à une dévotion intime
— enfin, cette iconographie de la Trinité dite « Trône de Grâce » (le Père présentant le Fils en croix) se diffuse largement au XVe siècle
La pierre elle-même — l’albâtre— a été travaillée avec une assurance qui suggère un atelier déjà bien établi, loin des tâtonnements plus anciens. Ainsi, une juste datation suggère le 2e quart du XVe siècle (vers 1420–1460)
A cette époque, la foi se fait plus narrative, presque intime — comme si la sculpture ne cherchait plus seulement à montrer le divin, mais à le rendre proche, presque palpable.
La stèle mesure quand même 55 cm de haut par 28 cm de large, pour une épaisseur faible de 9cm (1,5cm seulement pour la base pleine servant de fond au panneau, le reste pour les éléments en relief de la sculpture. Ce format classique résonne parfaitement avec la destination intime de ces œuvres.
Les albâtres de Nottingham n’étaient pas faits pour dominer des nefs immenses, mais pour habiter des espaces plus recueillis : chapelles privées, autels domestiques, oratoires discrets. Cette pièce se situe dans ici à une échelle presque humaine — ni monument, ni miniature — mais présente. Cette dimension correspond très bien aux retables portatifs ou panneaux de dévotion du XVe siècle :— assez grands pour structurer un autel— assez proches pour inviter au face-à-face, presque à la confidence. La scène de la Crucifixion, portée par la Trinité, devient alors une méditation verticale : le regard monte, du monde terrestre (les figures à la base) vers le sacrifice, puis vers le mystère divin. Cette œuvre du XVe siècle était probablement destinée à une dévotion privée ou semi-privée, plutôt qu’à un grand décor d’église, une sculpture à hauteur d’homme… et peut-être aussi à hauteur de prière.
Cette sculpture entre dans une famille très bien documentée, presque comme une constellation d’images sœurs dispersées à travers l’Europe.
Albâtre de Nottingham - Wikipédia
L’albâtre de Nottingham est un terme utilisé pour désigner l’industrie sculpturale anglaise, principalement composée de petites sculptures religieuses, qui a prospéré du XIVe siècle jusqu’au début du XVIe siècle. Des sculpteurs d’albâtre travaillaient à Londres, York et Burton-on-Trent, et beaucoup travaillaient probablement très près des mines rurales, mais la plus grande concentration se trouvait autour de Nottingham. Cela a conduit à ce que toute la production médiévale anglaise soit appelée « albâtre de Nottingham »… Tout au long de leur production, les images en albâtre de Nottingham ont été extrêmement populaires en Europe et exportées en grande quantité, certaines atteignant des régions très éloignées. Mais de loin, le plus grand marché d’exportation pour ces images se trouvait en France, où encore aujourd’hui certaines églises conservent leurs retables en albâtre anglais, contrairement à l’Angleterre, où les survivants sont extrêmement rares. Les sculptures étaient généralement peintes et/ou dorées de façon vive, parfois partout, parfois partiellement, mais une grande partie de la peinture a souvent été perdue, et de nombreuses pièces ont vu le reste complètement retiré par des marchands, des collectionneurs ou des musées par le passé. La plupart des retables en albâtre et des sculptures religieuses, autres que les monuments ecclésiales restants en Angleterre, furent détruits lors de la Réforme anglaise, après quoi les nombreux ateliers durent adapterleurs produits pour se concentrer sur les monuments ecclésiastiques. Les sculpteurs d’albâtre eurent tant de succès que cela devint un important commerce d’exportation. Des œuvres sont encore présentes dans des églises et musées à travers l’Europe, et apparaissent dans des lieux aussi éloignés que la Croatie, l’Islande et la Pologne.
Le Victoria and AlbertMuseum et le Nottingham Castle Museum détiennent les 2 principales collections d’albâtre de Nottingham au Royaume-Uni.
1. Le modèle exact : la « Sainte Trinité ou – Trône deGrâce »
Ce type, surprenant par son iconographie mélangeant la crucifixion et la Trinité est néanmoins très fréquente à cette époque. Ce type est décrit comme standard dans les ateliers de Nottingham, actifs du XIVe au XVIe siècle, produisant en série des images religieuses exportées dans toute l’Europe
On peut citer un exemple très proche :Trinité,ou trône de Grâce en albâtre, Nottingham, XVe siècle - N.113343
Cette Trinité en albâtre de Nottingham du XVe siècle se rattache plus à l’art de la statuaire qu’à un panneau en bas-relief mais reprend exactement la même thématique : Dieu le Père assis soutenant la croix du Christ, avec la même structure verticale et frontale, en composition étagée. Les dimensions sont ici assez proches (45/48cm)
Le Victoria and Albert Museum de Londres possède plusieurs panneaux de Trinité en albâtre souvent cités en référence majeure, de style, dimensions et composition comparables, souvent autour de 40–50 cm
Dans les collections du British Museum, cet exemple de panneau figure encore la Trinité avec Dieu tenant le Christ en croix. La composition est encore très proche (Père + croix + figures secondaires) https://www.britishmuseum.org/collection/object/H_1893-1221-1?utm_source=chatgpt.com
2. Le Nottingham Castle Museum comporte une collection importante d’albâtres locaux, notamment des retables complets avec ce même sujet.
https://www.artfund.org/our-purpose/art-funded-by-you/the-passion-of-christ?utm_source=chatgpt.com
Cet exemple est datable vers 1450–1475 avec son panneau central de Trinité
3. On peut encore citer d’autres œuvres comparables partout en Europe
Ce qui est également fascinant est aussi que ces sculptures voyageaient beaucoup, exportées massivement depuis l’Angleterre, et on en retrouve aujourd’hui : en France (nombreuses survivances in situ) en Espagne (Santiago de Compostela) en Italie (Naples, Museo di Capodimonte)
Comparaison stylistique directe avec votre pièce:
Notre sculpture présente ici une version enrichie, comme un modèle d’atelier standard agrandi et enrichi: figures d’anges multiples (6), version plus narrative que certains autres panneaux, avec la scène inférieure (probablement liturgique ou symbolique) une composition en « bloc » plutôt qu’en simple panneau. Cela la rapproche de pièces plus élaborées, parfois destinées à de petits retables complets, pour des "églises paroissiales, fondations religieuses ou chapelles privées de rang élevé"
Cette œuvre n’est donc pas une pièce isolée — elle appartient à une production quasi “internationale” du XVe siècle, standardisée mais profondément expressive. Chaque exemplaire garde une singularité: une usure différente, un visage effacé autrement, une prière gravée dans la pierre d’une main oubliée…
Ce bas-relief appartient au type / sujet de la Trinité dite « Trône de Grâce », avec Dieu le Père assis, le Christ en croix tenu devant lui … et parfois la colombe (Esprit Saint), souvent disparue.
Ce modèle est extrêmement codifié dans les ateliers de Nottingham, avec des dizaines d’exemplaires survivants. Il n’est pas une pièce isolée, mais une variation sur une image répétée mille fois —et pourtant, jamais identique.
On trouve au Victoria and Albert Museum de nombreusesTrinités comparables classées chronologiquement et stylistiquement en plusieurs types par l’auteur Francis CHEETAM (voir bibliographie). Cela montre encore que cette production était bien répétée en série : on connaît au moins 80 exemples recensés...
Notre œuvre semble appartenir à une variante enrichie, entre :
*Le panneau classique, plat, destinéà un retable, dimension env. 40–50 cm
*La version “quasi-statue” (votre cas), plus épaisse, presque autonome, avec des figures latérales et inférieures plus développées et une narration élargie (anges + scène basse) On peut définir des points communs à cette thématique: Dieu le Père est toujours représenté de manière frontale et hiératique, le Christ est lui très rigide, très vertical. La composition est souvent compacte, avec des traces de polychromie (souvent résiduelles). Notre pièce se distingue par contre par l’abondance des sujets annexes, les anges encadrant véritablement la composition en 3 registres (haut + côtés + base). La scène inférieure est développée (probablement liturgique ou symbolique) ; ces figures secondaires pourraient représenter des donateurs ou des moines en prière…L’axe vertical est très marqué, comme accompagnant le regard du bas vers le divin. L’ensemble est ainsi puissamment organisé comme une grille, avec 3 registres horizontaux et un axe vertical de symétrie.
Ce panneau, pourrait avoir constitué la partie centrale d’un ensemble plus complet et important sous forme de retable et même être son panneau central (souvent la Trinité ou la Crucifixion),
*fréquemment flanqué sur ses côtés de plusieurs (3 ou 4 ?) panneaux narratifs, eux aussi en albâtre sur le thème de la Passion: l’Arrestation du Christ, la Flagellation, le Portement de croix, la Résurrection, …
*et réunis par un cadre architectural (pinacles, arcs, colonnettes gothiques).
L’ensemble était peint, doré, vibrant, et monumental (certainement 1 à 2 mètres de long), à l’image du Retable conservé au Nottingham Castle Museum, daté vers 1450–1475
Ces retables ont été démantelés massivement lors de la Réforme anglaise, exportés séparément ou revendus séparément. La composition verticale forte de notre œuvre, sa richesse iconographique (les autres panneaux sont souvent plus simples) ou encore la présence de la scène inférieure est caractéristiquede ce type de panneaux centraux. Ces retables ont été démantelés massivement lors de la Réforme anglaise, parfois exportés ou revendus séparément par la Marché de l’art. Il suggère un atelier expérimenté, probablement du milieu du XVe siècle et une pièce destinée à un commanditaire un peu plus exigeant.
La datation affinée se situe vers 1430 – 1470, soit la période d’apogée des ateliers de Nottingham. On peut situer précisément notre pièce à un type précis issu de la classification savante d’unauteur anglais, Francis CHEETAM, ayant publié plusieurs textes de référence en la matière et qui font autorité pour les albâtres de Nottingham. Cheetham distingue quatre familles de Trinité :
*Type A — le plus pur : Dieu tient simplement le Christ en croix, avec parfois la colombe (du Saint Esprit)
*Type B — le mystique (La structure est la même, avec de petite sâmes dans un linge (napkin) illustrant le thème du salut, “sein d’Abraham”)
*Type C — le narratif : La Trinité est centrale avec des figures latérales (anges, saints, assistants)
*Type D — le dissocié, avec des figures séparées (ce type est plus rare) La Structure“Trône de Grâce” est classique, base commune à tous les types
Notre sculpture correspond ici plus probablement au Type C évolué (avec hybridation) notamment par
*la présence d’anges nombreux (composition enrichie)
*une Scèneinférieure développée, signe d’un programmenarratif élargi
*une taille importante (55 cm), dépassant le simple panneaustandard (~40–50 cm)
Les ateliers ne se contentent plus de répéter, ils enrichissent le modèle standard et répondent à une demande plus “spirituelle”et narrative, correspondant à une sorte de maturité expressive du XVe siècle
La datation peut donc encore être affinée ou confirmée vers 1440-1470, en croisant le type C (plus tardif que le A), la complexité iconographique et une dimension supérieure à la moyenne
Cette œuvre n’est pas simplement “de Nottingham”, mais bel et bien issue d’un atelier maîtrisant plusieurs variantes, et probablement produite pour l’export (et en particulier très probablement la France). Elle appartient à une catégorie rare où la série devient presque individualisée.
Pour les albâtres de Nottingham, il n’existe pas d’ “ateliers nommés” comme en peinture… mais des groupes stylistiques reconnaissables, comme des écritures différentes d’une même langue. Les spécialistes distinguent en simplifiant 3 grands “groupes de main” au XVe siècle:
*Un Groupe ancien (vers 1380–1420), caractérisépar des figures raides, des plisanguleux et une composition simple. -notre sculpture est trop fluidepour cela
*Un Groupe classique (vers 1420–1450), caractérisé par un équilibre entre rigidité et douceur, des figures encore un peu hiératiques et une composition structurée
*Un Groupe tardif / mature (vers 1450–1500) : les drapés sont souples, presque coulants, les représentations multipliant les figures (anges, scènes secondaires) ; les compositions sont plus riches et plus narratives
Cf National Gallery, https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Holy_Trinity_sculpture_at_National_Gallery.jpg
C’est clairement ici que notre sculpture s’inscrit avec :
· une densité inhabituelle de figures
· une richesse iconographique (anges + scène basse)
· un format légèrement supérieur
· un travail assuré de l’albâtre. Les Visages ici usés sont ovales, doux, peu individualisés et arborent une expression calme, presque absente.
Ces critères sont typiques d’une production en série maîtrisée. Les Drapés sont traités en “U” souples, non cassés, non géométriques, caractéristique des année spostérieures à 1440
Les Anges sont nombreux, parfois légèrement comprimés dans l’espace, avec un rôle décoratif autant que symbolique. C’est ici la marque de versions enrichies destinées à clients plus exigeants.
La Composition verticale est très présente, avec une organisation en registres (haut / centre / bas), ce qui représente la signature des retables narratifs tardifs.
Ce type précis est très souvent exporté vers la France, souvent plus riche iconographiquement et adapté à une dévotion locale, souvent légèrement différent des modèles anglais standards
En conclusion, cette sculpture en Albâtre de Nottingham figure un sujet maintes fois reproduit, la Ste Trinité– ou Trône de Grâce
Elle est l’œuvre d’un atelier anonyme, modèle classique enrichi que l’on peut classé dans le groupe tardif / mature de type C, selon la classification établie par le chercheur et spécialiste anglais CHEETAM.
On peut la dater assez précisément selon son style vers 1440–1470 et était probablement destinée à l’export pour la France
« Ce n’est pas une œuvre isolée, ni une pièce unique sortie d’un geste solitaire. C’est une note dans une polyphonie -celle d’un atelier où plusieurs mains sculptaient la même foi, avec des nuances presque imperceptibles. »
L’albâtre du Metropolitan Museum of Art, œuvre attribuée à la L’Ecole de Nottingham, vers 1440–1450, bien que représentant un sujet différent (l’Arrestation du Christ), montre le même traitement des visages, les mêmes plis souples et une même densité narrative. La comparaison confirme le groupe stylistique « mature », vers 1440–1470
https://www.metmuseum.org/fr/art/collection/search/468264?utm_source=chatgpt.com
Epoque : Antérieure au 16ème siècle
Style : Haute époque-Renaissance-Louis XIII
Etat : Très bon état
Matière : Albâtre
Largeur : 28 cm
Hauteur : 55 cm
Profondeur : 9 cm (1,5 env pour la plaque de fond et 7,5cm pour les sculptures en bas-relief)
Référence (ID) : 1760618
Disponibilité : En stock






































