École Naïf Espagnole (1970s) - Du Chocolat Chaud pour Monsieur le Curé
Huile sur toile. Toile originale. Titre et date au dos. Signature illisible.
Dans cette toile d'une naïveté presque punitive, l'Espagne du « ça a toujours été comme ça » se retranche derrière un bastion de porcelaine ancienne de Sargadelos, dont les scènes de la campagne anglaise contemplent, stupéfaites, l'assaut des croûtons. Sous une lumière plate qui ignore les ombres – car dans cette maison, l'ambiguïté est un péché –, le curé fait office de pivot spirituel, une tache d'un noir absolu qui feint d'écouter les commérages du village tandis que son esprit, sans doute, calcule le budget de l'estrade de la prochaine procession. Autour de lui, les quatre femmes pieuses, enveloppées d'un deuil qui n'est pas forcément noir mais semble une seconde peau, sont les figures d'une partie d'échecs théologique dont le seul mouvement est la résistance : leurs têtes, couronnées de chignons à la géométrie impossible, gardent des siècles de dogmes et de recettes de pâtisserie conventuelles.
Ce point de vue, noblement étranger aux lois de la physique, nous permet d'épier les chambres voisines, où des lits de fer se dressent comme des instruments de torture pieuse, domptés seulement par la rigueur des couvre-lits crochetés. Ces couvre-lits ne sont pas une source de chaleur, mais un manifeste : des milliers de nœuds tissés avec la patience de quelqu'un attendant le Jugement dernier, tout en surveillant attentivement la casserole pour éviter qu'elle n'attache. Dans ce blanc amidonné se dégage une pureté agressive, une netteté qui exhale un parfum de lavande et de confession hebdomadaire, une toile de fils qui semble vouloir capturer le temps avant que les années soixante-dix – avec leur modernité bruyante, alimentée par la télévision cathodique – ne franchissent le seuil de l'entrée.
Et dominant le tout, depuis une chapelle qui tient davantage du bunker de dévotion que du lieu de culte, un Enfant Jésus en plâtre observe le goûter avec une maturité inquiétante. Vêtu de velours ayant survécu à trois confiscations de biens ecclésiastiques et à deux guerres, l'Infant semble le véritable metteur en scène de ce diorama du XIXe siècle. Son regard de verre ne se pose pas sur les convives, mais sur le vide de l'avenir, conscient que tant qu'il y aura une dernière gorgée de chocolat et une dernière goutte d'huile dans la lampe, cette Espagne de sacristie et de camphre refusera de rendre les clés du royaume, nous rappelant que, parfois, l'éternité n'est rien d'autre qu'un après-midi pluvieux, du tricot et une bonne tasse de thé mal versé.
- Dimensions de l'image sans cadre : 60 x 45 cm / 68 x 53 cm avec cadre sur mesure exclusif.
Dans cette toile d'une naïveté presque punitive, l'Espagne du « ça a toujours été comme ça » se retranche derrière un bastion de porcelaine ancienne de Sargadelos, dont les scènes de la campagne anglaise contemplent, stupéfaites, l'assaut des croûtons. Sous une lumière plate qui ignore les ombres – car dans cette maison, l'ambiguïté est un péché –, le curé fait office de pivot spirituel, une tache d'un noir absolu qui feint d'écouter les commérages du village tandis que son esprit, sans doute, calcule le budget de l'estrade de la prochaine procession. Autour de lui, les quatre femmes pieuses, enveloppées d'un deuil qui n'est pas forcément noir mais semble une seconde peau, sont les figures d'une partie d'échecs théologique dont le seul mouvement est la résistance : leurs têtes, couronnées de chignons à la géométrie impossible, gardent des siècles de dogmes et de recettes de pâtisserie conventuelles.
Ce point de vue, noblement étranger aux lois de la physique, nous permet d'épier les chambres voisines, où des lits de fer se dressent comme des instruments de torture pieuse, domptés seulement par la rigueur des couvre-lits crochetés. Ces couvre-lits ne sont pas une source de chaleur, mais un manifeste : des milliers de nœuds tissés avec la patience de quelqu'un attendant le Jugement dernier, tout en surveillant attentivement la casserole pour éviter qu'elle n'attache. Dans ce blanc amidonné se dégage une pureté agressive, une netteté qui exhale un parfum de lavande et de confession hebdomadaire, une toile de fils qui semble vouloir capturer le temps avant que les années soixante-dix – avec leur modernité bruyante, alimentée par la télévision cathodique – ne franchissent le seuil de l'entrée.
Et dominant le tout, depuis une chapelle qui tient davantage du bunker de dévotion que du lieu de culte, un Enfant Jésus en plâtre observe le goûter avec une maturité inquiétante. Vêtu de velours ayant survécu à trois confiscations de biens ecclésiastiques et à deux guerres, l'Infant semble le véritable metteur en scène de ce diorama du XIXe siècle. Son regard de verre ne se pose pas sur les convives, mais sur le vide de l'avenir, conscient que tant qu'il y aura une dernière gorgée de chocolat et une dernière goutte d'huile dans la lampe, cette Espagne de sacristie et de camphre refusera de rendre les clés du royaume, nous rappelant que, parfois, l'éternité n'est rien d'autre qu'un après-midi pluvieux, du tricot et une bonne tasse de thé mal versé.
- Dimensions de l'image sans cadre : 60 x 45 cm / 68 x 53 cm avec cadre sur mesure exclusif.
320 €
Epoque : 20ème siècle
Style : Art Premier
Etat : Très bon état
Matière : Huile sur toile
Référence (ID) : 1750069
Disponibilité : En stock
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