Alphonse d'Aragon - Œuvre experte de Francesco Laurana, sculpture en marbre (vers 1488)
Le parcours culturel rare et fascinant de Francesco Laurana, le célèbre sculpteur dalmate né à Vrana (Aurana), près de Zadar – ville dalmate sous domination vénitienne au XVe siècle – est éclairé par ce buste de garçon captivant et jusqu'alors inconnu (fig. 1-4). Ce buste, aux volumes arrondis et aux traits essentiels, est sculpté avec une légèreté particulière et une abstraction marquée. Ce sont là les caractéristiques stylistiques distinctives de ce sculpteur qui, notamment dans ses portraits de femmes réalisés lors de son second séjour à Naples – la période la plus prolifique de sa carrière de portraitiste – les associe à des bustes de princesses aragonaises qui semblent incarner la synthèse formelle d'Antonello da Messina et de Piero della Francesca. C’est précisément son art du portrait qui caractérisa l’œuvre du sculpteur, laquelle joua un rôle significatif dans la diffusion de la culture figurative de la Renaissance, comme en témoigne son parcours biographique : actif dès le milieu du XVe siècle à la cour d’Aragon à Naples, où il est mentionné pour la première fois en 1453 sous le nom de « Francisco da Zara », il fut rémunéré, avec d’autres maîtres, pour son travail sur l’arc de triomphe de Castelnuovo. Il arriva ensuite en Provence en 1466, au service de René d’Anjou ; après un second séjour à Naples, il travailla en Sicile, puis de nouveau à la cour d’Aragon, avant de s’établir à Marseille et à Avignon, où il mourut. Les bustes, généralement encadrés juste en dessous des épaules, comme l’exemple présenté ici, constituent un genre représentatif de la Florence du XVe siècle. Parmi les sculpteurs ayant le plus contribué à son développement figurent Donatello, Mino da Fiesole, Desiderio da Settignano, Antonio Rossellino et Benedetto da Maiano. Leur rôle était de légitimer la noblesse de l'époque, raison pour laquelle ces œuvres furent commandées principalement par des familles aristocratiques et des marchands de la haute bourgeoisie. À Florence, ville d'où ce genre se diffusa jusqu'aux cours italiennes, sa redécouverte par les artistes susmentionnés s'appuyait sur le renouveau de la culture classique promu par les humanistes, la redécouverte de la valeur de l'individualité humaine et l'étude des bustes romains placés dans les domus pour commémorer les vertus des défunts. De ce fait, ces œuvres mettent en lumière l'extrême réalisme des physionomies et une profonde introspection psychologique. En témoignent des œuvres telles que le buste en terre cuite peinte de l'humaniste Niccolò da Uzzano, conservé au Musée national du Bargello à Florence, autrefois attribué à Donatello et aujourd'hui à Desiderio da Settignano. Le portrait de Piero de’ Medici (1453), sculpté par Mino da Fiesole, se trouve également au Bargello ; celui du médecin Giovanni Chellini (1456), œuvre d’Antonio Rossellino, est conservé au Victoria and Albert Museum de Londres ; et celui du marchand florentin Pietro Mellini, allié des Médicis, réalisé par Benedetto da Maiano, est également exposé au Bargello. C’est dans ce contexte de culture figurative qu’il convient d’aborder, afin d’en apprécier les qualités, notre buste (fig. 1-4), représentant probablement un jeune homme de la cour d’Aragon, élégamment vêtu d’une tunique de velours à la mode, à larges pans et à col montant, en bon état (la surface du marbre paraît par endroits décolorée). Le visage ovale, tendre, doux et noble de ce jeune homme, à l'expression raffinée, caractérisé par des arcades sourcilières d'où émanent des yeux fixes d'une expressivité quasi imperturbable, se distingue par des traits essentiels, des formes lisses et arrondies : les paupières sculptées confèrent au regard une expression de profonde introspection ; une chevelure vaporeuse, élégante et fluide, soulignée sur le front arrondi par une mèche soigneusement coiffée, tombe juste au-dessus des épaules, donnant, même de profil, l'impression d'un bonnet souple (fig. 2, 3). La représentation fidèle du personnage, tant dans son caractère que dans ses vêtements — comme la douce giornea de velours qui accentue sa silhouette élancée et élégante, dont les plis se dessinent avec une précision mesurée — tous ces éléments suggèrent qu'il s'agit du portrait d'un membre de la cour d'Aragon ou de l'aristocratie napolitaine. L'observation de ce jeune homme nous permet de comprendre la place de Laurana dans le développement du genre du buste au XVe siècle. Le sculpteur dalmate, tout en s'inspirant de la typologie développée par les sculpteurs florentins, tranche radicalement avec le naturalisme de Donatello, conférant aux traits du modèle une qualité hiératique idéalisée. Ceci se manifeste également dans cette œuvre par la pureté quasi abstraite du visage, les volumes à la structure compositionnelle solide (voir aussi les vues de profil : fig. 3, 4) qui semblent figés dans leur pureté géométrique : autant de caractéristiques qui, associées à l'attention qu'il leur porte, témoignent… (Accompagné d'un certificat de libre exportation
Epoque : Antérieure au 16ème siècle
Style : Haute époque-Renaissance-Louis XIII
Etat : Bon état
Matière : Marbre
Longueur : -
Largeur : cm.32
Diamètre : -
Hauteur : cm.40
Profondeur : cm 22
Référence (ID) : 1723153
Disponibilité : En stock
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