Le modelé est maîtrisé et discret. Plutôt que de s'appuyer sur des contrastes saisissants ou une texture exagérée, Shōshin construit la forme par des volumes harmonieusement modulés qui traduisent la masse physique de la souris avec une remarquable économie de moyens. Des lignes fines et peu ciselées suggèrent le pelage et la structure anatomique sans rompre la continuité de la surface. L'œil, rendu avec clarté et concentration, confère une impression de conscience tranquille, tandis que les oreilles fines et délicatement dessinées introduisent une note de vulnérabilité au sein de cette forme par ailleurs compacte et sereine. La queue, allongée et d'une précision ciselée, renforce le caractère naturaliste de la sculpture tout en l'ancrant fermement dans l'espace.
La surface est recouverte d'une patine argentée uniforme, volontairement sobre et sans variation chromatique. Cette tonalité métallique homogène met l'accent sur la forme plutôt que sur l'effet de surface, permettant à la lumière de glisser harmonieusement sur les contours arrondis et révélant la maîtrise assurée du volume et des proportions par le sculpteur. L'absence de dégradé tonal attire l'attention sur la pureté de la silhouette et la précision de la fonte, caractéristiques de la démarche aboutie de Shōshin.
Kondō Shōshin fut l'élève d'Ōshima Jōun (1858-1940), figure centrale de la sculpture de bronze japonaise moderne et fervent défenseur du réalisme sculptural. Sous la direction de Jōun, Shōshin acquit une méthodologie rigoureuse, fondée sur une observation attentive de la nature et des exigences techniques strictes. Pourtant, son œuvre se distingue par une sensibilité plus discrète et introspective, privilégiant une échelle modeste et des moments de contemplation silencieuse à une monumentalité ostentatoire.
En tant qu'objet, ce bronze transcende la simple représentation animale. La souris, sujet anodin, est sublimée par la clarté de ses formes et la sobriété de sa sculpture en un objet d'une présence méditative. Refusant toute narration ou symbolisme, Shōshin présente l'animal tel qu'il est, observé avec respect et précision. Il en résulte une œuvre d'une sobriété raffinée et d'une excellence technique remarquable, qui séduira les connaisseurs de bronzes modernes japonais, sensibles à la pureté des formes, à la rigueur du travail artisanal et à la poésie subtile du quotidien rendue par le métal.





























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