La composition s’organise autour d’un paon majestueux, déployant son plumage sur un entablement drapé de velours bleu, surmonté d’une vasque richement fleurie. L’ensemble est encadré par une architecture de fantaisie en trompe-l’œil, composée de pilastres, cartouches rocailles et panneaux simulant des pavillons, animée de putti acrobates et musiciens, caractéristiques du répertoire des grotesques français de la fin du règne de Louis XIV et du XVIIIe siècle.
Ce vocabulaire décoratif s’inscrit dans la tradition des compositions de Jean-Baptiste Monnoyer, largement diffusées par la manufacture de Beauvais au cours du XVIIIe siècle, notamment sous la direction de Mérou, pour l’ornement des intérieurs aristocratiques et bourgeois.
L’œuvre est peinte à la détrempe, avec des pigments absorbés par la fibre du lin, conférant à la surface un aspect mat et une grande douceur chromatique. La palette, dominée par les tons tabac d’Espagne, bleus, verts et roses, présente aujourd’hui une patine ancienne très décorative, caractéristique des décors muraux du XVIIIe siècle.
Cette toile constitue une interprétation picturale décorative autonome d’un modèle de tapisserie de Beauvais. Conformément à l’analyse communiquée par les services du Mobilier national – manufactures des Gobelins, il s’agit d’une toile peinte d’après la tapisserie, et non d’un carton préparatoire au tissage. L’absence de mise au carreau, la liberté du dessin et le traitement pictural confirment cette destination décorative, probablement conçue pour un usage mural (tenture peinte, décor intérieur ou panneau ornemental).
On distingue en bas à gauche une signature ancienne peinte, aujourd’hui partiellement estompée et difficilement lisible, vraisemblablement celle du peintre décorateur ou de l’atelier ayant exécuté cette toile, sans qu’une attribution nominative puisse être établie à ce jour.
Le revers conserve en outre une inscription manuscrite ancienne, probablement un numéro d’inventaire ou de repérage.
État:
Toile ancienne présentant plis, usures, petites fragilités et marques du temps, sans altérer la lisibilité du décor. Très belle présence murale et fort impact décoratif.
Commentaire:
Rare témoignage du rayonnement des modèles de la manufacture royale de Beauvais, cette grande toile peinte offre une alternative décorative remarquable à la tapisserie tissée, tout en conservant l’élégance, la richesse ornementale et l’esprit théâtral du répertoire des grotesques du XVIIIe siècle, validée par une comparaison directe avec les modèles conservés et documentés par le Mobilier national.




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