"Vue d’optique effet jour/nuit – Rome, Théâtre de Marcellus . 1770 ca"
Vue d’optique effet jour/nuit – Rome, Théâtre de Marcellus
Série « Jérusalem », n° 38 « Cène de Pilate »
XVIIIe siècle
Les vues d’optique sont des estampes perspectivistes conçues pour être regardées à l’aide d’appareils optiques spécifiques et, dans leurs versions les plus élaborées, pour être rétro-éclairées, transformant l’image en une véritable expérience visuelle. Le présent exemplaire appartient à cette catégorie complexe et a été conçu dès l’origine pour produire un effet jour/nuit.
L’estampe, réalisée à l’eau-forte et rehaussée à l’aquarelle, est percée au poinçon au niveau des fenêtres et de certains éléments architecturaux. Au revers, des inserts de papiers colorés et un traitement à la détrempe noire permettent de contrôler le passage de la lumière. Éclairée par l’avant, la vue apparaît diurne ; rétro-éclairée, elle se transforme en une scène nocturne avec fenêtres illuminées, renforçant l’effet de profondeur.
La composition représente Rome, avec le Théâtre de Marcellus, utilisé comme monumentale architecture de décor. Comme c’est souvent le cas dans les vues d’optique à sujet biblique, l’architecture n’est pas traitée de manière topographique stricte, mais joue un rôle scénographique et narratif. Les monuments romains servent ici de cadre idéal à une Jérusalem imaginaire, construite comme toile de fond du récit de la Passion.
L’inscription manuscrite conservée au revers — « Veduta della Piazza di Gerusalemme – 38 – Cena di Pilato » — indique le numéro de séquence de l’estampe au sein d’un cycle plus large, probablement consacré aux épisodes de la vie et de la Passion du Christ. Dans ce contexte, la vue urbaine fonctionne comme une véritable “quinte théâtrale”, destinée à être présentée en succession avec d’autres images au sein d’un récit visuel continu.
Les vues d’optique étaient destinées à être observées à travers des dispositifs tels que le zograscope ou les boîtes optiques, équipés d’une lentille et d’un miroir incliné, accentuant l’illusion de profondeur. Ces objets étaient particulièrement appréciés par les milieux cultivés et aisés, et figuraient fréquemment dans les cabinets de curiosités, où ils étaient présentés dans l’obscurité pour renforcer l’effet spectaculaire.
Ce genre connut une large diffusion entre le milieu du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, avec d’importants centres de production à Londres, Paris (rue Saint-Jacques), Augsbourg et Bassano del Grappa. Les exemplaires dotés de dispositifs complexes de rétro-éclairage, comme celui-ci, figuraient parmi les plus recherchés.
Dimensions : 49 × 35 cm (avec cadre).