Émile-Artus Boeswillwald
(Paris, 1873 – 1935)
Autour d’une toile, esquisse
Circa 1904
Huile sur panneau
21,8 x 31,2 cm
42 x 53 cm avec son cadre
Esquisse préparatoire pour le tableau de même nom aujourd'hui disparu, 1904
Issu d’une
dynastie d’architectes d’origine alsacienne, petit‑fils d’Émile Boeswillwald (1815-1896), lui-même ancien collaborateur
d’Eugène Viollet-le-Duc et successeur de Prosper Mérimée comme inspecteur
général des monuments historiques, Émile-Artus Boeswillwald est très tôt initié
au dessin. D’abord destiné à embrasser une carrière d’officier, il est victime
d’une mauvaise chute et souffre d’une maladie chronique des bronches, l’obligeant
à renoncer à ce projet. Encouragé par l’environnement artistique de sa famille,
il s’oriente vers la peinture et est admis en 1895 à l’École des Beaux-Arts
dans l’atelier de Léon Bonnat. La même année, il fait ses débuts au Salon des Artistes
Français, où il connaît un certain succès en tant que portraitiste. En 1901, il
y expose ainsi le portrait tendre de sa jeune fiancée Marguerite Geoffroy (cat.
n° 218), elle-même issue d’une dynastie de sculpteurs, étant la fille d’Adolphe
Geoffroy et petite fille de Victor Geoffroy-Dechaume. L’intimisme marqué de ses
œuvres, influencé par la peinture espagnole chère à son maître, lui vaut
plusieurs récompenses officielles. Il reçoit la médaille d’honneur au Salon de
1905 puis la médaille d’or en 1926, avant d’être élevé hors concours. Fait chevalier
de la Légion d’honneur en 1928, il conclut sa brillante carrière officielle en obtenant
cette même année un poste de professeur de dessin à l’École Polytechnique. Son
œuvre, longtemps méconnue, a fait l’objet d’une rétrospective en 2004 au musée Paul
Dubois - Alfred Boucher de Nogent-sur-Seine, ville où sa famille s’était
établie[1].
Notre
séduisante petite esquisse sur panneau rend compte du caractère plus moderne
que peut revêtir la technique picturale d’Émile-Artus Boeswillwald. Elle
prépare directement une grande composition exposée au Salon des Artistes
Français de 1904 (cat. n° 192) intitulée Autour
d’une toile (fig. 1). Dans la
pénombre d’un atelier, quatre hommes, artistes ou critiques, se tiennent autour
d’un tableau à l’encadrement doré, disposé sur un chevalet partiellement hors
champ à gauche. Concentrés et presque silencieux, ils semblent presque figés
dans la tension d’un jugement suspendu. Si la version finale affine les traits
et précise la lumière, notre esquisse conserve sa puissance brute, révélant les
premiers choix de composition, de masses et d’ombres. Boeswillwald agence sa scène comme une mise en abyme
de la peinture elle-même, entre sa soumission finale au regard à gauche et les
pinceaux et palette abandonnés à droite, à l’origine de sa propre création. A
travers de larges touches très rapidement brossées et un clair-obscur
qui doit beaucoup à Ribera, le peintre
fixe les attitudes des différents protagonistes, aiguillant notre regard de la
gauche vers la droite. Un jeune homme debout, absorbé dans la contemplation de
la toile, domine légèrement la scène. Devant lui, trois figures masculines
forment un arc : l’une appuyée sur sa main dans une attitude de réflexion, alors
que la deuxième, légèrement inclinée, paraît en conversation basse avec la
troisième, le visage dans l’ombre. Comme pour atténuer la dramaturgie de cette
scène intime aux allures de récit biblique, Boeswillwald comble dans son
tableau final les vides laissés par les fonds noirs, feutrés et denses en
ajoutant deux figures supplémentaires aux extrémités. Familier de ces cercles
intellectuels, l’artiste dépeint ici un rituel professionnel qui a ses codes,
sa cérémonie empreinte de fraternité et d’une certaine discipline intérieure. En
évoquant le premier jugement silencieux qui entoure l’éclosion d’une œuvre, cette
scène, bien plus qu’une anecdote d’atelier, se mue en allégorie discrète de la création
artistique.
[1] Karine
Cornu et Jacques Piette, Émile-Artus
Boeswillwald, L'émotion intimiste, peintures et dessins, catalogue
d'exposition, Musée Paul Dubois - Alfred Boucher, Nogent-sur-Seine, 2004.































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