Estampe japonaise de YOSHITOSHI : PATROUILLE AU CLAIR DE LUNE, SAITO TOSHIMITSU
N°8 De la suite : Tsuki No hyakushi ( Les cent aspects de la lune )
1885
Sceau:Taiso
Oban
nishiki-e
Belle épreuve avec des gaufrages, quelques plis de manipulation dans les bordures extérieures.
Elle met en scène un épisode du Taiköki, la «Chronique du Taikó». Ce titre de taikõ, qui signifie «régent», était celui que s'arrogeait Hideyoshi.
Toshimitsu était un général des Saitô. Son père, Kuranosuke, était l'un des principaux vassaux d'Akechi Mitsuhide (1526-1582). Pour prix de son ralliement à Nobunaga, Mitsuhide avait reçu un grand fief; mais bientôt, Nobunaga lui reprocha publiquement la destruction du château de Yakami et le massacre de tous ses occupants. Blessé dans son orgueil, il allégua pour sa défense que le châtelain avait assassiné sa mère.
Lors d'un banquet, Nobunaga - qui était ivre - l'humilia de nouveau en martelant son crâne d'un éventail pour se moquer de sa calvitie.
Mitsuhide guetta la première occasion de laver son honneur. Celle-ci survint à l'été 1582 lorsque Nobunaga, établi dans le temple Honnõ de Kyoto, envoya le gros de ses troupes en renfort de Hideyoshi, qui livrait campagne dans la province occidentale de Bitchü. Mitsuhide fit route vers le Bitchü à la tête de ses trente mille hommes mais, les exhortant soudain à faire volte-face au cri de «L'ennemi est à Honnoji» (c'est-à-dire au temple Honnõ), il les fit marcher sur Kyoto. Nobunaga fut pris au dépourvu dans son quartier général et massacré.
Ayant en vain enjoint à Mitsuhide de renoncer à pareille félonie, Toshimitsu et son père s'étaient résignés à le suivre en fidèles vassaux. L'on voit ici Toshimitsu dans sa mission de reconnaissance: lourdement armé, il s'avance un soir de pleine lune dans la rivière Kamo, qui doit amener les conspirateurs au cœur de Kyoto, et jusqu'au repaire de Nobunaga. Son arme principale est un naginata, lance munie d'une longue lame incurvée. Au loin, les derniers rayons du soleil rosissent encore le ciel.
Le triomphe d'Akechi Mitsuhide sera de courte durée: deux semaines plus tard, il sera défait par Hideyoshi et tué par des brigands. Quant aux deux Saito, ils prendront la fuite, mais seront promptement capturés (la suite de leurs péripéties apparaît plus loin dans la série). Le père sera mis à mort, et Toshimitsu se fera moine.
Bien que le point de vue très bas suggère l'effet d'un cliché, la composition ne doit probablement rien à la photographie. La référence est plutôt à chercher au sein même de la tradition de l'ukiyo-e: Yoshitoshi semble faire une fine allusion aux figures et paysages de Hiroshige, parfois vus depuis la croupe d'un cheval. Yoshitoshi lui-même savait surprendre par ses compositions: en témoigne une estampe de jeunesse où le bord gauche coupe l'essentiel d'une figure. L'ukiyo-e du milieu du xıxe siècle était bien plus audacieux dans ce domaine que la photographie japonaise de la fin du siècle, avec ses mises en scène destinées à singer la peinture. De nombreux photographes du tournant du siècle, tels Alfred Stieglitz et son groupe Photo-Secession, revendiquèrent l'influence de l'estampe japonaise sur leur manière de « voir» le monde."
In : CENT ASPECTS DE LA LUNE, John STEVENSON, 2018, Editions Citadelles et MAZENOD
La suite des « Cent aspects de la lune », inspirée de récits historiques ou légendaires de la Chine et du Japon, est la plus célèbre série de Yoshitoshi commencée en 1885 et terminée juste avant sa mort en 1892. A l'époque déjà, chaque nouvelle estampe publiée était un événement, les tirages s’épuisant bien souvent dès le matin de leur parution.
Epoque : 19ème siècle
Style : Art d'Asie
Etat : Bon état
Matière : Papier
Largeur : 250 mm
Hauteur : 370 mm
Référence (ID) : 1670586
Disponibilité : En stock



























