NICOLAS LE SUEUR & PAUL PONCE ANTOINE ROBERT-DE-SERI, L’ASSOMPTION DE LA VIERGE
L’ASSOMPTION DE LA VIERGE
(d’après la Collection Crozat)**
France, v. 1729–1740
Aquatinte et eau-forte imprimées en brun et vert, imitant une gravure en clair-obscur
Feuille : 25 × 22,5 cm / 9,8 × 8,8 pouces
avec passe-partout : 38 × 35 cm / 15 × 13,8 pouces
Marge inférieure coupée ; très bon état de conservation pour l’époque.
PROVENANCE
– Collection privée, France
Cette estampe subtile et atmosphérique, exécutée dans une combinaison précoce et techniquement ambitieuse d’aquatinte et d’eau-forte destinée à imiter les effets d’une gravure en clair-obscur, appartient à la célèbre série commandée par le collectionneur et banquier Pierre Crozat entre 1729 et 1742. Bien que la marge inférieure de cet exemplaire ait été coupée — supprimant les inscriptions originales — la composition correspond à une planche bien documentée du Recueil d’estampes d’après les plus beaux tableaux et d’après les plus beaux desseins qui sont en France, vaste entreprise visant à reproduire les plus belles œuvres conservées dans les collections royales, au Palais-Royal et dans le cabinet de Crozat lui-même.
La technique évoque délibérément la grande tradition renaissante et baroque du clair-obscur, formulée pour la première fois à Venise au début du XVIᵉ siècle. Mise au point par Ugo da Carpi, puis perfectionnée par Andrea Andreani, Antonio da Trento, Domenico Beccafumi et Antonio Maria Zanetti, elle consistait à imprimer plusieurs blocs de bois dans différentes tonalités afin d’obtenir des feuilles qui semblaient « peintes au pinceau », selon les mots de da Carpi. L’objectif n’était pas seulement de rendre les jeux de lumière et d’ombre, mais aussi d’imiter les lavis et les couleurs locales du dessin vénitien.
Aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, le terme clair-obscur s’élargit pour englober une grande variété d’estampes imprimées à plusieurs planches ou plusieurs bois. La France adopta et transforma particulièrement cette technique, l’intégrant dans une culture graphique de plus en plus raffinée. Les graveurs français furent fascinés par la possibilité de reproduire les dessins au lavis, et la tradition du clair-obscur devint l’un des fondements essentiels du développement de l’aquatinte — le nouveau procédé utilisé ici.
C’est précisément cette intersection féconde entre tradition et innovation qui attira Pierre Crozat, l’un des mécènes les plus lucides de la France du début du XVIIIᵉ siècle. Son ambitieux Recueil fut confié aux meilleurs graveurs du moment, parmi lesquels Nicolas Le Sueur et Paul Ponce Antoine Robert-de-Séri, qui adaptaient leurs procédés en fonction des œuvres originales à reproduire. On employait la gravure au burin pour les peintures, l’eau-forte pour les dessins au trait, et, pour les dessins au lavis, une combinaison d’eau-forte et de passages successifs de teintes imprimées.
Lors de la seconde édition (1763), nombre de bois gravés en couleurs furent remplacés par des aquatintes — technique toute récente — précisément parce qu’elle offrait une imitation plus subtile et plus fluide du lavis. L’estampe présentée ici se situe donc à un moment historique où la tradition vénitienne du clair-obscur rejoint la nouvelle gravure tonale française.
Le sujet, l’Assomption de la Vierge, est repris d’un dessin du peintre romain Giuseppe Passeri (1654–1714), figure marquante du Baroque romain tardif. L’ascension tourbillonnante de la Vierge portée par les anges, baignée d’une lumière radieuse, est rendue ici avec une grâce exceptionnelle. L’association de la ligne gravée et de l’aquatinte colorée crée une surface lumineuse et picturale — l’un des traits distinctifs des planches les plus ambitieuses du Recueil Crozat.
Bien que l’inscription originale — mentionnant Passeri, Robert-de-Séri et Le Sueur — ait disparu sur cet exemplaire, la composition est parfaitement identifiable grâce aux tirages non rognés conservés dans les collections publiques. La perte de la marge inférieure ne diminue en rien la valeur artistique de cette feuille ; au contraire, la netteté de l’impression et la conservation remarquable des passages tonals en font un bel exemple de la gravure française en couleurs du XVIIIᵉ siècle.
Cet exemplaire demeure ainsi un témoin significatif d’un moment crucial de l’histoire de l’estampe européenne : celui où la tradition vénitienne du clair-obscur, la technique naissante de l’aquatinte et l’ambition intellectuelle de Pierre Crozat ont convergé pour produire certaines des estampes en couleurs les plus raffinées et expérimentales du XVIIIᵉ siècle.
Epoque : 18ème siècle
Style : Louis XIV - Régence
Etat : Bon état
Matière : Papier
Longueur : 35 cm
Hauteur : 38 cm
Référence (ID) : 1663936
Disponibilité : En stock































