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JEAN-BAPTISTE LE PRINCE, LES TROIS BAIGNEUSES

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Description de l’antiquite :

"JEAN-BAPTISTE LE PRINCE, LES TROIS BAIGNEUSES"
JEAN-BAPTISTE LE PRINCE
LES TROIS BAIGNEUSES

JEAN-BAPTISTE LE PRINCE
Metz 1734 – 1781 Saint-Denis-du-Port

Papier, eau-forte et aquatinte imprimées à l’encre brune, sous verre.
15,5 × 25 cm / 6,1 × 9,8 pouces, avec cadre 32 × 41 cm / 12,6 × 16,1 pouces

PROVENANCE
France, collection particulière

Au milieu du XVIIIᵉ siècle, la France connut une innovation technique majeure qui exerça une influence profonde sur le développement de l’estampe et sur la diffusion de la peinture française. Il s’agit de l’apparition de la technique de l’aquatinte — un procédé complexe, laborieux et risqué pour la santé, qui exigeait de l’artiste non seulement une intense concentration, mais aussi une sensibilité raffinée à la matière. L’aquatinte permit de rendre des gradations tonales et une profondeur picturale inaccessibles à la simple eau-forte linéaire, rapprochant ainsi l’estampe de la peinture et lui conférant une expressivité nouvelle.
L’un des premiers maîtres à employer l’aquatinte fut l’abbé Richard de Saint-Non, qui réalisa en 1766 une série d’aquatintes d’après les œuvres de François Boucher. Ces travaux constituèrent un élan décisif pour la popularisation de la technique et démontrèrent que les peintures de Boucher pouvaient être connues non seulement sous forme de gravures en noir et blanc, mais aussi acquérir en aquatinte une profondeur picturale et émotionnelle particulière.
L’aquatinte de notre collection est attribuée à Jean-Baptiste Le Prince (1734–1781), peintre, dessinateur et graveur français associé au style rococo. Né à Metz, Le Prince s’installa à Paris en 1750, où il s’imposa rapidement grâce à ses scènes de genre et compositions pastorales, marquées par l’influence de ses maîtres François Boucher et Joseph-Marie Vien.
En 1758, il accepta l’invitation du comte Chouvalov à travailler en Russie, où il passa cinq années à la toute nouvelle Académie des Beaux-Arts. Durant cette période, Le Prince voyagea abondamment, réalisant des études précises des populations, costumes et coutumes russes. De retour à Paris en 1763, il fut reçu membre à part entière de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1765. Parmi ses œuvres les plus remarquables figurent les séries Le Baptême russe et Le Berceau, ainsi que les cartons pour la tenture des Jeux russes, qui documentent la vie russe du XVIIIᵉ siècle avec une exactitude exceptionnelle.
Le Prince est également reconnu comme le pionnier de la technique du lavis à l’acide, consistant à appliquer l’acide au pinceau afin d’obtenir des dégradés de tons rappelant les lavis à l’aquarelle. Associée à l’aquatinte, cette innovation permit un raffinement inédit dans le rendu des effets de lumière et d’ombre.
L’aquatinte présentée ici est réalisée d’après une peinture de François Boucher, signalée dans la collection du comte de Lauraguais dans les années 1770. Le catalogue de vente de 1772 décrit l’œuvre comme un « paysage avec chaumière, devant la porte de laquelle se tient un homme cherchant à ne pas être vu, observant trois baigneuses dont l’une se penche pour attraper des oies dans l’eau ». Il est vraisemblable que Le Prince eut accès à ce tableau à Paris, ce qui lui permit de réaliser une aquatinte restituant fidèlement les qualités picturales de l’original.
Cette œuvre occupe une place singulière dans la carrière de Le Prince, représentant sa première application sophistiquée de l’aquatinte, qui deviendra plus tard l’un des traits distinctifs de ses estampes consacrées aux sujets russes.
Ainsi, cette aquatinte illustre le haut degré de maîtrise technique et l’esprit d’échange artistique caractéristiques du rococo, époque où tradition et innovation étaient étroitement liées.

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