De proportions harmonieuses et d’une grande sobriété, il illustre l’excellence de l’ébénisterie parisienne sous le règne de Louis XVI.
Fini sur toutes ses faces, il est conçu pour être placé aussi bien le long d’un mur qu’en milieu de pièce, la face arrière étant plaquée d’acajou.
L’architecture est typiquement néoclassique :
pieds fuselés en ressaut à cannelures rudentées, accentuant la rigueur et l’élégance des lignes, montants du cylindre ornés de moulures sculptées à volutes et montants à cannelures verticales, le cylindre rythmé par des alaises en acajou soigneusement assemblées.
La partie supérieure ouvre par trois tiroirs. L’ouverture du cylindre découvre un intérieur, composé de 3 petits tiroirs et casiers, ainsi qu’une grande tirette garnie d’un cuir vert olive, patiné et décoré au petit fer.
Matériaux et placages:
Placage d’acajou de Saint-Domingue de grande qualité : acajou moucheté pour le cylindre, acajou de fil pour les côtés et la façade.
Bâti en chêne hetre et résineux, conformément aux usages des ateliers parisiens.
Sobriété volontaire, l’effet décoratif reposant sur la richesse du bois et la qualité de la finition.
Serrures et bronzes
Toutes les serrures sont d’époque :
canon triangle pour les tiroirs,
canon trèfle pour le cylindre, raffinement réservé aux meubles de grande qualité.
Les clés actuellement présentes sont postérieures. Les bronzes se limitent à des entrées de serrures : certaines d’origine, d’autres remplacées par des bronzes d’époque Louis XVI, soigneusement choisis pour leur cohérence stylistique.
État et restauration:
Restauration soignée avec reprises ponctuelles de fentes et greffes de placage.
Vernis au tampon, restituant profondeur et brillance.
Cuir de mouton remplacé, patiné et doré au petit fer.
Meuble en très bel état, séduisant par son équilibre et sa présence.
Dimensions:
Hauteur totale : 116 cm
Hauteur au niveau de la tirette : 72,5 cm
Hauteur de passage sous la tirette : 70 cm
Largeur : 127 cm
Profondeur : 60 cm
Profondeur de la tirette : 49 cm
Contexte historique:
Jean-Jacques Manser, né en 1727 à Ribeauvillé et actif à Paris jusqu’à sa mort vers 1780, appartenait au cercle des grands ébénistes parisiens. Établi rue du Faubourg-Saint-Antoine, il épousa la sœur de l’ébéniste Charles Topino, créant un lien direct avec l’une des dynasties majeures de l’ébénisterie du XVIIIe siècle.
Ses œuvres, souvent plaquées d’acajou, de bois de rose ou ornées de vernis, s’inscrivent dans la tradition des meubles de luxe destinés à une clientèle aristocratique et royale.
Plusieurs pièces fournies à la Couronne par l’intermédiaire du marchand Joubert sont documentées. On retrouve également son estamoille apposée au côté de confrères tel que Pierre Denizot et Denis Genty.
La Jurande des Maîtres Ébénistes (JME).
La présence du poinçon JME renforce le prestige de ce bureau.
La Jurande des Maîtres Ébénistes, instituée en 1743, garantissait la qualité des meubles parisiens en apposant ce poinçon sur les pièces contrôlées.
Ce marquage officialisait la conformité de l’œuvre aux règles de la corporation et assurait son authenticité.
Associé à l’estampille du maître, il constituait une double garantie de provenance et de qualité.
Ainsi, l’association de l’estampille de Manser et du poinçon JME situe ce bureau dans la stricte tradition des meubles parisiens validés par la corporation, témoignant de son niveau d’exécution, cela permet également de dater le meuble sous le règne de Louis XVI.
Conclusion:
Ce bureau à cylindre en acajou de Saint-Domingue, estampillé J. Manser et JME, représente un exemple raffiné de l’ébénisterie parisienne Louis XVI. Son architecture néoclassique aux pieds rudentés, ses serrures sophistiquées, son acajou moucheté et sa finition soignée en font une pièce aussi séduisante qu’historique. Il illustre pleinement ce que Pierre Kjellberg définit comme les productions les plus typiques du style Louis XVI : des meubles sobres, élégants, d’une qualité irréprochable, destinés à l’élite de leur temps.




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