Charles de la Fosse (1636-1716) le triomphe de la couleur

Presque oublié ces deux derniers siècles, le peintre Charles de La Fosse (1636-1716) est pourtant le grand introducteur des idées nouvelles sous le règne de Louis XIV. Son œuvre témoigne de l’évolution de la création artistique, de Charles Le Brun, dont il fut l’élève, à celle d’Antoine Watteau qui fut un ami proche.

Formé en Italie, Charles de La Fosse embrasse la carrière académique à son retour en France, avec L’enlèvement de Proserpine, son morceau de réception (1673) et devient Recteur de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1702. Ami de Roger de Piles, il est l’un des tenants du colorisme mêlant à la leçon des Vénitiens celle des Flamands.

Plafond du salon d'Apollon © château de Versailles, C. Fouin
Plafond du salon d’Apollon
© château de Versailles, C. Fouin

Auprès de son maître Charles Le Brun, le peintre participe aux grands décors historiques des Tuileries et du château de Versailles. Il se rend ensuite en Angleterre à la demande de Lord Montagu (ancien Ambassadeur d’Angleterre auprès de la cour de France). Rappelé à Paris par Jules Hardouin-Mansart à la mort de Le Brun en 1690, il se voit confier plusieurs des grandes commandes royales et privées. Il est le seul peintre de sa génération à avoir participé à tous les chantiers de peinture de Louis XIV.

En peignant la galerie de l’hôtel particulier du financier Pierre Crozat, il côtoie une nouvelle génération d’artistes. L’œuvre de La Fosse est aussi remarquable par les nombreux dessins exécutés par l’artiste, notamment ceux à la technique des trois crayons (pierre noire, sanguine, rehauts de blanc), héritée de Rubens, et repris à son compte par Antoine Watteau.

Le parcours de l’exposition souligne les différentes facettes du talent de l’artiste qui, puisant ses racines chez les maîtres de l’Académie (Poussin et Le Brun), sait se renouveler au contact de la peinture vénitienne et flamande pour créer une peinture séduisante et légère, aux coloris chatoyants. Favorisant la couleur plutôt que le trait, La Fosse se place comme novateur et précurseur du XVIIIe siècle.

Salon de Diane © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / H. Bréjat
Salon de Diane
© RMN-Grand Palais (Château de
Versailles) / H. Bréjat

Cette première exposition monographique consacrée à ce peintre essentiel du règne de Louis XIV rend hommage à l’un des créateurs majeurs du décor du château de Versailles qui œuvra aux salons de Diane et d’Apollon, au Grand Trianon et à la Chapelle royale. Elle est l’occasion de mettre en valeur ses grandes compositions, en particulier le plafond d’Apollon, restauré en 2014. Elle présente une quarantaine de peintures et une trentaine de dessins provenant des collections françaises et étrangères, publiques et privées.

Parcours de l’exposition

Salle A

Les commandes pour les Maisons royales : Versailles, Trianon, Marly et Meudon Tout au long de sa carrière, le peintre participe aux commandes royales, en concurrence avec les autres artistes importants de sa génération. Mais il sait s’entourer de puissants protecteurs comme le peintre Charles Le Brun ou l’architecte et surintendant des bâtiments du Roi, Jules Hardouin-Mansart. Du palais des Tuileries (détruit), au Grand Appartement du Roi et à la chapelle royale de Versailles, en passant par le dôme de l’eglise royale des Invalides, il montre une totale maîtrise du grand décor. Il développe également, dans la deuxième partie de sa carrière, un style plus gracieux et galant, à Versailles même, dans le Petit Appartement du Roi, mais surtout dans les Maisons royales, résidences de plaisance.

Loin du cérémonial de Versailles, les petits palais enchanteurs de Trianon et de Marly (détruit) reçoivent un décor de tableaux en dessus-de-porte, en dessus de cheminée et sur les murs – et non plus des plafonds peints. Ainsi, à Trianon, La Fosse exécute en 1688 trois œuvres magistrales pour le cabinet du Couchant, sur le thème d’Apollon (le Soleil) et Diane (la Lune). Pour le fils du Roi, Louis de France, dit le Grand Dauphin, il réalise un Triomphe de Bacchus, exubérant et exotique. Ces œuvres annoncent les développements aimables du XVIIIe siècle. Apollon et Thétys Huile sur toile 1688 Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon Puisant son inspiration dans Les Métamorphoses d’Ovide, l’artiste représente Téthys recevant le dieu-Soleil au terme de son voyage céleste. L’allusion politique ici est claire. Les fleurs de lys parsemant la robe de Téthys renvoient à la monarchie française et le dieu Apollon, au Roi-Soleil

Charles de La Fosse Trois génies Terre noire, sanguine et rehauts de craie blanche sur papier beige Dijon, musée des beaux-arts © RMN-Grand Palais / M Bellot
Charles de La Fosse
Trois génies
Terre noire, sanguine et rehauts de craie blanche sur
papier beige
Dijon, musée des beaux-arts
© RMN-Grand Palais / M Bellot

Salle B

Charles de La Fosse, dessinateur à l’instar de ses maîtres, le graveur François Chauveau et le futur Premier Peintre du Roi Charles Le Brun, l’artiste a beaucoup dessiné. On recense aujourd’hui trois cents feuilles, sur un ensemble qui devait dépasser mille cinq cents numéros. Ces dessins, qui « sont pleins de couleur et font autant d’effet que ses tableaux » (Dezallier d’Argenville, 1762), furent appréciés dès le XVIIIe siècle et suscitent actuellement un véritable engouement. La Fosse y privilégie souvent la recherche de l’effet sur la correction des formes.

Ses outils favoris sont la pierre noire et la sanguine, auxquelles il ajoute ponctuellement la craie blanche, à l’exemple de Rubens. Il se sert des trois couleurs pour placer la lumière sur les figures et leur donner une tridimensionnalité dans l’espace. L’artiste est à ce titre le maître des coloristes. Il privilégie la couleur sur le trait. Charles de La Fosse donne aux trois crayons des fonctions nettement différenciées, ou inscrit ses ajouts chromatiques, de pastel, de gouache ou d’aquarelle, à l’intérieur d’un contour omniprésent, laissé apparent. À la fin de sa vie, il tend à abandonner le cerne rond et continu en faveur d’un tracé plus accidenté. Dans les dessins aux trois crayons, il se plaît souvent à mêler le rouge et le noir de façon si inextricable que l’œil peine à distinguer les différentes phases du dessin. À l’effet de ligne se substitue alors un effet de vibration lumineuse.

Charles de La Fosse Le lever du soleil Huile sur toile Rouen, musée des Beaux-Arts. © Musées de la ville de Rouen
Charles de La Fosse
Le lever du soleil
Huile sur toile
Rouen, musée des Beaux-Arts.
© Musées de la ville de Rouen

Salle C

Charles de La Fosse et la tradition académique Créée en 1648, l’Académie royale de peinture et de sculpture se prévaut dans les années 1660- 1670, d’un classicisme incarné par Nicolas Poussin et par Charles Le Brun, Premier Peintre du Roi. C’est donc sous l’apprentissage de Le Brun, puis au sein de son équipe, que La Fosse exécute ses premiers tableaux, dont le style reflète la sévère rigueur du Grand Siècle. Le Mariage de la Vierge, peint vers 1666-1668 pour la chapelle des Mariages (détruite) de l’église Saint-Eustache à Paris, atteste de ce respect de la tradition classique française. Le canon sculptural des personnages mis en scène dans une composition structurée et imposante en est une remarquable illustration.

Autre source d’inspiration, les grands maîtres italiens du XVIe siècle : Raphaël et Corrège. Ainsi, la belle et lumineuse esquisse, Dieu le Père et les symboles des Évangélistes, s’inspire de La Vision d’Ézéchiel de Raphaël. Le peintre se réfère également aux modèles italiens du XVIIe siècle. Comme morceau de réception à l’Académie, La Fosse présente un Enlèvement de Proserpine, témoin de sa dette à l’égard de l’Albane, peintre bolonais fort admiré de Louis XIV.

Charles de La Fosse Portrait équestre d'Armand-Jean de Vignerod du Plessis, Duc de Richelieu Huile sur toile (c) musée des Beaux-Arts, G Dufresnes
Charles de La Fosse
Portrait équestre d’Armand-Jean de Vignerod du Plessis, Duc
de Richelieu
Huile sur toile
(c) musée des Beaux-Arts,
G Dufresnes

Salle D

Le triomphe de la couleur. Aux sources vénitiennes et flamandes Charles de La Fosse est assurément un peintre coloriste par sa maîtrise des effets lumineux, par son goût des couleurs fondues et dégradées, par l’emploi subtil d’effets moirés. Il l’est aussi par les maîtres qu’il choisit pour modèles : les italiens d’abord, Corrège, Titien, Véronèse. Lors de son voyage de formation en Italie (1659-1664), il se démarque de ses contemporains en séjournant trois ans à Venise où il a le loisir d’admirer les œuvres des grands artistes du XVIe siècle.

Leur palette chaude, la richesse de leur matière picturale et la recherche des effets de lumière le séduisent. À son retour à Paris, La Fosse découvre les Flamands Antoon Van Dyck et l’immense personnalité de Pierre-Paul Rubens dans la collection du duc de Richelieu rassemblant une vingtaine de ses plus beaux tableaux. Dans le portrait du duc, plein de fougue et de panache, La Fosse s’autorise à rivaliser avec Rubens. Son insatiable curiosité pour les plus grands peintres vénitiens et flamands inspire son œuvre jusqu’à la fin au point de se faire le chantre d’un véritable courant rubénien et de devenir le chef de file des coloristes.

Charles de La Fosse Le Christ au désert servi par les anges Huile sur toile. © The State Hermitage Museum, Yuri MolodKovets
Charles de La Fosse
Le Christ au désert servi par les anges
Huile sur toile.
© The State Hermitage Museum,
Yuri MolodKovets

Salle E

Le triomphe de la couleur. La « Querelle du coloris » L’Académie royale de peinture et de sculpture, lieu de formation, est aussi un lieu de débats. C’est dans ce cadre qu’éclate aux débuts des années 1670 la querelle du coloris. Deux approches de la peinture s’affrontent, les défenseurs du dessin – de la ligne et des contours bien définis – et les partisans de la couleur – de la touche, de la vivacité des effets et de l’impétuosité du pinceau. D’un côté, des artistes comme Philippe de Champaigne ou Charles Le Brun pour qui la maîtrise du dessin est le fondement de l’art. De l’autre, le parti des « coloristes » représenté par Gabriel Blanchard ou le théoricien Roger de Piles pour qui le critère fondamental dans l’appréciation des œuvres réside dans la justesse de l’usage des couleurs. Les uns voient dans le dessin l’élément permettant de s’adresser à l’esprit du spectateur et de dépasser le champ du sensible, tandis que les autres entendent flatter les sens par le recours à la couleur.

Salle F

Les commandes pour la Cour et pour l’Église La Fosse est très sollicité, tant par la Cour que par la Ville. Il bénéficie du soutien de prestigieux mécènes qui désirent orner leurs hôtels parisiens de ses toiles. Ainsi, il est appelé par Louvois, ministre de la Guerre de Louis XIV, pour décorer un plafond sur le thème de Pandore dans son château de Meudon (détruit par le propriétaire suivant, le Grand Dauphin). Une de ses grandes admiratrices, la duchesse de Montpensier, dite La Grande Mademoiselle, cousine germaine de Louis XIV, le fait travailler en son Palais du Luxembourg à Paris et dans son château de Choisy. Une idée précise du décor de la chapelle est donnée dans l’exposition par le rapprochement de plusieurs éléments du décor dispersés en 1792. La notoriété du peintre le conduit à Toulouse où il peint l’une de ses compositions religieuses les plus marquantes, La Présentation de la Vierge au Temple, véritable hommage au Titien. L’œuvre faisait partie d’un ambitieux cycle de vingt-deux tableaux de grande taille relatifs à la Vierge et commandés pour la chapelle du Mont-Carmel par Gabriel Vendages de Malapeire, conseiller du roi et magistrat

Charles de La Fosse Vénus demande les armes à Vulcain pour Enée Huile sur toile Nantes, musée des Beaux-Arts. © D.R.
Charles de La Fosse
Vénus demande les armes à Vulcain pour Enée
Huile sur toile
Nantes, musée des Beaux-Arts.
© D.R.

Salle G

Un précurseur du XVIIIe siècle Au tournant du siècle, Charles de La Fosse est toujours aussi à l’aise dans le grand décor que dans les œuvres de format plus modeste. Dans ses grandes compositions religieuses, il donne libre cours à son penchant pour un coloris clair et pastel et pour les cieux éclatants de lumière. La Consécration de la Vierge du musée du Havre et l’ensemble des esquisses pour le dôme des Invalides en témoignent ; on y pressent les gloires célestes du XVIIIe siècle. Dans ses tableaux intimes, destinés à des amateurs privés, le peintre rend hommage à la grâce féminine, célèbre les chairs et les étoffes soyeuses, et manifeste une sensualité empruntée aux Vénitiens et aux Flamands.

La mythologie est le terrain privilégié à des représentations galantes, légères et sensuelles comme Vénus offrant des armes à Enée. Ainsi, La Fosse offre l’un des plus beaux préludes à toute une lignée d’artistes de François Lemoyne à François Boucher, sensibles aux beautés nacrées et porteurs d’un esprit insouciant. Les paysages chaleureux enveloppent les figures de Renaud et d’Armide ou celle d’Europe dans les deux peintures pour Lord Montagu. Cette nature irréelle et foisonnante n’est pas sans influencer les paysages poétiques de Watteau.

Jean-Antoine WATTEAU Cérès ou L'Allégorie de l'Eté Huile sur toile © National Gallery, Washington
Jean-Antoine WATTEAU
Cérès ou L’Allégorie de l’Eté
Huile sur toile
© National Gallery, Washington

Salle G

La Fosse, Watteau et Crozat La dernière partie de la vie de Charles de La Fosse est indissociable de celle du financier et collectionneur Pierre Crozat. Le peintre vit six ans dans son hôtel particulier parisien dont il décore la célèbre galerie sur le thème de l’Apothéose de Minerve. Le jeune Antoine Watteau réside également deux années chez Crozat et cohabite de ce fait avec son aîné qui lui permet d’intégrer l’Académie royale de peinture et de sculpture. Le décor de la salle à manger de Pierre Crozat sur le thème des Quatre saisons pose la question de la part respective de La Fosse et de Watteau dans la commande. Dès le XVIIIe siècle, le « Dessein » (au sens de projet et de dessin) est attribué à La Fosse et l’exécution de la peinture à Watteau.

Les connaissances actuelles permettent d’affirmer que La Fosse est chargé, jusqu’à sa mort en décembre 1716, de ce prestigieux décor pour lequel il exécute deux dessins préparatoires sur le thème du Printemps. Watteau reprend alors le chantier et peint les Quatre Saisons en 1717-1718. Pour la première fois, les œuvres qui subsistent en rapport avec les Quatre Saisons exposées à l’hôtel de Crozat sont présentées ensemble : le dessin préparatoire de La Fosse, Flore et Zéphyr pour le Printemps, la gravure éponyme d’après Watteau et le tableau de Watteau, Cérès ou l’Eté. (Washington, National Gallery).

Salon des Malachites Grand Trianon ©RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / H. Bréjat
Salon des Malachites
Grand Trianon
©RMN-Grand Palais (Château de
Versailles) / H. Bréjat

Partie II — L’exposition parcours charles de la fosse dans les décors de versailles et de trianon

L’Œuvre de Charles de la fosse À Versailles Charles de La Fosse est un des peintres de Louis XIV dont la carrière se déroule principalement au service du roi. Il bénéficie de bons appuis, celui du Premier Peintre du Roi, Charles Le Brun, puis celui du surintendant des Bâtiments du roi, Jules Hardouin-Mansart, qui le conduisent à œuvrer, à Versailles, aux décors du Grand Appartement du Roi, ainsi que de Trianon pour finir par l’une des deux grandes commandes de la fin du règne du Roi Soleil : la Chapelle royale. La Fosse a façonné son style à Versailles : dès le salon d’Apollon, il utilise une lumière dorée qui irradie ses compositions, s’autorise les associations de couleurs osées, casse ses plissés, conçoit ses cadrages particuliers avec des figures coupées sur les côtés et rend hommage à la grâce féminine.

Dans les plafonds comme dans les peintures de chevalet, il a apporté un surcroit de variété en s’inspirant de styles divers : il se souvient de la somptuosité des brocarts de Véronèse, des carnations et des blancs-lumière de Titien combinés au rythme des dispositifs de Rubens, sans oublier la belle leçon de dessin de Le Brun. Il s’est aussi mesuré avec succès à l’art du décor, sachant donner au langage savant de Versailles une légèreté et une ambiance colorée. Enfin, il y a livré certains de ses chefs-d’œuvre, Le Sacrifice d’Iphigénie, Moïse sauvé des eaux, Clytie changée en tournesol jusqu’à sa dernière œuvre pour Versailles, le décor de la Chapelle royale à la fois synthèse des expériences passées et promesse pour le XVIIIe siècle.

L’exposition est organisée en collaboration avec le musée des Beaux-Arts de Nantes, qui présente une exposition Charles de La Fosse, Les amours des dieux du 20 juin au 20 septembre 2015 dans la chapelle de l’Oratoire.

En savoir Plus:

24 Février – 24 mai 2015,

appartement de madame de maintenon, Château Versailles

http://www.chateauversailles.fr/