Vers 1600, Italie du Nord ? Cabinet de voyage pastiglia à l'imitation de cuirs de Cordou
HAUTE EPOQUE
Cabinet de changeur ou de collectionneur,
Italie du Nord / Lombardie ?
Début du XVIIe s
Bois (noyer ?) noirci, recouvert de riches panneaux de Pastiglia à l’imitation des cuirs « de CORDOU ».
Cycle mythologique d’Apollon
Le meuble d’apparat est doté d’une façade asymétrique avec 3 rangées de tiroirs : 2 plus petits, carrés, encadrant un long tiroir central en haut été en bas, et 3 tiroirs similaires pour le registre médian. Les tiroirs comportent de profondes entrées de serrure à découpe géométrique, Le meuble est encore renforcé à tous ses coins d’angles en fer forgé noirci.
Les façades des tiroirs sont décorées de foisonnants rinceaux, de volutes végétales et de motifs feuillagés continus en relief, typiques de la Renaissance
La technique de Pastiglia imite ici avec virtuosité les effets du cuir gaufré de Cordoue, ses parties argentées et/ou polychromes, mais aussi ses reliefs.
La pastiglia est un matériau composite fragile formant une pâte blanche fine, pouvant être argentée ou dorée et/ou peinte, à base de gypse, de craie ou de poudre de marbre mélangé à de la colle animale (colle de peau) et parfois d'huile). Le relief n'est ici pas sculpté directement dans la masse du bois, mais moulé ou appliqué en pastiglia. Cette technique d'origine italienne permettait de créer de riches ornements en relief.
L’effet cuir de Cordoue : La surface de la pastiglia a été teintée ou patinée de façon à reproduire fidèlement l'aspect texturé, bosselé et sombre des décors typiques en cuir repoussé et argenté.
L'effet de matière : On distingue très nettement ici comment la pastiglia a été modelée pour donner ce relief "méplat" typique, rehaussé d'une patine sombre et de traces de cire ou d’argenture ancienne pour créer l'illusion parfaite du cuir repoussé.
Les scènes historiées présentes sur le plateau supérieur de ce cabinet et sur ses côtés sont inspirées de la mythologie gréco-romaine, un répertoire iconographique classique très prisé en Italie au XVIIe siècle pour l'ornementation des coffrets et cabinets précieux .
Ces deux panneaux en pastiglia du dessus (chacun 22,5 x 12,5cm) forment en effet un véritable cycle narratif continu centré sur un épisode précis des Métamorphoses d'Ovide (Livre XI) : le concours musical entre Apollon et Pan (1), et le Jugement de Midas (2).
1. Le concours de musique entre Apollon et Pan.
L'iconographie figure de gauche à droite le célèbre défi musical arbitré par le dieu-montagne Tmolos, en présence du jury et du public divin.
* À l'extrême droite, la figure debout de profil qui joue d'un instrument à vent (une flûte de Pan ou syrinx) est le dieu Pan.
* Au centre droit, les figures assises et attentives forment l'assemblée pastorale et les nymphes de la montagne qui écoutent la prestation.
* Au centre gauche (debout), le personnage couronné tenant sa lyre (ici une lyre à bras ou une viole, anachronisme fréquent au XVIIe siècle) est Apollon. Il attend son tour ou commence à jouer, sûr de sa supériorité.
* À l'extrême gauche, la figure agenouillée et une silhouette vêtue d'une toge représentent le public humain et les rois venus assister au duel.
2. Le Jugement de Midas
Ce second panneau montre l'issue dramatique du concours et la sentence d'Apollon.
* au centre le Roi Midas est assis ou agenouillé au sol. Il vient de commettre l'affront de déclarer Pan vainqueur, contredisant le dieu Tmolos qui avait choisi Apollon.
* À gauche, debout, une majestueuse figure féminine drapée (probablement une Muse ou une allégorie de la Musique) observe la scène.
* Au centre droit (debout près de l'arbre), Apollon, furieux de l'incompétence musicale de Midas, s'approche de lui. Dans le récit d'Ovide, Apollon déclare que des oreilles si stupides ne peuvent conserver une forme humaine : il condamne Midas en lui faisant pousser des oreilles d'âne.
https://utpictura18.univ-amu.fr/notice/23854/lightbo
* À droite, les spectateurs et satyres se détournent ou se moquent, tandis que Midas tente déjà de cacher sa tête, une iconographie qui correspond parfaitement aux planches gravées par AntonioTempesta.
Le style du traitement des arbres (les feuillages stylisés en petites boules) et le drapé lourd des silhouettes confirment une production italienne de la première moitié du XVIIe siècle, exécutée par un atelier maîtrisant l'art des cabinets de curiosités.
3. Les panneaux latéraux (14,5 x12,5cm) confirment la poursuite du cycle iconographique d'Apollon.
L'atelier n'a pas seulement illustré un épisode isolé, mais a conçu un programme complet autour de la suprématie de la musique divine et du châtiment de l'orgueil (l'hybris).
Leur orientation horizontale sur les côtés du meuble est un choix technique particulièrement révélateur des pratiques de fabrication des ébénistes italiens de l’époque. Ces deux panneaux forment un diptyque indissociable illustrant l'autre grand défi musical d'Apollon (Livre VI des Métamorphoses): Le mythe du satyre Marsyas.
A. Le panneau de gauche représente le défi de Marsyas ; il saisit le moment qui précède le drame.
* Au centre, le satyre Marsyas (reconnaissable à sa nudité sauvage, ses jambes légèrement poilues et sa posture dynamique) défie ouvertement le dieu de la musique en jouant de l'aulos (la flûte double inventée puis jetée par Athéna).
* Sur les côtés, une nymphe ou une Muse assiste à la scène sur la droite (position assise), tandis qu'à gauche se dresse une figure protectrice de la nature sous un grand arbre.
* La poignée en bronze vient se fixer directement à l'emplacement où se trouve habituellement l'arbre central de la composition gravée par Antonio Tempesta (Planche 58 de sa série de 1606).
B. Le panneau de droite figure le supplice de Marsyas (L'écorchement)
Ayant perdu le concours contre la lyre d'Apollon, Marsyas subit la terrible sentence du dieu.
* À gauche, La figure majestueuse d'Apollon, couronne de laurier sur la tête et drapé classique au vent, s'avance d'un pas ferme.
* À droite, le corps supplicié de Marsyas est lié par les mains aux branches d'un arbre. Le relief en pastiglia montre le dieu s'apprêtant à l'écorcher vif. La tension dramatique des corps est parfaitement restituée malgré le méplat de la pâte.
L' agencement horizontal de ces reliefs sur les côtés du cabinet (qui oblige à tourner la tête pour lire la scène verticalement) s'explique par deux raisons majeures, l'une technique et l'autre narrative : La réutilisation exclusive d'un jeu de moules (matrices) : à cette époque, la fabrication de la pastiglia reposait sur des moules en bois ou en soufre préexistants. Ces moules étaient créés au format standardisé des estampes de l'époque (les cuivres d'Antonio Tempesta étant presque tous des rectangles horizontaux d'environ 10 x 12 cm). Pour décorer les panneaux latéraux de ce cabinet (qui s'avèrent être de parfaits carrés ou des rectangles verticaux), l'artisan n'a pas créé de nouvelles matrices. Il a préféré faire pivoter ses moules horizontaux standards pour remplir l'espace disponible plutôt que de laisser le bois nu.
La poignée fonctionnelle comme axe de lecture :
Les deux poignées en applique en bronze doré ou patiné ornées de têtes d'angelots ont été fixées au centre géométrique exact des panneaux pour permettre le transport du meuble. En plaçant le relief à l'horizontale, l'ébéniste a astucieusement utilisé la poignée pour masquer le raccord central de la scène (l'arbre du supplice ou du défi), tout en préservant la lisibilité des personnages à gauche et à droite du fermoir. Cette "curiosité" de montage est une signature de l'artisanat du XVIIe siècle : elle montre un meuble pensé d'abord pour sa façade et son dessus (lus de face), où les côtés font office de luxueux compléments narratifs adaptés aux contraintes de l'atelier.
Etat :
Très bon pour les panneaux en pastiglia du dessus et de la façade et des côtés. Les lacunes de pastiglia sont toutes concentrées sur les bordures du cabinet, entre les et autour des tiroirs et dans les angles du fragile et précieux cabinet.
Dimensions :
70,5cm de long,
x 32cm haut et 29cm de profondeur seulement.
Le cabinet est donc très allongé, peu haut et profond, plutôt dans la typologie de format des burgueno espagnols
Epoque : 17ème siècle
Style : Haute époque-Renaissance-Louis XIII
Etat : Bon état
Longueur : 70,5 cm
Largeur : 29 cm
Hauteur : 32 cm
Référence (ID) : 1840089
Disponibilité : En stock






































