Pierre de Lestrade (1901-1977) Meyssac en Corrèze
Pierre de LESTRADE de CONTI
(Périgueux 1901 – Turenne 1977)
Meyssac en Corrèze
Huile sur toile
H. 75 cm ; L. 53 cm
Signée en bas à droite
Né en 1901, Pierre de Lestrade grandit au sein d’une famille de neuf enfants. Sa famille s’installe rue Romaine, à l’Hôtel de Lestrade de Conti, demeure remarquable qui conserve des vestiges de la citadelle gallo-romaine, classés au titre des Monuments historiques. La propriété aurait appartenu au comte Wlgrin de Taillefer, son arrière-grand-père, passionné d’archéologie et de dessin, dont les travaux ont pu éveiller la curiosité artistique du jeune Pierre. Il fait ses études à l’institution Saint-Joseph, située rue Georges-Pompidou, à Périgueux.
Dès 1923, à seulement 22 ans, Pierre de Lestrade publie un premier album de caricatures consacré aux personnalités périgourdines. En 1929, il réalise également un Album de Noël. Les années 1930 marquent l’âge d’or de la caricature de presse : il séjourne alors à plusieurs reprises à Paris, pour des périodes allant de quelques jours à plusieurs années. Il y travaille comme illustrateur pour des journaux tels que Le Matin et Le Petit Journal, et met son talent au service des comptes rendus de grands procès rédigés par le chroniqueur judiciaire Géo London.
Son œuvre porte l’empreinte de Sem (1863-1934), célèbre caricaturiste et illustrateur périgourdin. Cette filiation artistique transparaît notamment dans la préface des Charges périgourdines, qui témoigne de son attachement à la tradition locale de la caricature.
Mobilisé en 1939 dans un régiment de tirailleurs, Pierre de Lestrade se retrouve en 1940 à Végennes, en Corrèze, où il est accueilli chez Raymond Billard, riche industriel juif ayant fui en zone libre, qui deviendra maire de la commune.
En 1942, il publie Tout Brive, un album de caricatures réalisé au profit des prisonniers de guerre. Quelques années plus tard, il entreprend plusieurs œuvres majeures à Végennes : en 1948, une vaste huile sur toile de plus de cinq mètres, La Fête des moissons, ainsi que la série des Quatre Saisons. En 1950, il réalise vingt portraits à la plume représentant des habitants de la commune. Ces œuvres, reconnues pour leur intérêt artistique et historique, sont inscrites à l’inventaire des Monuments historiques.
Au fil des années, l’artiste parcourt la basse Corrèze, séjournant dans des châteaux et des hôtels où il échange volontiers ses dessins et ses peintures contre le gîte et le couvert. On retrouve ainsi sa trace au restaurant Le Vin Paillé, à Queyssac-les-Vignes, aux Charmilles, à Beaulieu-sur-Dordogne, ou encore au château de Coutinard, à Turenne.
Partout, il croque les figures locales, parmi lesquelles Gabriel Gleize, maire de Queyssac et adversaire politique de Raymond Billard. Son regard, pourtant acéré, ne se fait jamais véritablement cruel : l’humour et la finesse d’observation l’emportent toujours sur la satire blessante.
En 1954, Pierre de Lestrade arrive à l’Hôtel des Voyageurs de Meyssac pour un séjour prévu de quinze jours. Il y restera finalement jusqu’à sa mort, en 1977, soit vingt-trois années durant lesquelles il poursuit inlassablement son travail de caricaturiste.
Son crayon s’attaque aussi bien aux personnalités locales qu’aux grands noms de la vie politique nationale. Auriol, De Gaulle, Pompidou ou Giscard d’Estaing figurent parmi ses sujets, souvent représentés en compagnie de leurs ministres. Ses caricatures saisissent les attitudes, les caractères et les rapports de pouvoir avec une remarquable acuité.
Ceux qui l’ont connu se souviennent de son esprit vif, de son humour et de sa capacité presque instinctive à cerner ses modèles. Il résumait lui-même cette intuition avec malice : « Je suis comme le curé ou le notaire, je vois arriver mon client. »
Jusque dans sa signature, l’artiste cultive l’irrégularité et la fantaisie : Lestrade, DeLestrade, P. de L. ou parfois aucune signature. Il utilise également plusieurs pseudonymes, dont Le Chapelain, clin d’œil à son personnage de moine célibataire, et Lhipo ou Lipo, surnoms autodérisoires inspirés de son apparence physique.
Artiste libre, observateur infatigable et chroniqueur malicieux de son temps, Pierre de Lestrade a su immortaliser, par le dessin et la peinture, les visages, les caractères et les petites histoires de la vie politique et sociale de son époque. Son œuvre constitue aujourd’hui un témoignage précieux sur la société périgourdine et corrézienne du XXᵉ siècle, tout en révélant un dessinateur à la personnalité aussi originale que son trait.
Comme à son habitude, Lestrade réalise cette œuvre avec les moyens du bord. Une toile très légère, clouée au dos d’un cadre constitué de modestes baguettes peintes, et cette même toile, peinte à l’économie. La teinte beige que l’on voit majoritairement est tout simplement celle de la toile utilisée en réserve. Lestrade ajoute juste quelques touches de noirs, de blancs et d’ocres pour réaliser les formes principales et les valeurs créant les ombres et les lumières.
Cette vue de la halle et de la maison à la tour de Meyssac fut un point ce vue quotidien du milieu des années 1950 jusqu’à la fin de sa vie. Des vues de ce village se retrouvent donc couramment dans les familles corréziennes.
Epoque : 20ème siècle
Style : Art moderne
Etat : Parfait état
Matière : Huile sur toile
Longueur : 75 cm hors cadre
Largeur : 53 cm hors cadre
Référence (ID) : 1839795
Disponibilité : En stock

































