Paris 1760, tastevin en argent massif, par Jean-Baptiste Gillet
Tastevin en argent massif
Paris, 1760-1761
Jean-Baptiste Gillet, maître orfèvre
Tastevin en argent massif de forme circulaire, à cuvette unie, profonde et largement ouverte, bordée d’une moulure. Sa silhouette, caractéristique des tasses à vin parisiennes du XVIIIᵉ siècle, est enrichie d’une prise particulièrement remarquable.
Celle-ci est formée d’une grande feuille de vigne, sur laquelle se détache une coquille traitée en fort relief. Cet élément rare,exécuté en argent fondu puis repris à la ciselure, constitue la principale originalité de la pièce. Un anneau placé sous la prise permettait de maintenir fermement le récipient ou de le suspendre.
L’association de la feuille de vigne, directement liée à la destination de l’objet, et de la coquille, empruntée au vocabulaire rocaille, confère à ce tastevin un caractère plus décoratif que celui des modèles parisiens simplement munis d’un anneau, d’un appui-pouce ou d’une coquille isolée.
Désigné dans les textes anciens sous les noms de tasse à vin, tâte-vin, goûte-vin ou, plus tardivement, tastevin, ce petit récipient servait aux vignerons, courtiers et marchands de vin pour prélever une faible quantité de liquide et en apprécier la limpidité, la couleur et les qualités générales. Sa forme peu profonde permettait de faire circuler le vin et de mieux observer sa robe, y compris dans la lumière réduite des caves.[1]
L’argent se prêtait particulièrement bien à cet usage : sa surface claire et réfléchissante facilitait l’examen du vin et le métal ne lui communiquait pas de goût. Sur certains exemplaires, les godrons, cupules et reliefs intérieurs multipliaient encore les jeux de lumière. Les formes des prises variaient selon les régions et les ateliers : coquilles, serpents, anneaux, queues enroulées, feuilles de vigne, pampres ou grappes de raisin.[2]
Le tastevin était également un objet personnel. Beaucoup portent le nom, les initiales, une date ou les armoiries de leur propriétaire. Le présent exemplaire ne comporte, curieusement, aucune inscription patronymique. Cette absence laisse entièrement visible la surface unie de la cuvette et met davantage en valeur le décor sculptural de la prise.
Le bord porte les poinçons parisiens de l’Ancien Régime :
- le poinçon de charge des gros ouvrages d’argent à la lettre A fleuronnée et couronnée, employé à Paris entre 1756 et 1762 ;
- le poinçon de jurande à la lettre V couronnée, insculpé le 12 juillet 1760 et utilisé jusqu’au renouvellement annuel de juillet 1761 ;
- le poinçon de maître, partiellement lisible, de Jean-Baptiste Gillet : une fleur de lys couronnée entre deux grains de remède, les lettres JBG et un agneau pascal.[3]
L’association de ces poinçons permet de dater précisément le tastevin de 1760-1761.
Jean-Baptiste Gillet
Jean-Baptiste Gillet entra en apprentissage le 9 mars 1725, à l’âge de seize ans, chez l’orfèvre parisien Simon Morée. Le 26 juillet 1734, alors établi rue Trop-Va-Qui-Dure, paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, il fit insculper son poinçon de maître, sous la caution de Simon Morée.[4]
Il exerça ensuite dans plusieurs quartiers traditionnellement occupés par les orfèvres parisiens : rue de Gesvres en 1748, pont au Change en 1750 et 1752, quai des Orfèvres à partir de 1757, puis rue de la Calandre et cour du Mai. Il renouvela son poinçon le 18 juillet 1759, en conservant la même composition. Les documents le signalent encore rue d’Enfer, dans l’île de la Cité, puis rue et île Saint-Louis. Il mourut le 16 mars 1786, rue de la Harpe.[4]
Très bel état de conservation. Le tastevin présente les fines rayures, légères irrégularités et quelques petites bosses résultant de son utilisation ancienne, sans altération importante de sa forme. La prise, son décor fondu et ciselé ainsi que l’anneau sont bien conservés.
Références
[1] Metropolitan Museum of Art, New York, notices des tasses à vin françaises provenant notamment de la collection Catherine D. Wentworth.
[2] Domaine du Château de Seneffe, Centre de l’orfèvrerie de la Fédération Wallonie-Bruxelles, notice consacrée au tastevin parisien de François Picard ; Metropolitan Museum of Art, notices des tastevins français des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.
[3] Michèle Bimbenet-Privat et Gabriel de Fontaines, La datation de l’orfèvrerie parisienne sous l’Ancien Régime : poinçons de jurande et poinçons de la Marque, 1507-1792, Paris, Paris-Musées, 1995, notamment nos 427 et 442.
[4] Henry Nocq, Le Poinçon de Paris. Répertoire des maîtres-orfèvres de la juridiction de Paris depuis le Moyen Âge jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, notice « Gillet, Jean-Baptiste », p. 253 et suivantes.
Il pèse 108 grammesEpoque : 18ème siècle
Style : Louis XV - Transition
Etat : Bon état
Matière : Argent massif
Longueur : 12 cm
Diamètre : 9,5 cm
Profondeur : 2,5 cm
Référence (ID) : 1803311
Disponibilité : En stock



































