Paire de cabinets d'angle estampillés J.L. Cosson.
Paire de cabinets d'angle estampillés J.L. Cosson.  -photo-2
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Paire de cabinets d'angle estampillés J.L. Cosson.

Cette remarquable paire de cabinets d'angle estampillée J.L. COSSON et frappée du poinçon de jurande JME trouve son origine dans une paire d'encoignures réalisée à Paris dans les premières années du style Louis XVI, vers 1775. Elle appartient à cette période particulièrement féconde de l'ébénisterie française où les derniers héritages du style Louis XV s'effacent progressivement devant le nouveau goût néoclassique. Les formes conservent encore une certaine souplesse tandis que l'ornementation adopte déjà les principes de rigueur, de symétrie et d'équilibre qui caractériseront pleinement le règne de Louis XVI.

Reçu maître le 4 septembre 1765, Jacques-Laurent Cosson exerce rue de Charonne, à l'enseigne du Grand Monarque. Il appartient à cette génération d'ébénistes qui accompagne l'apparition du goût « à la grecque » aux côtés de Jean-Henri Riesener, Roger Vandercruse dit Lacroix (R.V.L.C.), Martin Carlin, Topino ou Leleu. Son œuvre est appréciée pour la qualité de ses bâtis, la finesse de ses marqueteries et le choix particulièrement soigné de ses matériaux. Plusieurs de ses meubles sont aujourd'hui conservés dans les collections du musée du Louvre ainsi qu'au Victoria & Albert Museum de Londres, témoignant de la place qu'il occupe parmi les meilleurs ateliers parisiens de son époque.

La silhouette de cette paire traduit parfaitement cette période d'évolution stylistique. Les façades et les côtés conservent un léger galbe hérité des dernières productions Louis XV, tandis que l'organisation du décor annonce déjà pleinement le premier style Louis XVI. Les panneaux sont compartimentés avec rigueur, les lignes sont ordonnées et les bronzes accompagnent l'architecture du meuble avec retenue, dans un équilibre caractéristique du mobilier parisien des années 1770.

Les bâtis sont intégralement réalisés en chêne, selon les techniques traditionnelles de la grande ébénisterie parisienne. Ils conservent leurs remarquables plateaux de brèche d'Alep, marbre particulièrement recherché durant la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle. Extraite des carrières provençales, cette brèche aux puissantes tonalités mêlant ocres, rouges, bruns et gris compte parmi les marbres les plus appréciés pour le mobilier de prestige. Son dessin naturel, d'une grande richesse, dialogue ici parfaitement avec la délicatesse de la marqueterie.

L'ensemble des bronzes est d'époque XVIIIᵉ siècle et présente un niveau de qualité remarquable. Les chutes cannelées, rosaces, sabots et poignées témoignent d'une ciselure particulièrement fine, où chaque détail est traité avec précision. Leur dessin est parfaitement représentatif des meilleures productions parisiennes de cette période : les reliefs sont nets, les proportions élégantes et l'ornementation demeure toujours au service de l'architecture du meuble. Loin d'une décoration envahissante, ces bronzes participent à l'équilibre général de la composition et illustrent le raffinement atteint par les grands ateliers parisiens dans les premières années du style Louis XVI.

Le travail de placage est tout aussi remarquable. Les grands panneaux sont revêtus de bois de violette, dont les veinages soutiennent l'architecture du meuble avec élégance. Les réserves sont réalisées en sycomore et enrichies d'une marqueterie de rinceaux, de palmettes et d'arabesques exécutée en houx teinté vert, encadrée de filets noirs et d'une délicate frise en damier. Les chants mêmes de ces réserves sont plaqués de bois teinté vert, détail rarement rencontré qui témoigne d'un niveau de finition exceptionnel jusque dans les parties les plus discrètes.

Les différents motifs sont finement gravés au burin avant que les incisions ne soient remplies d'une pâte rouge, encore largement visible aujourd'hui. Celle-ci souligne les nervures des feuilles, les rinceaux et les principaux éléments du décor, renforçant la lecture de la marqueterie tout en lui apportant une subtile polychromie. Ce procédé, réservé aux réalisations les plus soignées, participe pleinement au raffinement graphique de l'ensemble.

L'étude approfondie des meubles, réalisée lors de leur restauration dans notre atelier, a permis de mieux comprendre leur histoire. Les bâtis conservent les traces d'anciens logements de charnières, soigneusement rebouchés, attestant qu'ils furent initialement conçus comme une paire d'encoignures fermées. Leur configuration actuelle de cabinets d'angle résulte donc d'une transformation ancienne.

Cette évolution s'accompagne d'un remarquable travail d'aménagement intérieur. Les parois sont entièrement doublées d'un placage ancien de satiné, tout comme les planchers, les étagères, les chants des montants et les contreparements des traverses supérieures. Les étagères, réalisées en chêne puis entièrement plaquées de satiné, sont bordées d'une élégante baguette de retenue, elle aussi en satiné, dont les extrémités sont délicatement découpées et fixées par de fines chevilles de bois. Les placages employés présentent encore leur forte épaisseur d'origine et conservent les traces caractéristiques du travail ancien au rabot à dents, indices d'une réalisation appartenant pleinement aux techniques de la fin du XVIIIᵉ ou du tout début du XIXᵉ siècle.

Les deux meubles possèdent chacun une traverse supérieure articulée. L'un d'eux renferme un remarquable ensemble composé de deux petits tiroirs latéraux ainsi que d'un coffret-écritoire amovible. Réalisé en noyer, entièrement plaqué de bois de rose sur toutes ses faces et souligné de filets de buis, ce coffret constitue à lui seul un véritable écritoire de voyage du XVIIIᵉ siècle. Il conserve sa serrure ancienne, un ingénieux tiroir secret ainsi que ses compartiments destinés aux accessoires d'écriture. Entièrement terminé sur toutes ses faces, il apparaît comme un meuble autonome, de très belle qualité, intégré avec intelligence dans cet aménagement. Le second cabinet possède la même traverse articulée mais ouvre simplement sur un compartiment de plus grand volume.

L'existence de cabinets d'angle ouverts est parfaitement documentée dans les productions parisiennes de la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle. Plusieurs grands ébénistes, parmi lesquels Jean-Henri Riesener, Martin Carlin ou encore Roger Vandercruse dit Lacroix, réalisèrent des modèles conçus dès l'origine sous cette forme, destinés à présenter porcelaines, bronzes, objets précieux ou nécessaires d'écriture. La présente paire s'inscrit dans cette tradition tout en conservant les indices matériels de sa conception initiale sous la forme d'encoignures fermées.

Il n'est aujourd'hui pas possible de déterminer avec certitude à quel moment cette transformation fut exécutée. En revanche, la nature des matériaux employés, l'ancienneté des placages de satiné, leur importante épaisseur, les traces d'outils traditionnels conservées ainsi que la remarquable homogénéité de l'ensemble permettent de considérer qu'il s'agit d'une intervention ancienne, très vraisemblablement réalisée à la fin du XVIIIᵉ siècle ou au tout début du XIXᵉ siècle. Loin d'une modification utilitaire, cette transformation relève d'un véritable travail d'ébénisterie exécuté avec un niveau de qualité comparable à celui de la fabrication d'origine.

Cette paire présente ainsi un intérêt tout particulier. Elle réunit d'abord toutes les qualités attendues d'un meuble estampillé Jacques-Laurent Cosson : un bâti de grande qualité, une marqueterie particulièrement raffinée, des essences choisies avec soin, des bronzes de premier ordre et de superbes plateaux de brèche d'Alep. Elle témoigne également de l'évolution du goût et des usages à la charnière des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, lorsqu'un mobilier pouvait être adapté à une nouvelle fonction sans jamais renoncer à l'excellence de son exécution. Loin d'altérer son intérêt, cette transformation ancienne enrichit aujourd'hui l'histoire de cette paire et en fait un témoignage rare de la permanence du savoir-faire des grands ateliers d'ébénisterie parisiens.

Dimensions (chaque meuble)
Hauteur : 92 cm
Largeur : 79 cm
Profondeur des côtés : 54 cm
Profondeur au centre : 44,5 cm
7 500 €

Epoque : 18ème siècle

Style : Louis XVI - Directoire

Etat : Bon état

Matière : Bois marqueterie

Référence (ID) : 1801822

Disponibilité : En stock

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3 grande rue
La Chapelle-sur-Oreuse 89260, France

06 64 02 14 84

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