Vannes 1784, paire de flambeaux en argent massif, famille du Pérenno de Penvern, Persquen
Importante paire de flambeaux en argent massif réalisée à Vannes en 1784 par Joseph-Pierre-Marie Tiret.
Les bases, largement étalées et découpées en contours chantournés, s’élèvent en gradins successifs soulignés de moulures concentriques. Elles portent une haute tige composée d’une alternance de renflements, de bagues et de pans verticaux. Le fût central, élancé et légèrement fuselé, est animé de côtes creuses qui accentuent la verticalité de la composition. Il supporte un binet cylindrique également cannelé, bordé à sa partie supérieure d’un contour mouvementé.
Les flambeaux portent les poinçons de Vannes pour 1784, ainsi que le poinçon du maître orfèvre Joseph-Pierre-Marie Tiret. Son poinçon de l’Ancien Régime est formé des initiales J·P / M·T, disposées sur deux lignes et surmontées d’une couronne. Il avait été insculpé à Vannes le 16 novembre 1765.
Joseph-Pierre-Marie Tiret
Né en 1736 et mort en 1820, Joseph-Pierre-Marie Tiret compte parmi les principaux orfèvres vannetais de la fin du XVIIIe siècle. Sa longue carrière, commencée sous l’Ancien Régime, se poursuivit pendant la Révolution, le Consulat et l’Empire. Il travailla ainsi sous plusieurs systèmes successifs de contrôle et de garantie de l’argent.
Son œuvre connue comprend de l’argenterie civile — couverts, cuillers à ragoût, plats et pièces armoriées — ainsi qu’une importante production religieuse conservée dans plusieurs églises du Morbihan. Des croix-reliquaires, ostensoirs, ciboires et éléments de croix de procession témoignent de la place qu’il occupait auprès des paroisses du diocèse de Vannes. Les inventaires du patrimoine signalent notamment son activité à Vannes de 1765 jusqu’à sa mort en 1820.
Parmi ses œuvres civiles les plus remarquables figure une importante paire de légumiers couverts en argent, exécutée à Vannes en 1788 et un magnifique bougeoir à main armorié , vendu 26650 € chez L'Huilier à Paris.
La présente paire de flambeaux constitue cependant une œuvre particulièrement rare dans sa production connue. Par son importance, son caractère parfaitement symétrique et surtout par la présence d’armoiries permettant d’en retrouver les premiers propriétaires, elle forme un témoignage majeur de l’orfèvrerie civile vannetaise à la veille de la Révolution.
Les armoiries d’alliance
Chaque flambeau est gravé des mêmes armoiries d’alliance, réunies dans deux écus accolés sous une couronne et entourés de branches feuillagées.
À dextre figurent les armes de la famille du Pérenno de Penvern :
D’azur à trois poires feuillées d’or, accompagnant une fleur de lys du même.
La gravure permet de reconnaître les trois poires disposées autour de la fleur de lys centrale.
À senestre apparaissent les armes de la famille de La Chapelle, branche de La Villepelote et du Boisbonnier :
D’argent à trois grêliers de sable, posés deux et un.
Les trois grêliers, ou cors de chasse, sont nettement visibles sur l’écu. Ces armes désignent le couple formé par Paul-Romain-Guy du Pérenno de Penvern et Marie-Bonne-Renée de La Chapelle.
Paul-Romain-Guy du Pérenno, né en 1726, appartenait à une ancienne famille de la noblesse militaire bretonne, établie à Penvern depuis la fin du Moyen Âge. Les du Pérenno étaient seigneurs de Penvern et jouissaient à Persquen des droits attachés aux seigneurs fondateurs de la paroisse.
Officier de la Marine royale, Paul-Romain-Guy fut d’abord lieutenant des vaisseaux du roi, puis capitaine de vaisseau. Une partie de sa carrière se déroula à Lorient et à Brest. Après la guerre de Sept Ans, il se retira sur ses terres avec une pension royale.
Il épousa à Vannes, le 4 mai 1761, Marie-Bonne-Renée de La Chapelle, issue de la famille de La Chapelle de La Villepelote et du Boisbonnier.
Les armoiries gravées sur les flambeaux associent donc les armes du mari et celles de son épouse. La date de 1784, plus de vingt ans après leur mariage, laisse penser qu’il ne s’agit pas de présents de noces, mais d’une commande destinée à compléter l’argenterie du château familial. Leur caractère monumental convenait particulièrement aux grandes pièces de réception de Penvern.
Le château de Penvern
Le couple participa directement à l’histoire du château de Penvern, situé à Persquen, dans le Morbihan.
L’édifice actuel fut construit sur l’emplacement d’un manoir plus ancien. Une mention relevée dans les registres paroissiaux rapporte que le château fut achevé en 1771 par François du Pérenno de Penvern, père de Paul-Romain-Guy, avec son fils aîné et Marie-Bonne-Renée de La Chapelle. L’Inventaire général du patrimoine confirme que le bâtiment fut élevé en 1771 pour François du Pérenno et son fils Guy.
Le château présente un plan symétrique et une façade d’une sobre ordonnance classique. Son architecture, parfois rapprochée de celle des ingénieurs militaires travaillant à Lorient, correspond bien à la carrière navale de ses commanditaires. Le domaine comprenait le logis, une chapelle, des communs, des jardins en terrasses, des allées régulières, un étang et un lavoir. Le château actuel fut construit sur les bases d’un établissement seigneurial remontant au moins au XVe siècle, lui-même lié à la présence plus ancienne de la famille à Penvern.
Treize ans après l’achèvement du château, cette paire de flambeaux fut commandée à Joseph-Pierre-Marie Tiret. Elle constitue ainsi un rare élément identifiable de l’argenterie autrefois utilisée à Penvern. La paire pèse 1040 grammes.
Epoque : 18ème siècle
Style : Louis XV - Transition
Etat : Très bon état
Matière : Argent massif
Diamètre : 14 cm
Hauteur : 25,3 cm
Référence (ID) : 1798929
Disponibilité : En stock






































