Marcel Thibault (1898 - 1944) "Souk" - orientaliste - (Tunisie ?)
"Souk sous les arcades"
Huile sur toile, 55,5x45,5cm
Format avec son cadre : 83x73cm
vers 1925 / 1935
Signée en bas à gauche Marcel Thibault et accompagnée d'une inscription en caractères arabes, vraisemblablement une translittération du nom de l'artiste.
Cette remarquable huile sur toile de Marcel Thibault illustre avec éloquence la fascination exercée par l'Afrique du Nord sur les peintres orientalistes français de l'entre-deux-guerres. Loin de rechercher un exotisme spectaculaire, l'artiste privilégie ici une vision profondément humaine, attentive aux rythmes quotidiens d'une médina, où architecture et figures s'unissent dans une même harmonie lumineuse.
La scène prend place sous une succession majestueuse d'arcades en plein cintre, dont la perspective savamment construite conduit naturellement le regard vers les profondeurs du souk. Cette architecture, inspirée des médinas marocaines ou algériennes, constitue bien davantage qu'un simple décor : elle devient l'ossature de la composition, organisant l'espace selon une progression presque musicale où les voûtes successives créent une cadence visuelle d'une grande élégance.
Au centre de la composition chemine un homme drapé dans un ample burnous ivoire, dont la silhouette hiératique constitue le véritable pivot du tableau. La blancheur de son vêtement capte la lumière et contraste avec les tonalités plus soutenues des échoppes environnantes, attirant immédiatement l'œil du spectateur. Son attitude calme et son pas mesuré confèrent à la scène une dimension intemporelle, presque méditative.
Autour de lui, la vie s'écoule avec une discrétion toute orientale. À gauche, un jeune marchand, assis au bord de la rue, présente quelques pâtisseries ou galettes sur un plateau, tandis qu'à l'arrière-plan plusieurs silhouettes enveloppées de haïks blancs traversent paisiblement les galeries marchandes. L'animation demeure volontairement contenue : Marcel Thibault s'attache moins à la foule qu'à la poésie silencieuse du quotidien.
L'artiste démontre ici une remarquable maîtrise de la lumière méditerranéenne. Celle-ci filtre sous les arcades sans brutalité, modelant délicatement les volumes et laissant alterner plages d'ombre fraîche et éclats lumineux. La palette, dominée par des gris bleutés, des ocres clairs, des blancs cassés et quelques accents rouges, verts et turquoise des étoffes suspendues, restitue avec finesse l'atmosphère vibrante des marchés nord-africains. Ces touches colorées, disposées avec mesure, animent la composition sans jamais rompre son équilibre chromatique.
La facture demeure souple et vivante. Les touches, visibles mais parfaitement maîtrisées, traduisent une sensibilité héritée de l'impressionnisme tardif, enrichie d'un dessin solide qui structure les volumes architecturaux. Les pierres des voûtes, les pavés de la rue et les étoffes sont traités avec une économie de moyens qui privilégie l'impression générale à la description minutieuse, témoignant d'une peinture exécutée sur le motif ou nourrie de souvenirs directs de voyage.
Cette œuvre s'inscrit pleinement dans la tradition orientaliste française du premier XXᵉ siècle, tout en s'en distinguant par sa retenue. Là où nombre d'artistes privilégient les scènes pittoresques ou anecdotiques, Marcel Thibaut recherche une vérité plus profonde : celle de la lumière, de l'espace et des gestes ordinaires. Son Orient n'est ni théâtral ni fantasmé ; il apparaît comme un monde vivant, empreint de dignité et de sérénité.
La présence, aux côtés de la signature française, d'une inscription peinte en caractères arabes — très vraisemblablement la transcription phonétique du nom de Marcel Thibaut — constitue un détail particulièrement intéressant. Cette pratique, relativement rare chez les peintres orientalistes, traduit la volonté de l'artiste d'ancrer son œuvre dans le contexte culturel local et témoigne vraisemblablement de séjours prolongés en terre d'Islam, où il était suffisamment connu pour adapter sa signature à son environnement.
Par la qualité de sa construction, la subtilité de sa lumière et la sincérité de son regard, cette toile constitue un très bel exemple de la production orientaliste de Marcel Thibaut. Elle révèle un peintre sensible aux valeurs plastiques autant qu'à l'authenticité des lieux, offrant une vision nuancée et profondément poétique de l'Afrique du Nord, loin des clichés de l'orientalisme académique de la fin du XIXᵉ siècle. Elle s'impose ainsi comme un témoignage précieux de cette peinture de voyage où l'observation attentive, la maîtrise de la lumière et le respect des populations rencontrées se conjuguent avec une indéniable qualité picturale.
Epoque : 20ème siècle
Style : Orientaliste
Etat : Bon état
Matière : Huile sur toile
Largeur : 45,5cm
Hauteur : 55,5cm
Référence (ID) : 1782730
Disponibilité : En stock































