Peinture primitive italienne s/ panneau, Ecole Lombarde vers 1450/70, Ste Elisabeth de Hongrie
Ecole LOMBARDE (Brescia / Crémone / Bergame), d’un atelier influencé par Vicenzo FOPPA
Circa 1450 / 1470
Ce panneau s’inscrit clairement dans la culture visuelle de la charité hospitalière de la fin du XIVe ou du début du XVe s. Les thèmes hospitaliers circulent et sont à l’origine de nombreuses commandes auprès d’ateliers italiens, notamment du Nord de l’Italie. On peut aussi citer VECCHIETTA à Sienne, véritable spécialiste du genre.
Exceptionnelle peinture à la Tempera sur panneau de peuplier (ce bois était justement souvent utilisé dans les peintures lombardes du XVe s; 2 traverses verticales ont été ajoutées au dis pour éviter le voile du panneau.)
La tempera sur panneau est une technique de peinture ancienne où les pigments sont mélangés à un liant, souvent à base d'œuf, et appliqués sur du bois préparé avec du gesso pour créer des œuvres lumineuses et durables.
Les ateliers lombards utilisent en effet généralement un gesso épais très blanc, donnant une surface légèrement crayeuse et des craquelures fines.
Sous la peinture on voit par endroit le dessin sous-jacent brun rouge, avec des traits rapides et nerveux. Cette caractéristique est fréquente dans les ateliers influencés par Vincenzo FOPPA (Bagnolo Mella, entre 1425 et 1430 - Brescia, 1515 ou 1516).
Ste Elisabeth de Hongrie est agenouillée, afin de soigner un malade -probablement un lépreux ou un pestiféré, par apposition des mains, dans une scène intérieure d'hôpital ou d’hospice.
Dans l’art gothique tardif, ce thème est fréquent et récurrent : Sainte Élisabeth est célèbre pour avoir soigné personnellement les pauvres et les lépreux, lavé et nourri les malades dans les hôpitaux :
Elle est alors comme ici souvent montrée penchée sur un malade très affaibli, lavant un corps ou une plaie, entourée de pauvres ou de malades alités. La scène montre à ses côtés un bassin d’eau et un pichet, symboles de soin et de purification.
Son halo, nimbe ou auréole est poinçonné et décorée à l’or, montrant bien qu’il s’agit d’une Sainte.
La composition confirme un panneau narratif : la scène est organisée typiquement comme une “historia” gothique, l'action principale au premier plan (la sainte soignant le malade), le groupe de femmes témoins derrière sur la gauche comme entrant dans la narration, et à l’arrière-plan le lit collectif occupé par plusieurs malades, évoquant de façon réaliste un hôpital médiéval ou une maison de charité.
Plusieurs indices stylistiques permettent d’avancer une hypothèse d'attribution assez précise à l’Ecole italienne du Nord et en particulier Lombarde du XVe s:
* Les couleurs et les carnations de tons verts dans la peau du malade, les ocres chauds et rouges brunis, correspondant parfaitement à la palette de la peinture gothique tardive de cette région.
* Le dessin des visages, avec des nez longs et fins, les yeux en amande et les mentons pointus
*La scène intérieure, avec un grand lit collectif, dans une pièce spacieuse à plafond en poutres apparentes, comme un espace simple et domestique. L'espace incliné est typique de la perspective gothique, encore quelque peu maladroite mais largement prononcée.
Ces peintures sont très fréquentes dans les retables narratifs italiens du XVe siècle, et il est très probable que ce tableau soit un fragment isolé d’un retable (polyptyque). Dans les retables médiévaux : le panneau central montrait le saint principal puis autour d'autres petites scènes latérales racontaient la vie du Saint.
Par exemple, un retable de Sainte Élisabeth aurait pu comprendre Élisabeth donnant du pain aux pauvres, le miracle des roses, Élisabeth soignant les malades (comme ici), puis sa mort ou sa canonisation…
En ce sens, la taille du panneau est relativement petite, et ses bordures semblent ici coupées irrégulièrement, avec une absence de cadre peint, la composition est ici serrée comme une scène secondaire.
Les retables ont en ce sens souvent été démontés aux XVIIIe–XIXe siècles pour vendre les panneaux séparément.
On peut citer en exemple très proche le cycle de Sainte Élisabeth (fin du XVe siècle), attribué au Master of the St. Elizabeth Panels, actif vers 1490.
Il a peint plusieurs scènes de la vie de Elizabeth de Hongrie, dont la sainte soignant des malades dans un hospice, avec des caractéristiques très similaires à notre panneau : la sainte est penchée vers un malade extrêmement maigre, avec encore à côté d'elle un bassin ou récipient d’eau, un lit collectif avec d’autres malades, et derrière une scène architecturée intérieure.
Ces scènes faisaient partie de retables narratifs composés de 6 à 12 panneaux autour d’une image principale de la Sainte.
Dans la région de Brescia et Bergame, des ateliers influencés par Vincenzo FOPPA ont produit des cycles très proches : de petites scènes rectangulaires aux compositions serrées, des malades au teint verdâtre et des intérieurs d’hôpital.
Dans les polyptyques médiévaux, les scènes latérales sont souvent composées pour orienter le regard vers le centre du retable. Dans la peinture du XVe siècle, les artistes utilisent aussi souvent les éléments architecturaux pour équilibrer la composition vers l’intérieur du retable.
La petite fenêtre dans l’architecture se trouve du côté gauche du décor et est orientée vers la droite. Si la fenêtre est à gauche, c’est souvent parce que la scène devait se poursuivre visuellement vers la droite (vers les autres panneaux).
Le groupe de femmes témoins de la scène vient elle aussi de la gauche pour regarder vers la droite, cela renforce l’idée que votre panneau pourrait être un panneau du côté gauche de la prédelle.
La sainte est encore placée légèrement vers la droite et orientée vers la droite…
Tous ces éléments de la scène concourent donc parfaitement à indiquer la direction du regard vers le centre du retable et par là-même la position de ce panneau dans un retable complet (à gauche de l'ensemble).
On retrouve ainsi dans plusieurs retables italiens du XVe s consacrés à Elizabeth de Hongrie cette scène presque identique, avec un malade très amaigri ou émacié, à la peau verdâtre, le bassin d’eau au sol, le lit collectif avec plusieurs malades allongés aux visages expressifs dans un intérieur d’hôpital.
Cette manière de représenter les malades est fréquente dans les œuvres liées aux confréries hospitalières lombardes. On retrouve un traitement similaire dans l’entourage de Bonifacio Bembo et d’ateliers actifs entre Crémone, Brescia et Bergame.
Certains détails stylistiques orientent une attribution vers une zone précise de Lombardie orientale (Brescia Crémone, ou Bergame) plutôt que Milan :
*Le type de figures, avec des personnages présentant des caractéristiques typiques de la peinture lombarde du XVe siècle : les visages sont étroits et allongés, au nez long et fin, le regard légèrement mélancolique modelé doux avec des ombres verdâtres -ce type de physionomie apparaît chez des peintres actifs autour de Vincenzo Foppa, qui a profondément influencé les ateliers de Brescia et Bergame.
* Le traitement du corps du malade est très caractéristique : peau verdâtre, anatomie très maigre et expressive, attitude presque dramatique.
* On a encore ici un détail très révélateur que l’on voit souvent dans les retables lombards vers 1450-1470 : la position dramatique des bras du malade levés vers le ciel, qui apparaît dans plusieurs ateliers autour de Brescia et Crémone.
Etat :
Le tableau a été entièrement nettoyé et restauré par un atelier professionnel afin de supprimer certains rajouts maladroits d’une précédente restauration, de lui rendre ses superbes couleurs originales altérées par un vernis jaune ancien, et de rétablir a minima certaines zones usées de la couche picturale.
Dimensions :
59 x 41,5cm
Epoque : Antérieure au 16ème siècle
Style : Haute époque-Renaissance-Louis XIII
Etat : Très bon état
Matière : Bois peint
Largeur : 41.5cm
Hauteur : 59cm
Référence (ID) : 1777206
Disponibilité : En stock






































