Paysage de la campagne française avec ferme et moulin à eau, 1827
18,5 x 25 cm
plume et lavis de bistre sur papier
signé en bas à gauche à la plume : « léopold leprince 18[27] »
numéroté au crayon, au verso : « 672 »
Bon état pour l'ensemble de la composition, usure dans les coins, légère déchirure en bas, au centre, rousseurs dans le blanc du ciel (voir photos)
Encadré sous verre anti-reflet
Dimensions avec le cadre : 31 x 38 cm
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Plaisir silencieux d'un paysage serein et retranscrit d'une main de maître par l'un des artistes français les plus sensibles de cette génération de jeunes peintres nés avec le siècle, rénovateurs du genre du paysage, notamment par une pratique graphique - huiles sur papier et lavis – qui atteint à ce moment-là une forme de perfection. Daté de 1827, ce lavis de la main de Léopold Leprince (1800-1847) est d'une subtilité qui évoque notamment celle de Jean-Jacques de Boissieu, François-Marius Granet, Turpin de Crissé et Théodore Caruelle d'Aligny.
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Léopold Leprince est issu d'une fratrie de peintres qui, tous formés par leur père Anne-Pierre Leprince, se sont consacrés à l'art du paysage avec un talent remarquable. Dès le début des années 1820, à Paris, Léopold travaille dans l'atelier parisien de son frère aîné Auguste-Xavier Leprince (1799-1826), aux côtés d'autres élèves tels qu'Eugène Lepoittevin et Nicolas-Alexandre Barbier.
Les frères Leprince font partie de cette génération d'artistes français qui ont volontairement orienté leur regard vers les paysages de France, sans nécessairement faire le voyage en Italie, contrairement à d'autres tels que Michallon, Granet et Turpin de Crissé, par exemple. Ensemble, les deux frères parcourent la France en quête de motifs pittoresques et découvrent la Picardie, les alentours de Montmorency, d’Écouen, de Provins ainsi que la forêt de Fontainebleau. Le cabinet des Arts graphiques du Louvre conserve une dizaine de carnets de la main d'Auguste-Xavier qui permettent de constater la curiosité insatiable des jeunes Leprince ainsi que la proximité stylistique dans la pratique du dessin des deux frères.
En 1826, année de la mort prématurée d'Auguste-Xavier, notre artiste quitte Paris et part s'installer à Chartres d'où il mènera désormais sa carrière tout en envoyant régulièrement ses compositions lors des Salons parisiens, entre 1822 et 1844. Ce paysage, vraisemblablement daté de l'année 1827 (écriture partiellement effacée), est l’œuvre d'un artiste qui a perdu son maître, mais qui fera perdurer encore plusieurs années le talent et la renommée d'une belle dynastie de peintres de paysages.
Dans ce paysage de la campagne française, Leprince est en pleine maîtrise de sa technique. Le point de vue en hauteur, qui surplombe le paysage représenté, est un choix de composition novateur qui permet de faire entrer librement à la fois l'architecture du moulin et de la ferme, mais également les plans successifs de l'horizon de ce paysage et jusqu'au ciel, parcouru de nuages et de lumière.
Cette perspective atmosphérique permet à Leprince de distinguer les différents plans de sa composition. C'est ainsi qu'un arbre flou, au fond, à gauche, qui apparaît ici d'un mouvement de pinceau rapide, fait entrer une part de rêverie dans ce paysage qui est par ailleurs mené d'une manière relativement classique. Comme fréquemment avec Leprince, l'anecdote est à peine suggérée. Il règne dans ses paysages le calme serein de la vie quotidienne à la campagne, où la nature est souveraine.
Les bosquets que l'on voit dans la partie droite de la composition apparaissent d'une manière si naturelle sous le pinceau de Leprince qu'on en oublierait presque toute la maîtrise nécessaire pour manier, de telle sorte, les nuances d'intensité de l'encre brune ainsi que le travail sur la réserve du papier. De la même manière, on pourra admirer la façon dont l'artiste a reproduit le mouvement de l'eau sur les pierres de la rivière en grattant la surface de son papier avec une plume sèche (dans la partie inférieure gauche de la feuille).
Il est difficile de situer précisément le paysage représenté ici. Nous distinguons, tout à droite, un barrage construit en pierre, nous pouvons suivre le cours d'eau jusqu'au premier plan. Les toitures pourraient indiquer un paysage dans la partie méridionale de la France, éventuellement dans le Sud-Ouest, dans les alentours d'Angoulême où les moulins à papier étaient nombreux. Qu'un dessinateur dessine un moulin à papier serait une hypothèse charmante. Les suggestions sont les bienvenues.
Ce dessin trouve un comparatif intéressant avec une huile sur toile de Léopold Leprince conservée au Walters Art Museum de Baltimore. Dans cette Vue de Savoie, également datée de 1827, Leprince reprend certains éléments pittoresques que l'on trouve dans notre dessin, tels que la silhouette féminine, la rivière, et l'architecture de ferme. (voir galerie de photos). Il ne semble pas, cependant, que notre paysage ait été dessiné en Savoie : plusieurs détails en attestent, mais principalement l'architecture de la ferme et la géologie.
Dans une notice qu'il consacre à Léopold Leprince, l'historien de l'art Vincent Pomarède, ancien conservateur des peintures françaises XIXe du musée du Louvre, écrit ces mots, que nous empruntons avec plaisir : « Le sens de la lumière, la virtuosité d'exécution des feuillages et la simplicité parfaite de cette étude de Léopold Leprince nous fait parfaitement comprendre comment cet artiste, à la formation et aux références classiques, se situe, au même titre que Corot, Édouard Bertin et Caruelle d'Aligny, dans le courant novateur du paysage des années 1830, qui privilégiait, un demi-siècle avant l'impressionnisme, le réalisme et la quête du "sentiment de la nature" à toute forme d'intellectualisme. »
En France, le musée Carnavalet, le Louvre et les musées de Narbonne, Tours, Besançon, Dijon conserve certains des tableaux de notre artiste. Les œuvres sur papier de Léopold Leprince sont rares et conservées dans certaines des plus belles institutions muséales. La Fondation Custodia avait exposé plusieurs de ses huiles sur papier lors de l'exposition récente Sur le motif : Peindre en plein air 1780–1870 (2022), avec des œuvres provenant notamment du Fitzwilliam Museum de Cambridge et de la National Gallery de Washington. Le Metropolitan Museum de New York conserve également un beau sous-bois peint par notre artiste en 1822, provenant de la donation Thaw en 2009.
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