André-Louis Gilbert (1746–1809) – Table écritoire à marqueterie de chasse, vers 1775
Une table écritoire d’exception, de forme haricot, dont le plateau ceint d’une lingotière en bronze doré offre un décor de trophées de chasse en marqueterie de bois précieux : merisier, filets d’amarante, buis teinté sur fond de sycomore. La ceinture, ornée d’une guirlande feuillagée en buis et sycomore teintés sur fond d’amarante, s’ouvre par trois tiroirs en façade, dont l’un forme un écritoire garni d’un cuir au fer doré. L’ensemble repose sur des montants ajourés, terminés par des pieds en accolade et réunis par une barre d’entrejambe. Les bronzes dorés, d’une grande finesse, achèvent ce meuble de caractère.
Estampillée à deux reprises sous le plateau A.L Gilbert, cette pièce porte également plusieurs poinçons de la Jurande des Menuisiers-Ébénistes Parisiens (JME), garantie d’authenticité et de qualité.
Origine et datation :
Réalisée vers 1775, cette table illustre le style Transition entre Louis XV et Louis XVI (1750–1776). Son élégance et sa précision reflètent le savoir-faire parisien de l’époque, tout en témoignant du talent d’André-Louis Gilbert, maître ébéniste dont les créations allient tradition et innovation.
Provenance :
Collection de la Comtesse Diane de Castellane.
Dimensions :
Hauteur : 78,5 cm (31 in.)
Longueur : 90,5 cm (35 ¾ in.)
Profondeur : 44,5 cm (17 ½ in.)
État :
Ce meuble est présenté dans son état d’usage, conservant toute son authenticité et son charme d’origine.
Biographie :
André-Louis Gilbert (1746–1809) : un maître ébéniste entre tradition et Révolution.
Né à Paris en 1746, André-Louis Gilbert s’impose comme l’une des figures marquantes de l’ébénisterie française du XVIIIe siècle. Formé dès son jeune âge dans l’atelier de Noël Malle, il se distingue rapidement par son talent, bien qu’un incident de jeunesse l’oblige à s’engager brièvement dans la garde du guet pour échapper à la prison. Cet épisode ne freine cependant pas son ascension : reçu maître en 1774, il installe son propre atelier rue Traversière, avant de s’établir en 1785 dans le faubourg Saint-Antoine, alors cœur battant de l’artisanat parisien.
Gilbert se spécialise dans la création de meubles de style Louis XV, Transition et Louis XVI, caractérisés par une marqueterie raffinée représentant des paysages, des ruines antiques, des colonnades ou des motifs architecturaux, souvent rehaussés d’incrustations de nacre. Ses réalisations, notamment ses commodes et secrétaires, se distinguent par leur élégance et leur originalité, encadrées de bois d’amarante et ornées de bronzes ciselés. Bien que les personnages y soient rares, ses compositions témoignent d’un sens aigu du détail et d’une grande maîtrise technique.
La Révolution française marque un tournant dans sa carrière. Engagé dans les rangs des révolutionnaires, il participe à la prise de la Bastille en 1789, un engagement qui le conduit à interrompre temporairement son activité d’ébéniste. Après cette période tumultueuse, il reprend du service dans la gendarmerie, puis dans la légion de police, avant de se retirer progressivement de l’ébénisterie.
Les œuvres d’André-Louis Gilbert, aujourd’hui recherchées pour leur qualité et leur rareté, illustrent le passage du style rocaille à l’esthétique néo-classique. Ses meubles, souvent estampillés de son nom, se trouvent dans des collections privées et publiques, perpétuant ainsi l’héritage d’un artisan qui a su allier savoir-faire traditionnel et innovation stylistique.





































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