Signée et datée au centre droite: P. Benazel pingebat 1790
France, fin du XVIIIᵉ siècle – Époque des Lumières
Dimensions : 92 × 73 cm sans cadre / sur sa toile d'origine
Cette importante huile sur toile, signée et datée P. Benazel pingebat 1790, constitue un témoignage particulièrement abouti du portrait d’ecclésiastique savant à l'orée de la Révolution française. Par sa qualité d’exécution, la richesse de son programme iconographique et son ancrage intellectuel, l’œuvre s’inscrit pleinement dans le contexte culturel et philosophique de l’Europe des Lumières.
Le portrait relève du grand portrait français de la fin du XVIIIᵉ siècle, à la croisée du classicisme tardif et d’une sensibilité déjà tournée vers la modernité intellectuelle. Le visage, traité avec une remarquable finesse psychologique, révèle un homme d’âge mûr, au regard pénétrant et réfléchi, empreint de calme et d’autorité morale. La touche est maîtrisée, la lumière diffuse et équilibrée, mettant en valeur la carnation et la sobriété du costume sans effet de démonstration.
La composition, rigoureusement structurée, privilégie la clarté et la dignité. Le décor, articulé autour d’une bibliothèque savamment organisée, joue un rôle essentiel dans la lecture de l’œuvre, affirmant d’emblée la dimension intellectuelle et savante du modèle.
L’ecclésiastique est vêtu d’un habit noir de prêtre, d’une grande sobriété, dépourvu de tout signe hiérarchique ostentatoire. Ce choix iconographique suggère un clerc érudit, probablement chanoine, théologien, juriste ou professeur, davantage attaché à l’étude et à l’enseignement qu’aux fonctions honorifiques. La posture, tenant un ouvrage relié, renforce l’image d’un homme de réflexion, inscrit dans une tradition humaniste et savante.
La bibliothèque figurée à l’arrière-plan constitue un véritable manifeste intellectuel, exceptionnel par la précision et la diversité des titres représentés. On y distingue notamment : Fables de La Fontaine ; Vossius ; Tacitus (Tacite) ; Diodorus Siculus (Diodore de Sicile) ; Gregorius Turonensis (Grégoire de Tours) ; Gruterus (Jan Gruter) ; Montesquieu, De l’Esprit des lois (trois tomes) ; Grotius ; Fénelon, Télémaque ; Morale de Plutarque ; Saint Augustin, Opera ; Constitutiones Apostolicae ; Biblia Sacra ; De jure gentium (dans sa main). Cet ensemble remarquable associe textes bibliques et patristiques, historiens antiques, moralistes, juristes du droit naturel et auteurs majeurs des Lumières.
La présence conjointe de Montesquieu, Grotius et des traités de droit des peuples situe clairement le modèle parmi les ecclésiastiques éclairés, sensibles aux notions de morale universelle, de droit, d’histoire et de philosophie politique, caractéristiques de la fin du XVIIIᵉ siècle.
La signature en latin pingebat (du verbe pingere, « peindre »), littéralement « peignait », relève d’une tradition humaniste et académique encore très vivante à cette époque. Son emploi témoigne de la culture du peintre et établit un lien intellectuel implicite entre l’artiste et son modèle, tous deux inscrits dans un univers de références classiques et savantes. Au revers de la toile figure une inscription manuscrite ancienne mentionnant le nom Jean Silvestre Coultraud (ou Coultraul, selon une graphie ancienne). Ces variantes orthographiques, fréquentes à la fin du XVIIIᵉ siècle, permettent très vraisemblablement d’identifier l’ecclésiastique représenté, conférant à l’œuvre une dimension biographique et historique particulièrement précieuse.
Datée de 1790, l’œuvre se situe à un moment charnière de l’histoire de France, à l'orée des bouleversements révolutionnaires. Elle incarne l’image d’un clergé cultivé, humaniste et intellectuellement engagé, témoin d’un monde où foi, raison et savoir dialoguent encore étroitement. Par ses dimensions importantes, sa signature et sa date, la qualité de son exécution et la richesse exceptionnelle de son contenu intellectuel, ce tableau constitue un portrait de référence de l’ecclésiastique savant à la fin de l’Ancien Régime, et un témoignage rare de la culture éclairée du clergé français à la fin du XVIIIᵉ siècle.





































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