Dominée par de grands pins parasols, la scène déploie un paysage profondément italianisant, inspiré des vallées du Lazio, des Abruzzes ou des environs de Tivoli et Subiaco, haut lieux du “Voyage en Italie” au XIXᵉ siècle.
Au premier plan, deux femmes en costumes traditionnels italiens animent le chemin bordant un torrent vif. Leur présence pittoresque ajoute à l’esprit de voyage et d’observation ethnographique qui caractérise les peintres français lors de leurs séjours transalpins.
Provenance : Galerie Durand-Ruel, Rue de la Paix (1839–1846)
Au revers de la toile se trouve le rare tampon : “TABLEAUX ET DESSINS – DURAND-RUEL – Rue de la Paix – Paris”.
Ce marquage ne correspond pas à un matériel de papeterie ou de fourniture d’artiste, mais à un tampon d’inventaire de galerie, utilisé uniquement entre 1839 et 1846, lorsque Jean Durand-Ruel installe sa galerie au coin de la Rue de la Paix, dans l’un des quartiers les plus élégants et artistiquement actifs de Paris.
Comme le rappelle la documentation familiale (communication de Flavie Durand-Ruel, Académie des Beaux-Arts, 2013) :
> « En 1839, le commerce des tableaux est assez fructueux et le père de Paul décide de vendre la papeterie pour se consacrer entièrement à sa galerie, qu’il a déjà installée dans les quartiers plus chics, au cœur de Paris, au coin de la rue de la Paix. »
Ce tampon est donc la preuve que le tableau :
a transité par la Galerie Durand-Ruel,
a fait partie de son stock ou de ses dépôts,
et a été présenté ou proposé à la vente dans l’établissement de la Rue de la Paix dans les années 1840.
Il s’agit d’une provenance rare et historiquement importante, liée aux premières années de ce qui deviendra la plus influente maison de marchands d’art du XIXᵉ siècle.
Style et filiations artistiques:
Par sa lumière argentée, sa construction très ordonnée et ses teintes méditerranéennes, ce tableau s’inscrit dans le courant du paysage néoclassique romantique, développé en France entre 1825 et 1845.
Il évoque les œuvres de :
Jean-Victor Bertin, pour la structure et la clarté,
Achille-Etna Michallon, pour la poésie atmosphérique,
Corot (premier séjour en Italie), pour les bleus argentés,
Aligny, Paul Flandrin ou Granet, pour la sensibilité italienne et le sens du pittoresque.
La touche est fine et variée :
glacis transparents dans le ciel,
matière plus dense dans les rochers,
feuillages modelés par petites touches nerveuses,
figures traitées avec élégance et précision.
Technique, état et restauration:
Huile sur toile d’origine, portant son tampon Durand-Ruel.
Restauration récente et de grande qualité :
bandes de tension,
châssis de remplacement (le précédent était voilé),
nettoyage doux et respectueux.
Surface saine, couleurs fraîches, bel équilibre général.
Cadre:
Le tableau est présenté dans un cadre en bois et stuc doré d’époque Empire–Restauration, adapté au format par une reprise de la feuillure. Il présente quelques petites usures et manques, cohérents avec son âge, mais reste très ornemental et parfaitement en harmonie avec l’œuvre.
Dimensions de la toile : 60 × 48 cm
Dimensions du cadre : 71 × 59 cm
Conclusion:
Un paysage romantique italianisant, parfaitement représentatif du goût français pour le voyage en Italie dans les années 1830–1840, réalisé avec une sensibilité poétique et une maîtrise académique évidente. Son tampon d’inventaire Durand-Ruel, Rue de la Paix, lui confère une provenance prestigieuse et documentée, rare pour ce type d’œuvre.




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