OBJET VENDU
William Laparra (1873-1920) La chambre d’enfant en 1916, Hautebraye (Aisne) Grande Guerre
William
LAPARRA
(Bordeaux
1873 – Hecho (Espagne) 1920)
La
chambre d’enfant, Hautebraye (Aisne) 1916
Huile
sur toile
H. 47
cm ; L. 70 cm
Signé
en bas à droite, située,
datée
Exposition
: 1930, Galerie Mona Lisa, Paris, rue
Duphot, Première exposition de
la Société des Artistes Camoufleurs
Provenance
:
-
Vente d’atelier Laparra (cachets au dos), probablement en 2006
-
Galerie Elseneur, Paris, 51 rue Sainte-Anne
Œuvre
en rapport : un
croquis préparatoire, au crayon, 19,7 x 29,4 cm – Musée La
Contemporaine, Nanterre
William
Laparra se forme à l’école des
Beaux-Arts de Bordeaux de 1888 à 1891, puis à Paris à l’Académie
Julian où il reçoit l’enseignement de Tony Robert-Fleury, et aux
Beaux-Arts à partir de 1893, dans les ateliers de Jules Lefebvre et
de Bouguereau. Peintre académique, il remportera le premier grand
prix de Rome en 1898, et exposera au Salon de 1899 à sa mort,
essentiellement des portraits.
Dès
le début du conflit en 1914, Laparra, qui est aussi décorateur de
théâtre, est mobilisé à Bordeaux dans la section de camouflage.
Sous l’impulsion du peintre Guirand de Scevola (1871-1950), le
général de Castelnau monte ainsi une équipe d’artistes de talent
(on y trouve par exemple, aux côtés de Laparra, Jean-Louis Forain,
Dunoyer de Segonzac, Devambez, Abel-Truchet) pour réaliser des
toiles peintes, divers leurres et décors illusionnistes, destinés à
réduire la visibilité des hommes, du matériel et des axes de
communication ; cette section est officiellement créée en août
1915.
Ces artistes sont de véritables combattants,
et connaissent la vie de toutes les unités en campagne, en
cantonnement, dans les ateliers, ou sur le front. A côté de leurs
fonctions militaires, ils sont évidemment témoins des combats et
des atrocités de la guerre, qu’ils représentent dans leurs
propres oeuvres.
C’est
ainsi que Laparra, mobilisé sur le front de la Somme et de l’Aisne
à l’été 1916, réalise un certain nombre de dessins et
aquarelles, dont plusieurs sont conservés au musée d’Orsay, au
côté d’autres tableaux de l’artiste. Notre toile est d’ailleurs
issue d’un de ces croquis (conservé au musée La Contemporaine) ,
et montre un appartement détruit par les bombardements à
Hautebraye, un des hameaux de la commune d’Autrêches, à la limite
de l’Oise et de l’Aisne. Cette zone subit des destructions dès
le mois de septembre 1914, où les allemands et français prennent et
perdent les positions. Les combats s’y dérouleront jusqu’à la
fin août 1918.
Précisons
que Laparra, à partir de 1917, travaille à l’atelier de
camouflage de Chantilly ; il y est brigadier chef d’équipe du
1er groupe de la 10ème armée, et est cité à l’ordre de l’armée
dans les termes suivants : « A
fait preuve, en maintes circonstances, de calme, d’énergie et de
courage, particulièrement le 30 août 1916 où il a rempli avec
plein succès une mission dangereuse dans un violent bombardement».
Il est fort possible que ce bombardement soit en rapport avec notre
tableau.
Ce dernier était présent, à titre posthume, à l’exposition des Artistes Camoufleurs en mars 1930, qui rassemblait 163 oeuvres, dont les deux tiers faisaient revivre les terribles années de guerre ; le critique d’art Eugène Soubeyre le remarquait et le décrivait ainsi dans La Nouvelle Revue: «… une pauvre chambre de village où la pluie coule, par le plafond troué, sur un modeste lit de fer dépouillé de sa literie».
Comme l’indique la légende du croquis dessiné in-situ, nous sommes précisément ici dans une chambre d’enfant, en lambeaux, désormais vide de vie, avec ses tomettes descellées, son plafond crevé et son papier-peint rose moucheté se détachant des plâtres ; la ruine de la France est illustrée par cette maison familiale ne tenant plus debout ; le soubassement des murs rappelle la couleur du sang versé dans les tranchées. La composition très lumineuse du tableau, qui évoque d’une façon crue, dépouillée et ascétique, les destructions de la guerre, contraste avec la tristesse de son sujet, où le devoir de mémoire prend place.
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