> « Copie faite par Mme René de Marolles au Château de Versailles »
Cette mention identifie l’auteure comme Athénaïs de Saint-Martin (1841–1922), épouse de René Martin de Marolles (1838–1914), officier de cavalerie issu d’une illustre famille du Berry.
Fille d’Amédée Gabriel de Saint-Martin, chevalier de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et d’Eugénie Louise Marie Le Vaillant du Châtelet, Athénaïs appartenait à une lignée cultivée et raffinée.
Le couple, marié à Versailles le 24 octobre 1864, y résidait dans les années 1860–1870 : c’est probablement durant cette période, sous le Second Empire, qu’elle exécuta cette copie d’après nature au Château de Versailles, dans le cadre du programme officiel de reproduction des chefs-d’œuvre du musée.
Analyse artistique:
Ce portrait reprend la composition peinte par Largillierre en 1711, dont une réplique autographe est conservée au Musée Cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.
L’artiste s’y représente tenant un porte-mine chargé de sanguine et de craie blanche, un portefeuille de dessins, et désignant d’un geste ample une ébauche d’Annonciation.
Par ce geste, il revendique son double statut de peintre d’histoire et de portraitiste virtuose, tout en exaltant la supériorité du portrait, genre où il excella.
La palette chaude, les carnations moelleuses, et la théâtralité du geste inscrivent l’œuvre dans la pleine esthétique rococo, héritée du Grand Siècle et redécouverte avec enthousiasme au XIXᵉ siècle.
La copie d’Athénaïs de Saint-Martin restitue ces qualités avec sensibilité et précision, témoignant d’une main habile et d’une véritable compréhension du style de Largillierre.
Contexte : les copistes féminines au XIXᵉ siècle:
Le travail d’Athénaïs s’inscrit dans la tradition des copistes agréés du Louvre et de Versailles, dont une forte proportion de femmes issues de la noblesse ou de la bourgeoisie cultivée.
Ces artistes obtenaient des autorisations officielles pour copier les chefs-d’œuvre des musées, souvent tôt le matin, avant l’ouverture au public.
Le Carnet du patrimoine de la Région Nouvelle-Aquitaine (« Ouvrages de dames : les copies faites au Louvre au XIXᵉ siècle », 2017) rappelle qu’entre le Second Empire et la IIIᵉ République, les femmes représentaient près de la moitié des copistes – un phénomène considéré aujourd’hui comme l’une des premières conquêtes féminines dans le champ des arts.
Athénaïs de Saint-Martin, par son éducation, son milieu et sa résidence versaillaise, s’inscrit pleinement dans ce courant.
Cadre:
Beau cadre d’époque Régence en chêne sculpté, orné de coquilles et rinceaux, à la patine dorée miel et brune, en parfaite harmonie avec la noblesse du sujet.
Dimensions :
Toile : 81 × 65 cm
Cadre : 101 × 84 cm
État et restauration:
Rapport établi par Carole Lambert, Conservatrice-Restauratrice du Patrimoine Peint, habilitée Musée de France (rapport du 02/09/2024 ). Toile saine, sans déchirure ni lacune ; châssis d’époque XIXᵉ en bon état ; allègement du vernis, décrassage du revers et conservation intégrale de l’inscription d’origine.
Provenance :
Famille Martin de Marolles, château des Fontaines (Allouis, Cher), ancienne demeure familiale depuis le XVIIIᵉ siècle, où résidaient Anne-Émilie de Beaucorps-Créquy et son fils René Martin de Marolles. Acquis près de Bourges, probablement issu du patrimoine familial transmis par descendance directe.
Commentaire:
Réalisée vers 1870, sous le Second Empire, par Athénaïs de Saint-Martin, épouse de René de Marolles, cette toile témoigne de la pratique érudite et raffinée des femmes copistes versaillaises. Provenant directement du château familial des Fontaines, elle illustre la rencontre entre le prestige du portrait français du XVIIIᵉ siècle et le goût lettré du XIXᵉ pour la transmission du patrimoine pictural national. Un document historique et artistique d’un rare intérêt patrimonial.




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