Exceptionnelle tabatière en buis, finement sculptée et gravée sur ses deux faces, présentant un remarquable travail de rébus à caractère érotique et humoristique, typique de la verve villageoise du XIXᵉ siècle.
La face ouvrante est décorée de rosaces, d’un oiseau sabots et d’arbres de vie stylisés, symboles d’abondance, de vitalité et de désir. La face arrière, plus singulière encore, dévoile un rébus gravé à l’envers, combinant lettres, symboles et figures – flèches, mains, coupes et cœurs – pour former une phrase cachée. Selon une transcription ancienne conservée à l’intérieur de la tabatière, on peut y lire :
« J’aime les filles à pleine main, celles qui piquent l’aiguille et les soubrettes à jolis seins. »
Cette phrase, d’apparence anodine, relève du langage érotique codé si caractéristique de l’art populaire du XIXᵉ siècle. Elle fonctionne sur plusieurs niveaux de lecture :
– « Les filles à pleine main » : Dans le langage rural, l’expression désigne les femmes que l’on peut “prendre dans ses mains”, autrement dit les filles de plaisir, accessibles, charnelles. C’est un éloge du contact direct, du geste plus que du sentiment — un hommage au plaisir simple, vécu sans détour ni hypocrisie.
– « Celles qui piquent l’aiguille » : Sous couvert d’évoquer les couturières, symbole de travail féminin modeste, la phrase joue sur un double sens : “piquer” devient synonyme de “pénétrer”, et l’aiguille, métaphore du désir masculin, renverse le rapport entre activité et passivité. L’humour repose sur cette inversion ironique : la femme qui pique est aussi celle “qu’on pique”.
– « Les soubrettes à jolis seins » : Ici, on entre dans le registre libertin. La soubrette, figure récurrente de l’imaginaire populaire et des chansons du XIXᵉ siècle, incarne la féminité libre, un peu effrontée, toujours désirable. L’expression “à jolis seins” est un compliment corporel assumé, direct mais non vulgaire, révélant la sensualité terrienne et bonhomme du monde rural.
Ce type de tabatière, dite « à rébus », fut souvent l’œuvre d’artisans autodidactes ou de soldats démobilisés, habiles à manier le burin comme le sous-entendu. Ces objets, que l’on s’échangeait entre hommes, participaient d’un langage complice où l’humour et le désir se disaient sous couvert d’esprit. Ils expriment une liberté franche, terrienne, héritée d’un monde où le plaisir n’était pas caché, mais célébré avec ruse et intelligence.
Le buis, au grain serré et à la patine dorée, a permis une gravure d’une grande finesse. Le contraste entre le décor symbolique – arbres de vie, rosaces, oiseau – et la charge sensuelle du rébus en fait une pièce rare, à la frontière du curiosa, de la sculpture d’homme et du langage amoureux codé.
Objet de collection singulier, témoignage d’un imaginaire populaire où la pudeur s’exprimait par la métaphore et la liberté par le symbole.
État : très belle patine ancienne, infimes usures d’usage. Dimensions : 5,5 x 9,5 cm
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