- Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, les séjours hivernaux habituels de John et Hazel Lavery à Tanger furent interrompus. Le naufrage du Lusitania et la crainte généralisée d'attaques de sous-marins allemands décourageèrent pendant des années ceux qui s'aventuraient outre-Manche. Cependant, vers 1917, une relative sécurité étant rétablie sur les voies de ravitaillement transmanche et leur nomination imminente comme peintre de guerre officiel, les Lavery reprirent leurs voyages à travers le continent. Au printemps, ils entamèrent un voyage qui les conduisit d'abord à Paris, puis à Mimizan, sur la côte atlantique, en tant qu'invités du duc de Westminster, et enfin au Pays basque français, où ils s'installèrent au Grand Hôtel de l'Angleterre à Saint-Jean-de-Luz.
En avril de la même année, la ville, qui, avec sa voisine Biarritz, avait été un lieu de villégiature estivale réputé pour la haute société européenne avant la guerre, offrait désormais une atmosphère bien différente. Son vaste port naturel servait de refuge aux convois marchands, notamment aux navires norvégiens dont les proues arboraient de grands pavillons de neutralité, gage de sécurité dans les eaux dangereuses du golfe de Gascogne.
Lors de ce séjour, Lavery alterna entre le pittoresque et le monumental. Il réalisa le portrait de la célèbre Maison Louis XIV sur la place centrale de Saint-Jean-de-Luz et, attiré par la proximité de la frontière, traversa la frontière espagnole pour immortaliser les célébrations du Vendredi saint à Fontarrabie. Cependant, son œuvre principale consista en une série de six vues de la baie prises d'un même lieu, où la ligne d'horizon et la silhouette de la presqu'île avec sa tour antique deviennent des motifs récurrents. En variant légèrement l'angle de vue et selon un procédé rappelant le célèbre cycle de la montagne Sainte-Victoire de Cézanne, Lavery obtint des compositions distinctes qui révèlent son intérêt pour les variations de lumière et d'atmosphère au fil de la journée.
Des œuvres telles que *Le Port, Saint-Jean-de-Luz, Petit Matin* (Sheffield City Art Galleries) et *Crépuscule, Saint-Jean-de-Luz* (collection particulière) témoignent de cette attention portée aux variations de lumière, des tons rosés diffus d'un matin serein aux bleus plus intenses et vibrants de l'Atlantique à midi. La présence de bouées de signalisation ou de navires marchands ancrés confère à ces scènes d'une grande sensibilité picturale une dimension contemporaine, presque documentaire.
La figure d'Hazel Lavery, l'épouse du peintre, conférait une élégance raffinée à ces séjours sur la côte basque française. Connue dans les cercles londoniens comme l'une des femmes les plus sophistiquées de son temps – muse, modèle et ambassadrice de l'œuvre de son mari –, elle ne se contenta pas d'accompagner l'artiste à cette époque, mais laissa également un témoignage vivant du style de vie cosmopolite qui perdurait dans des villes comme Biarritz, malgré la guerre.
Parmi ses compositions les plus évocatrices figure cette scène se déroulant dans un restaurant de luxe de la ville, où elle dépeint avec sensibilité l'atmosphère mondaine de la haute société européenne, qui, même en période de turbulences, maintenait le rituel des rencontres sociales autour de la table. Dames en robes de soie, messieurs en tenue impeccable, et le scintillement des miroirs et des lustres créent une image de distinction et de frivolité, contrastant avec la sobriété maritime des paysages peints par John.
Ce tableau, plus qu'un simple portrait de mœurs, reflète la place d'Hazel dans la société de son époque : observatrice privilégiée d'un monde élégant et éphémère, capable de transformer la théâtralité de la vie sociale en art. En dialogue implicite avec les marines de son mari, son œuvre à Biarritz nous rappelle que la modernité de la peinture de l'époque ne se trouvait pas seulement dans les paysages ou l'expérimentation formelle, mais aussi dans la représentation des espaces de sociabilité, du luxe comme décor et des femmes comme protagonistes.
- Dimensions de l'image sans cadre : 68 x 33 cm / 96 x 61 cm avec un encadrement élégant.
- Étiquette de la galerie Manuel Barbie à Barcelone. Manuel Barbie était l'un des grands marchands d'art espagnols des années 1960 et 1970, et son établissement a présenté les grands noms de l'avant-garde du XXe siècle, dont Picasso, Juan Gris, Calder, Miró, Léger et Klimt.
- La galerie Montbaron inclut une fiche technique établie par un historien de l'art agréé avec tous ses lots. Cette fiche est envoyée numériquement sur demande.





























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