Dans cette scène réduite à l’essentiel, Marty parvient à suggérer une histoire sans mot : celle d’une attente, d’un souvenir, ou simplement d’un instant suspendu. C’est une œuvre à contempler lentement, où chaque élément semble pesé, mesuré, pour mieux laisser parler l’espace, la lumière et le silence.
André Édouard Marty (1882–1974), un maître de l’élégance art déco
André Édouard Marty est un illustrateur et peintre français principalement connu pour ses illustrations livrées aux grandes maisons d’édition et aux grands périodiques de l’époque Art déco.(Vogue, Harper’s Bazaar, Femina, La Gazette du Bon Ton, Vanity Fair…)
Élève de Fernand Cormon à l’École des beaux-arts de Paris, il participe à plusieurs Salons dès le début du XXe siècle, notamment au Salon des artistes français. Il s’est rapidement distingué par un style élégant, raffiné, mêlant une douceur arcadienne au charme contemporain des années folles.
Parallèlement à ses illustrations, Marty crée aussi des motifs décoratifs pour les arts appliqués : textiles, céramiques, objets de luxe. Collaborateur de Paul Poiret, son style se caractérise par une clarté de composition, un goût prononcé pour la narration et une stylisation gracieuse des figures.
Bien que moins célèbre aujourd’hui que certains de ses contemporains comme Boutet de Monvel ou Georges Barbier, il demeure une figure essentielle du raffinement visuel de la Belle Époque et de l’entre-deux-guerres.
Une œuvre de silence et d’introspection
Ce dessin de Marty incarne parfaitement l’élégance discrète qui définit son travail. Par une économie de moyens graphiques — lavis d’encre diluée, dans une gamme restreinte de bruns, de gris et de beige — l’artiste capte une atmosphère méditative et intime. L’aspect vaporeux et fondu du traitement confère à l’ensemble une dimension éthérée, à la frontière du rêve et du souvenir.
La composition horizontale évoque l’estampe japonaise (ukiyo-e), avec sa division possible en triptyque, sa simplicité linéaire et sa relation épurée entre mer, terre et ciel. On y retrouve également l’héritage des Nabis, dans cette volonté de synthétiser la réalité pour en dégager une poésie silencieuse, presque sacrée.
Un paysage habité par la solitude
Le paysage semble vide, presque abstrait : une mer calme, des masses rocheuses en aplats superposés, un ciel immense et sans nuages. Mais très vite, c’est une présence discrète qui attire l’attention du spectateur : une femme debout dans l’eau, accompagnée d’un petit chien.
Placée à l’extrême droite de la scène, cette figure minuscule, perdue dans l’immensité, devient un point d’ancrage. Debout, immobile, regard tourné vers l’horizon, la main en visière pour supporter les derniers reflets du soleil couchant, la femme semble absorbée dans une contemplation silencieuse, mélancolique. Le chien, attentif à ses côtés, ajoute une note de tendresse familière, et ancre subtilement la scène dans le quotidien.




























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