[Baudelaire] Lettre autographe signée d'Auguste Poulet-Malassis - Siège de Paris - Bruxelles
En plein siège de Paris, l'éditeur historique de Baudelaire s'apprête à publier clandestinement Le Fer rouge d'Albert Glatigny depuis Bruxelles.
Lettre autographe signée d’Auguste Poulet-Malassis (1825–1878) à un mandataire chargé de lui remettre le manuscrit du Fer rouge d’Albert Glatigny (1839–1873).
14 novembre 1870. Bruxelles. Deux pages in-8. Taille : 21 × 13,5 cm.
Acculé par les faillites et pour échapper à la prison pour dettes, Poulet-Malassis s’installe en exil à Bruxelles à partir de septembre 1863. (Baudelaire l’y rejoindra quelques mois plus tard.) Depuis cette adresse du 37, rue Mercelis, il a remonté avec talent une officine éditoriale publiant des ouvrages variés dans leurs styles et notamment satiriques, érotiques ou censurés en France. Il maintient un lien constant avec les cercles littéraires parisiens et parnassiens.
Dans cette lettre rédigée en pleine guerre franco-prussienne, pendant le siège de Paris, Poulet-Malassis évoque Théodore de Banville, l’ami commun indéfectible qu’il partageait avec Baudelaire, et surtout Albert Glatigny, le poète parnassien, acteur itinérant et grande figure romanesque de la bohème littéraire. Le « livre » et le « manuscrit » dont il est question ici sont le recueil satirique et vengeur de Glatigny, Le Fer rouge : Nouveaux Châtiments, inspiré par la défaite de Sedan et la chute de l’Empire. Poulet-Malassis en assurera l’impression et la publication clandestine à Bruxelles à la fin de cette année 1870. Le texte fustigeait avec une haine féroce Napoléon III (« ce beau fumeur de cigarettes » capitulant à Sedan), la lâcheté des élites impériales et le conservatisme clérical. Il eut un certain succès et séduisit une partie de la jeunesse insurgée. Rimbaud citera même le titre quelques mois plus tard dans une lettre du 17 avril 1871 à Paul Demeny : « J’ai lu là-bas Le Fer rouge, Nouveaux Châtiments, de Glatigny […] tendons le front aux lances des averses, l’âme à la sapience antique. Et que la littérature belge nous emporte sous son aisselle. »
"Monsieur, je demeure toujours à Bruxelles, 37, rue Mercélis.
Lorsque vous avez pris la peine d’y monter, c’est par exception que vous n’y avez trouvé personne.
D’ordinaire on me trouve de 10 heures à midi, et de quatre à six heures. Le reste du temps ma femme ou la domestique sont au logis. J’ai donc eu du malheur que vous vous soyez heurté, comme on dit, à visage de bois.
Pareille mésaventure est bien improbable, mais pas absolument impossible toutefois. Dans ce cas rare, vous pourriez déposer le manuscrit au n° 37 chez ma propriétaire, Mme Roch.
Mais je souhaite avoir au contraire le plaisir de vous recevoir et de vous remercier.
Banville m’avait donné à Paris le 12 9bre des nouvelles de Glatigny. C’étaient pour moi les plus fraîches.
Agréez mes civilités empressées.
A. Malassis
37, rue Mercélis
14 9bre 70.
P.S. Si vos occupations ne vous permettaient pas de venir aisément jusqu’à la rue Mercélis, vous pourriez confier le ms [Manuscrit]. dûment enveloppé, et ficelé, à un commissionnaire
Je payerai la course, cela va de soi. Glatigny se montre très pressé de voir paraître son livre, on le comprend."
Esprit profondément libre, curieux et courageux, Poulet-Malassis mena une vie subversive avec un goût prononcé pour les auteurs marginaux et les textes « licencieux ». Sa malice et son refus du conformisme le poussèrent à publier des œuvres qui défiaient la morale, acceptant, par la faillite, la prison ou l’exil, de payer le prix fort de ses goûts et convictions. Ses lettres, rarement conservées, sont rares et recherchées.
Epoque : 19ème siècle
Style : Autre style
Etat : Bon état
Largeur : 13,5 cm
Hauteur : 21 cm
Référence (ID) : 1849997
Disponibilité : En stock

































