Auch 1754-1770, cuillère à ragoût, Jean Affre orfèvre, argent massif
GRANDE CUILLÈRE À RAGOÛT ARMORIÉE EN ARGENT MASSIF
AUCH, SECONDE MOITIÉ DU XVIIIe SIÈCLE
JEAN AFFRE, MAÎTRE ORFÈVRE ABONNÉ
Argent massif
Longueur totale : 33 cm
Longueur du cuilleron : 10 cm
Largeur du cuilleron : 6 cm
Poids : 187 g
Cette importante cuillère à ragoût en argent massif se distingue par ses grandes dimensions, son poids élevé et la sobriété particulièrement élégante de son dessin. Son large cuilleron uni, de forme ovale et profondément creusé, se prolonge par un long manche dont l’extrémité s’élargit en une spatule arrondie. Un filet mouluré souligne le pourtour du manche et de la spatule, sans se prolonger autour du cuilleron.¹
La spatule est ornée d’armoiries finement gravées dans un écu ovale entouré de lambrequins. Le champ de gueules, indiqué par des hachures verticales, est chargé de trois rochers disposés deux et un ; le chef d’azur, rendu par des hachures horizontales, porte trois oiseaux marchant vers la dextre. L’écu est sommé d’une couronne à neuf perles, de type comtal. Sous l’écu figure un ruban noué en sautoir auquel est suspendue une croix évoquant une décoration de l’Ancien Régime.²
LES POINÇONS
Le revers du manche porte trois empreintes disposées en ligne : au centre, le grand poinçon de Jean Affre, transcrit « I/AF/FRE », encadré par deux frappes de son petit poinçon aux lettres « IA ». Cette association du grand et du petit poinçon est également relevée sur des œuvres de Jean Affre conservées dans le patrimoine public français.³
Cette succession de trois empreintes correspond au système de marquage employé par Jean Affre en qualité de maître orfèvre abonné. Elle permet d’attribuer cette cuillère à sa production auscitaine, postérieure à sa réception à la maîtrise en 1754.³ ⁴
LA DYNASTIE AFFRE À AUCH
La famille Affre constitue la principale dynastie d’orfèvres documentée à Auch au XVIIIe siècle. Son activité dans la ville commence avec Étienne Affre, né vers 1689 et reçu maître orfèvre à Toulouse pour Auch le 8 juin 1723. Il épouse l’année suivante Marie Bajadoulie et exerce à Auch jusqu’à sa mort, survenue en 1749.⁴
Après le décès d’Étienne Affre, Marie Bajadoulie poursuit l’activité de l’atelier. Sa production est encore attestée en 1763 par un calice conservé à Blanquefort, dans le Gers, portant le poinçon de la veuve Affre d’Auch.⁵
Leur fils Jean Affre, né à Auch en 1729, est reçu maître orfèvre à Toulouse pour Auch le 4 juillet 1754. Il demeure actif dans sa ville natale jusqu’à sa mort, survenue entre août 1805 et 1808, poursuivant ainsi son métier jusque sous le Premier Empire.⁶
De l’installation d’Étienne Affre en 1723 à la disparition de Jean Affre au commencement du XIXe siècle, l’activité des Affre à Auch couvre donc plus de quatre-vingts années. Cette remarquable continuité permet d’affirmer que la famille a marqué presque tout le XVIIIe siècle auscitain par son activité d’orfèvre, avant de la prolonger encore durant les premières années du siècle suivant.⁴ ⁶
LE MAÎTRE ORFÈVRE ABONNÉ
Sous l’Ancien Régime, les orfèvres établis dans des villes dépourvues de bureau de marque, ou trop éloignées de celui dont elles dépendaient, pouvaient conclure avec le fermier du droit de marque un abonnement calculé forfaitairement d’après leur production estimée. Cet arrangement leur évitait les déplacements répétés nécessaires à l’apposition des poinçons fiscaux de charge et de décharge.⁷
Selon les lieux et les contrats, les ouvrages d’un maître abonné pouvaient ainsi ne porter que son poinçon personnel, frappé une ou plusieurs fois. La répétition des marques du maître est donc caractéristique de nombreux ouvrages d’orfèvres abonnés, sans constituer toutefois, prise isolément, une preuve universelle et absolue de l’abonnement.⁷
Sur la présente cuillère, la combinaison du grand poinçon « I/AF/FRE » et du petit poinçon « IA », répété deux fois, correspond au marquage connu de Jean Affre travaillant en abonné à Auch.³ ⁴
Par ses proportions imposantes, la qualité de son modèle à filet, la rareté de son marquage en abonné et la présence de ses armoiries comtales, cette cuillère constitue un témoignage particulièrement intéressant de l’orfèvrerie civile d’Auch et de la longue activité de la famille Affre au XVIIIe siècle.
RÉFÉRENCES
Epoque : 18ème siècle
Style : Louis XV - Transition
Etat : Parfait état
Matière : Argent massif
Longueur : 33 cm
Largeur : 6 cm
Référence (ID) : 1820977
Disponibilité : En stock































