La BASTILLE - Lettre autographe signée Révolution française 1789
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La BASTILLE - Lettre autographe signée Révolution française 1789

Artiste : François Cointeraux

François COINTERAUX (1740 - 1830), architecte français

Lettre autographe signée. Paris 18 juillet 1789. Lendemain de la venue du Roi à Paris ; 4 pages in-4°(un coin légèrement rongé sans perte de texte).

Passionnant récit riche en détails d’un témoin des évènements historiques qui se sont passés à Paris 4 jours seulement après la prise de la Bastille : « Nous étions en souci, on nous avait dit que le Roi ne viendrait dans la capital que dans trois jours, d’autres dans huit ; l’excuse d’une maladie ne nous tranquilisait pas ; Les patrouilles se multipliaient hier, on arrêtait toutes les voitures, chariots, carrosses et chaises, on les conduisait tout à la halle ou à l’hotel de ville, on s’attendait toujours à quelques surprises nouvelles ; Les gardes françaises, suisses et quelques dragons étaient pèl mèl avec la milice bourgeoise, sans général, sans aucun chefs ;les rues étaient obstruées dans les faux bourgs par des tranchés profondes qui s’étiraient sur le pavé avec la terre et les pavés qu’on y avait sorti, les canons étaient braqués de tout côté, particulièrement dans les places et avenues ; la majeure partie des seigneurs était partis dimanche dernier ; nous ne savions que penser, que devenir, lorsqu’hier le matin, avons apris que le Roi entrerait ; nous sommes allés sur son chemin et y avons vu déjà à neuf heures la garde bourgeoise qui faisait une haie, elle s’étendait depuis l’hotel de ville jusqu’à Sèvres ce qui fait environ trois lieux, que l’on juge du nombre des soldats bourgeois armés ; sans doute il y en avait 400 mille, ce qui n’est pas difficile à croire, lorsque l’on sait, que toutes les armes de la bastille et des invalides avaient passées en leurs mains ; nous avons donc vu sur les dix heures arriver le corps municipal, Mr Bally président antérieur de l’assemblée nationale, nommé maire de la ville de Paris, tenait les clefs et les échevins à la suite précédés par tous les officiers et la garde de la ville, j’ai entendu que quelques membres de ce corps municipal, disaient en marchant dans la haye qu’il ne fallait crier autre chose, que vive la nation à l’arrivée du Roi ; à onze heure les députés sont enfin venus au devant du Roi à midi nous avons attendu non sans beaucoup d’inquiétude  jusqu’à deux heures et demie ; car les uns pensaient que les ennemis pouvaient entrer par St Denis et la porte St Antoine, dans le tems que la majeure partie de la milice parisienne était a la partie opposée du coté de Versailles ; les autres tremblaient que le Roi ne fut encore gagné et ne viendrait jamais. Mais heureusement toutes nos idées ont été trompées ; le Roi n’avait sorti de Versailles qu’à onze heures, parce que la milice versaillaise avait voulu l’accompagner ; en effet les bourgeois ont remis aux parisiens sa majesté qui n’avait d’autre garde que son peuple le guet à cheval précédait ; ensuite une petite troupe de poissardes, ensuite une file infinie de bourgeois à cheval, ou étaient quelques dragons et cavaliers ; venaient après le corps municipal à pied avec sa garde ; ainsi que les députés aussi à pied, ces derniers joignaient immédiatement la voiture du Roi qui regardait tout ce peuple de part et d’autre ; il était accompagné de trois personnes de marque dont j’ignore le titre. Tant de soldats armés de fusils, de haches, d’hallebardes, de pistolets, de piques et autres de tous genres, devaient faire sensation au monarque, avec une foule de spectateurs le quadruple plus nombreux que la garde. Le Roi a sorti de l’hotel de ville sur les six heures du soir, et on a crié par des milliers de voies tous les pas que la voiture faisait dans la haie de la milice bourgeoise Vive le RoiVive la Nation. Les canons braqués dans les rues et places, l’ont salué, ainsi que quantité de coups de fusils qu’on a tiré ; comme vous apprendrés bien surement ce qui s’est passé hier à l’hotel de ville et que nous même nous ne savons qu’imparfaitement, nous nous tairons sur cette grande nouvelle, la plus belle qu’il y ait jamais eû au monde, et qui doit surement être bien vite portée dans les provinces pour éviter du sang que malheureusement on répand dans ce moment. Un cordon bleu est sortit la moitié du corps de son carrosse pour dire au peuple, Mr Necker rappelé, tous les ministres renvoyés. Il est inutile de vous dire que Mr De Launey, Du Puget, gouverneur de la Bastille et Mr De Flesselle prévôts et marchand ont eu la tête tranchée par le peuple ; mais je dois avertir que j’ai vu hier plus de 400 ouvriers sur les tours de la Bastille qui démolissaient cette citadelle imprenable par tous autres que les parisiens les ouvriers travaillant avec joie et courage, jettent précipitement dans les fossés des quartiers de pierres de taille les plus lourds. On dit qu’il est parti du dix sept ou dix huit six voitures accompagnées de deux régiments, ces voitures étaient garnies des Polignacs et ministres qui n’ont pas cru devoir attendre le retour de l’assemblée nationale qui aurait pu prendre le parti de les faire arretter. Vous auriés pu Monsieur m’honorer d’une réponse et considérer qu’il m’a fallu tout mon tems pour parvenir au but ou je me trouve, je suis et seré toujours Monsieur votre humble et cher ami Cointeraux »

Ancienne collection Patrice Hennessy (1958, n° 12).

2 000 €
credit

Epoque : 18ème siècle

Style : Autre style

Etat : Bon état

Matière : Papier

Référence (ID) : 1787831

Disponibilité : En stock

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